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La MEF demande un sacrifice aux gros salariés

6 mai 2004, 20:00

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Après avoir proposé le gel de la compensation salariale l?année dernière, la Mauritius Employers?, Federation (MEF) change son fusil d?épaule. Elle veut bien accorder une compensation intégrale à ceux qui sont au bas de l?échelle mais propose que les gros salariés se passent de compensation.

En effet, dès le premier round des négociations tripartites qui s?est tenu, hier, sous la présidence du ministre des Finances, Pravind Jugnauth, la fédération patronale s?est dit d?accord pour accorder une compensation salariale intégrale ? soit l?équivalent au taux d?inflation ? aux salariés qui sont au bas de l?échelle. En clair, si le taux d?inflation est fixé à 4 %, la MEF est d?accord pour leur accorder une compensation salariale équivalente, soit de 4 %.

Tout en assurant qu?il y aura compensation salariale cette année, Pravind Jugnauth maintient le suspense sur la possibilité d?une compensation intégrale. ?Je ne veux pas me prononcer à ce stade, à quoi cela servirait-il de discuter sinon ?? a-t-il déclaré à l?issue de la rencontre qui a duré deux heures.

Par contre, et pour la première fois sans doute, la MEF propose que les salariés les mieux lotis acceptent de se passer de compensation sala-riale. ?Nous sommes conscients des difficultés de ceux qui sont au bas de l?échelle et c?est pourquoi nous acceptons de leur payer une compensation intégrale. Ceux qui sont en haut de l?échelle pourraient ne pas prendre de compensation cette année. Ce serait un geste de solidarité qui nous permettrait de compenser intégralement les petits salariés?, déclare Gérard Garrioch, président de la MEF.

Interrogé par l?express sur le seuil salarial à partir duquel les travailleurs pourraient se passer d?une compensation, Gérard Garrioch répond que cela dépendra de la suite des discussions.

Au niveau des syndicats, on rejette l?idée d?une quelconque discrimination entre salariés. ?Tous les employés, indistinctement du montant de leur salaire, ont droit à une compensation?, soutient Tulsiraj Benydin, président de la National Trade Union Confederation.

?Tous les travailleurs ont souffert pareillement de la hausse des prix et les négociations tripartites visent à les compenser pour cela. Cette proposition du patronat équivaut à un démantèlement du comité tripartite?, déclare pour sa part Atma Shanto, président de la Fédération des travailleurs unis.

Par contre, les centrales syndicales ont favorablement accueilli l?engagement pris par la MEF d?accorder une compensation intégrale à ceux qui sont au bas de l?échelle. ?J?apprécie le geste de la MEF et j?en suis même surpris?, déclare Jugdish Lollbeeharry, président du Mauritius Labour Congress.

Néanmoins, les syndicalistes ont une définition différente de ce qui représente le bas de l?échelle sala-riale. L?année dernière, la compensation salariale intégrale s?était appliquée à ceux touchant jusqu?à Rs 3 700. Au-delà de ce seuil, les salariés avaient eu droit à un barème gradué.

Tulsiraj Benydin soutient que la compensation intégrale devrait s?appliquer à ceux touchant jusqu?à Rs 10 285. Il se fonde sur une étude du Central Statistics Office (CSO) sur les dépenses des ménages pour arriver à ce chiffre.

Par ailleurs, même si une compensation intégrale est accordée aux plus faibles salaires, le chiffre sera sans doute loin des attentes des syndicats. Les centrales réclament une compensation salariale de Rs 600 au moins. On n?arrivera jamais à ce chiffre.

?Sortir gagnant malgré tout?

Le président du comité tripartite, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, déclare avoir pris note des attentes des syndicats mais aussi des appréhensions des employeurs. Lors de son tour d?horizon de la situation économique au début de la réunion, il a évoqué les difficultés de la zone franche qui a perdu près de 10 000 emplois l?année dernière. Le démantèlement de l?Accord multi-fibre à partir de janvier 2005 ne va rien arranger.

Le sucre, en pleine restructuration, est également menacé par des développements au niveau international. L?Europe révise sa politique agricole tandis que le Brésil, l?Australie et la Thaïlande contestent le régime sucrier européen.

Le prix du pétrole est en train de flamber pour atteindre son plus haut niveau depuis 13 ans tandis que le coût du fret a augmenté de 25 %. Autant de facteurs qui risquent d?affecter l?économie du pays qui est tournée vers l?international, explique Pravind Jugnauth.

?Il faut faire de sorte que le pays sorte gagnant malgré tout. Nous devons tenir compte de l?environnement actuel et anticiper sur l?évolution de la situation demain.?

COMPENSATION

Autour de Rs 100 ?

  • Le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, indique que le taux d?inflation serait de 3,9 % tout en ajoutant que le CSO finalise actuellement ces chiffres. Selon le même scénario des années précédentes, le taux de compensation salariale devrait tourner autour de 4 %. Il n?est pas impossible que le chiffre soit arrondi à environ 5 %. Avec un taux d?inflation de 2,5 %, Sir Anerood Jugnauth, quand il avait occupé le portefeuille des Finances, avait accordé une compensation de 5 %.

Durant les dernières années, une compensation salariale intégrale ? équivalente au taux d?inflation ? a été accordée au plus faible salaire de la grille salariale. Ainsi, l?année dernière, une compensation de 5,1 % avait été accordée à ceux touchant jusqu?à Rs 3 700. Ce minimum est rehaussé annuellement et il pourrait passer à Rs 3 900 cette année. Une compensation salariale intégrale de 4 % appliquée à un salaire minimum de Rs 3 900 donnerait une augmentation de Rs 97.50, soit près de Rs 100. L?année dernière, ceux touchant moins de Rs 3 700 avaient eu droit à une compensation de 5,1 % ou à une hausse minimale de Rs 110. Ceux touchant Rs 3 700 à Rs 4 000 avaient eu droit à Rs 190. Le Conseil des ministres avait ensuite décidé d?ajouter Rs 10 aux différents barèmes décidés lors des tripartites. Pour cette année, il faudra attendre le deuxième round des négociations, le jeudi 13 mai, pour être fixé sur le taux de la compensation salariale.

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