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Formule magique

5 mai 2004, 20:00

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Il n?y a pas à s?étonner du mystère qu?entretient Paul Bérenger sur l?après-2005. Il est bien trop calculateur pour avancer maintenant ses pions. Les mathématiques électorales sont loin d?avoir livré leurs conditions et le leader du MMM se gardera de livrer, lui, son jeu. L?on sait trop bien comment, à l?approche du scrutin, le mood de l?électorat peut changer pour comprendre qu?élaborer plus d?un an à l?avance une stratégie relève de la fantaisie. On peut s?interroger en revanche sur la raison pour laquelle le leader du MMM a choisi déjà de l?évoquer publiquement (alors qu?il n?en aurait même pas été question encore avec son partenaire) et sur les conditions de tout ?arrangement électoral?.

Somme toute, il s?agissait, à ce rassemblement, d?envoyer des ?signaux? plus que de donner une information. Il fallait consolider les liens un peu relâchés en évoquant une dynamique commune future, resolidariser l?alliance, en insistant sur la valeur de l?équipe, flatter son ego, cette ?dream team? potentielle de qualité meilleure que celle de l?adversaire. Cela était sans doute d?autant plus nécessaire que certaines susceptibilités au MSM sont encore vives, bien que les risques de rupture ne semblent plus flotter. Il faut le croire si Bérenger est allé jusqu?à tourner casaque sur une question aussi fondamentale pour son parti que la réforme électorale.

Il s?agissait aussi de signaler à ce partenaire que l?on veut garder, que ses attentes sont prises au sérieux. Ni le président ni le leader du MSM ne laissent douter de leur volonté à ?renégocier l?alliance?. Interrogé récemment sur la possibilité qu?il revendique une formule à l?israélienne, Pravind Jugnauth n?avait pas dit non : ?Quand le moment viendra de discuter des modalités de l?alliance, nous dirons de quelle manière nous souhaitons conclure un accord avec notre partenaire?, avait-il dit. Mais de signal, Bérenger en envoie un autre : par ce mystère, il rappelle que c?est lui qui est en position de décider du sens de cet accord, c?est lui qui a les cartes en main. L?idée mûrit dans ?sa? tête. Et il la soumettra à son partenaire quand il aura fini de l?étudier. Un brin d?arrogance qui n?est sans doute pas fortuit.

La pression pour un ?arrangement électoral? que l?on imagine forcément proche des attentes du MSM, le partage du siège de Premier ministre d?une manière ou d?une autre avec Pravind Jugnauth, Paul Bérenger ne peut pas être en train de l?accueillir de gaieté de coeur. Même l?opinion a du mal à comprendre que le leader du MSM puisse si tôt y prétendre. Quand on ne pèse que 10 % sur l?échiquier face à un partenaire qui pèse trois fois plus, quand un de ses candidats a essuyé un échec électoral, est-on en effet en mesure d?exiger un partage de pouvoir dans quelque alliance ? Les conditions de 2000 n?étant pas celles d?aujourd?hui, cette ?winning formula? devrait-elle vraiment impliquer un tel partage de leadership ?

Car la formule ?à l?israélienne?, on s?en souviendra, se justifiait alors dans la mesure où les deux partis de l?opposition étaient de force quasi égale (les intentions de vote, un mois avant les élections, étaient de 20,2 % pour le MMM et de 17,5 % pour le MSM). Avec l?autorité de Sir Anerood et l?image d?instabilité que traînait Bérenger, entre autres considérations, l?impasse pouvait être faite sur la légère prédominance du MMM, et celui-ci pouvait laisser la main à Sir Anerood Jugnauth. Ce partage avait, entre autres vertus, de préparer le départ ?en beauté? du leader, contesté et dépassé. L?enjeu était enfin autre : la nécessité impérative de reconquérir le pouvoir, voire une commune rancoeur contre le Parti travailliste si forte qu?il n?a fallu qu?une semaine pour entériner l?accord.

Les circonstances aujourd?hui n?étant pas les mêmes qu?en 2000, on aurait pu espérer un peu de bon sens dans les relations entre les deux partenaires. L?accord Medpoint est venu certes bouleverser les règles du jeu et l?alliance est un peu prise au piège de sa précipitation, encombrée qu?elle se trouve aujourd?hui avec un nouveau débat où elle risque de laisser des plumes. Mais au lieu de courir derrière une formule magique, il eut été plus logique que Sir Anerood reste encore un peu au Réduit, ce dont va le priver son fils PM, et que l?alliance travaille mieux sa communication pour être en mesure de contrer, en campagne, l?arsenal communal qui a valu une victoire au Parti travailliste et qui a déjà été déployé.

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