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La farce tripartites

4 mai 2004, 20:00

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Revoilà le rituel stérile des négociations tripartites annuelles pour déterminer le taux de compensation salariale. Le coup d?envoi de la mascarade est prévu pour demain.

Stérile parce qu?en fait, de ?négociation?, il n?y en a pratiquement aucune. Dans le meilleur des cas il y a un semblant de négociation au bout de laquelle on rajoute Rs 10 sur la proposition initiale et le tour est joué. La belle affaire.

Les règles du jeu sont simples. Tout le monde sait que la compensation salariale est calculée sur le taux d?inflation pour l?année financière qui se termine en juin. Elle devrait tourner autour de 3,9 % pour l?exercice 2003-2004.

Malgré tout, une centrale syndicale a déjà fait savoir qu?elle réclame une compensation salariale de Rs 600 ?across the board?. Il y a également fort à parier que le mouvement syndical va une nouvelle fois cette année se baser sur les études du Central Statistics Office (CSO) sur les dépenses des ménages pour dévier le débat sur un salaire minimal requis et, partant, réclamer un ajustement salarial important.

De son côté, la fédération patronale propose une nouvelle formule pour déterminer le barème de la compensation salariale. Le MEF coupe en quelque sorte la poire en deux en acceptant que l?inflation pèse pour jusqu?à la moitié dans le mode de calcul. Les syndicats ont déjà refusé catégoriquement.

Ils refusent tout aussi net de lier l?inflation à la productivité. Cela n?a rien à voir, disent-ils. Les tripartites, c?est pour discuter du rattrapage de la perte du pouvoir d?achat, point barre.

Le dialogue de sourds entre le patronat et les syndicats est un scénario immuable qui se répète année après année. Et on ne voit vraiment pas pourquoi il n?en sera pas de même cette année ou dans cinquante ans.

Gérard Garrioch, le nouveau président de la MEF, déclare que cette institution continuera à participer aussi longtemps qu?il le faudra, jusqu?à ce qu?elle arrive à faire entendre raison aux autres partenaires sociaux. Ce n?est pas demain la veille que cela se produira.

En continuant à participer à cette caricature de négociations, la MEF fait perdurer la farce. Sans doute n?a-t-elle pas vraiment le choix et peut-être est-elle prisonnière des répercussions et des perceptions que son refus de participer entraîneraient.

Mais croire que les dirigeants syndicaux voudront un jour, ne serait-ce qu?accepter de discuter une éventuelle prise en considération de la productivité est utopique. Le leader syndical qui s?assoit à une telle table de négociation ne resterait pas une semaine à son poste.

Le gouvernement ? l?actuel comme les précédents d?ailleurs ? n?a jamais fait de la révision de la politique salariale une priorité malgré les recommandations du Fonds monétaire international (FMI).

En fait, le gouvernement MSM-MMM a habilement évacué le problème en transférant la discussion sur la politique salariale en général au niveau du National Economic and Social Council (NESC).

Cette assemblée multi-partite n?a pas un mandat spécifique pour faire des recommandations à ce sujet. Elle est de plus composée de membres qui ne représentent pas les institutions d?où elles sont issues mais qui y siègent en leur propre capacité. Cela pour dire que, sur ce dossier du moins, le NESC ne fera que du ?lip service?.

Néanmoins, en raison de la forte charge politique et sociale de la question salariale, il ne suffira pas qu?un comité, même tripartite, fasse des propositions, comme le suggère la MEF. Le consensus national est nécessaire et les représentants de la MEF comme des syndicats ne peuvent prétendre parler au nom de tous les Mauriciens.

Il n?y a sans doute que le vote populaire pour approuver la réforme de la politique salariale. Mais quel parti osera l?inscrire à son manifeste électoral ? Et quel gouvernement osera réaliser une telle réforme une fois élu ? A moins d?avoir vraiment à c?ur l?intérêt national et de tous les salariés?.

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