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Navin militant ? Maurice en aurait grand besoin

5 mai 2004, 20:00

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Je conçois sans peine que vous ayez entièrement le droit de donner à votre journal l?orientation idéologique et partisane de votre choix. Ainsi, que vous ayez décidé de traiter, dans l?éditorial du 3 mai dernier sous le titre Le militant Navin, vos dizaines de milliers de lecteurs, dont j?avoue faire partie, à la sauce Bérenger et au piment anti-Ramgoolam est de votre droit le plus légitime. Même si au passage vous y perdez en crédibilité d?objectivité et en semblant d?indépendance ? mais ceci n?est que mon opinion après tout. Mais que vous fassiez preuve dans vos traitements respectifs de Paul Bérenger et de Navin Ramgoolam de tant de mauvaise foi manifeste est nettement moins acceptable.

Dans l?éditorial précité, vous traitez Navin Ramgoolam de ?marxisant? avec tous les sous-entendus que comprend ce terme : le Parti travailliste a toujours tenu un langage et a eu une action socialistes; ses membres n?ont jamais été marxisants. Pour cela, c?est plutôt du côté du discours passé (uniquement du côté du discours et uniquement dans le passé) de Paul Bérenger et du MMM qu?il faut regarder, et vous le savez bien. La promotion économique et sociale des non-possédants est un point fondamental à l?agenda du Parti travailliste de Navin Ramgoolam. So what ? En devient-il pour autant Robert Mugabe comme vous l?insinuez ? Pour le Parti travailliste de Navin Ramgoolam, le pouvoir politique doit servir à instaurer les grands équilibres socioéconomiques et non pas à gérer béatement des situations de disparité et d?inégalités qui sont les résultats de mouvances historiques fondées sur la non-equité raciale, entre autres.

En ce qui concerne le deal Ilovo, il est cocasse que vous n?ayez pas réalisé qu?en fait de ?mari deal historique?, Ilovo n?a été en fin de compte que ce qu?il était supposé être depuis le début : une opération de dépeçage des avoirs du groupe Ilovo à Maurice par des raiders, des spéculateurs qui ont l?avantage d?être well-connected autant avec le pouvoir en place que dans les médias qui les ont encensés, opération qui laissait aux dépeceurs dudit groupe un substantiel bénéfice composé de : Rs 145 millions en cash sur les résultats des transactions, un portefeuille d?actions de Rs 90 à 100 millions, les revenus sur la récolte sucrière sur près de 17 000 arpents de canne, soit environ Rs 2 milliards, et un surplus foncier de 4 900 arpents de prime land agrémenté de droits de développement immobilier, cadeau du ministre des Finances Paul Bérenger. Que des capitalistes-investisseurs potentiels jouent aux spéculateurs fausse déjà le jeu du système libéral de responsabilités différenciées. Que l?Etat facilite la transaction, l?embellit d?avantages fiscaux aux dépens des caisses publiques et, to add insult to injury, nous fait croire que tout cela est bon pour le petit peuple relève de la pire escroquerie politique. Ne pas le voir relève de l?irresponsabilité, et le justifier est simplement de la complicité.

En déclarant qu?il annulera les mesures prises par le gouvernement MMM-MSM concernant Agaléga et les projets IRS, Navin Ramgoolam ne fait que réitérer une résolution qu?il a déjà annoncée : ces projets sont le résultat d?une politique de clientélisme restreint pour ne pas dire de copinage, vont à l?encontre de l?intérêt national et une analyse de cost-benefit sommaire vous démontrera que les retombées macro-économiques positives (trickling-down effects) de ces projets sont tellement dérisoires qu?ils en deviennent tout simplement non seulement économiquement irrationnels, mais moralement inacceptables.

En ce qui concerne vos propos sur les soucis de Pravind Jugnauth de corriger la répartition inégale des richesses à Maurice et d?introduire un processus de démocratisation économique, permettez que j?en rie Monsieur Meetarbhan. Jusqu?à il n?y pas longtemps, on nous traitait de racistes, de communalistes aigris et de dinosaures quand nous parlions de concentration de richesses à Maurice et voilà que soudain, Pravind Jugnauth, deuxième couteau d?un régime outrageusement ultra-libéral, petit lieutenant qui n?a jamais rien trouvé à dire et qui n?a jamais rien dit sur la distribution scandaleuse des biens publics par Paul Bérenger aux grands intérêts financiers du pays, nous sort ses petits refrains sur la démocratisation économique. Pravind Jug-nauth sait-il de quoi il s?agit ?

Je vous accuse de délibérément diaboliser Navin Ramgoolam en manipulant les faits et les paroles pour le présenter comme anti-secteur privé et anti-blanc. Et je vous plains d?être victime de votre manque total d?objectivité dans votre acharnement (volontairement ?) aveugle à défendre et à justifier à tout prix Paul Bérenger et sa politique anti-nationale.

Cela a dû frapper vos lecteurs que vous consacriez tant d?énergie à décortiquer le discours de Navin Ramgoolam alors qu?il n?est que leader de l?opposition. Et que le seul élément du discours de Paul Bérenger, Premier Ministre, donc responsable de la gestion de Maurice, que vous mentionnez est son winning formula (encore une?) avec une dream team (encore une?) pour remporter les prochaines élections.

Le pays connaît des pertes d?emplois à une vitesse horrifiante (dixit Jayen Cuttaree), les investissements sont en baisse (dixit encore Jayen Cuttaree), les grands indicateurs macro-économiques passent au rouge (dixit le Bureau central des statistiques), la réforme électorale sur laquelle seraient tombés d?accord Paul Bérenger et Pravind Jugnauth est une catastrophe (dixit Ivan Collendavelloo), l?Icac, instauré à grands coups de discours et de millions, est en plein désarroi et ne fonctionne plus alors que la corruption est maintenant galopante, nos marchés du sucre et du textile, secteurs clés de notre économie, sont menacés. Paul Bérenger passe tout cela sous silence, comme si son seul accountability était de nous faire part de ses lumineuses idées pour se maintenir au pouvoir. Et vous applaudissez, Monsieur Meetarbhan.

Le langage de Navin Ramgoolam est un cri qui réclame la justice sociale, l?équité et la solidarité. Par définition, un tel langage ne peut pas être un langage de haine, ne vous en déplaise. Parlons plutôt de la brutalité et de la violence, vis-à-vis de Navin Ramgoolam, de votre plume, je n?ose pas dire de vos tripes, Monsieur Meetarbhan.

Et quant à vos analyses, elles se trompent tout simplement de cible. Il serait vraiment dommage que vous renonciez à votre statut honorable de contre-pouvoir pour vous positionner désormais comme crieur de l?Exécutif sous Paul Bérenger.

Navin militant ? Pourquoi pas ? Maurice en aurait grand besoin, pour guérir de l?innommable tromperie qu?est le gouvernement MMM-MSM.

Cader SAYED-HOSSEN Membre du Bureau politique du Parti travailliste

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