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Tartufferie

6 mai 2004, 20:00

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Il a fallu la révélation des tortures en Irak pour contrarier les Etats-Unis. Ce pays qui, du haut de sa suffisance, a l?habitude d?administrer des leçons aux autres, a conscience du dommage qui est causé à son image de porteuse des valeurs de démocratie et de civilisation. Pour éviter de paraître ridicule, il vient de reporter la publication d'un rapport sur les droits de l'homme dans le monde.

Ce rapport formule en général des critiques acerbes sur les pratiques en cours dans d'autres pays. Ces remarques ont parfois pour origine des causes banales. Dans un de ces rapports annuels, le département d?Etat américain avait sévèrement blâmé les autorités mauriciennes pour un incident mineur qui eut lieu il y a quelques années dans un poste de police. Un soldat américain, en vacances chez nous, avait été interpellé brutalement par des policiers pour avoir subtilisé la bicyclette d?un habitant de Triolet. Cet incident avait indigné les auteurs du rapport.

En matière de violation des droits de l?homme, il y a, bien entendu, pire. Les sévices infligés par les soldats américains aux prisonniers irakiens provoquent l?horreur. Une photo choquante qui a fait le tour du monde montre des prisonniers nus forcés de monter les uns sur les autres formant une pyramide de corps, le tout devant deux soldats hilares. Le seuil de l?intolérable est franchi.

Ce qui s?est passé dans la prison d'Abou Ghraïb en Irak, n?a aucune commune mesure avec les dysfonctionnements bénins de la police que les Américains dénoncent avec force chaque année. De jeunes policiers sans expérience envoyés sur des terrains difficiles prennent parfois des libertés avec les procédures ou mènent des interventions plutôt musclées. Cela n?a rien à voir avec les abus criminels, sadiques et honteux qui ont été perpétrés contre des détenus.

Certes le président George Bush a tenté de limiter les dégâts en condamnant les actes répugnants de ses soldats et en affirmant qu?il s?agit de cas isolés. Il a tenté de calmer la colère suscitée à travers le monde en promettant que les auteurs seront déférés devant la justice. Mais, il parviendra difficilement à rétablir l?image des Etats-Unis.

C?est la même ambivalence qui ressort de la position des législateurs américains sur les relations entre les Etats-Unis et l?Afrique. Ces dirigeants de la plus grande puissance commerciale de la planète ne cessent de parler de renforcement de la coopération avec l?Afrique mais deviennent très agités dès qu?il s?agit de prolonger la durée de l?AGOA.

La disposition de cette loi, qui autorise les pays les moins développés à exporter en franchise de douane aux États-Unis des quantités définies de vêtements fabriqués à partir de tissus provenant de pays tiers, expire en septembre 2004. AGOA III prorogerait cette disposition jusqu'au 30 septembre 2008. Face aux atermoiements du Congrès relatifs à l?adoption de l?AGOA III, plusieurs grands importateurs américains ont déjà passé leurs commandes en Asie.

Pourtant, l'impact de l'AGOA sur l'économie américaine est minime. La part africaine du marché américain du vêtement n'est que de 2,1 %. Pour une poignée d?emplois perdus dans le secteur du textile américain, des milliers d?Africains trouveront de quoi nourrir leurs familles.

Les Etats-Unis ont un sérieux problème aujourd?hui pour défendre leur crédibilité et leur prestige. On se demande si les récents événements n?ont pas un peu décalé leur positionnement dans l?axe du bien.

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