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Politique salariale : le contexte économique peu propice à la réforme
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Politique salariale : le contexte économique peu propice à la réforme
A la veille des tripartites annuelles, la Mauritius Employers? Federation (MEF) vient avec une proposition pour revoir toute la politique relative aux salaires avec en prime la révision éventuelle de la méthode de compensation salariale.
L?idée n?est guère nouvelle. Depuis plus d?une décennie, la MEF milite pour un mécanisme de compensation salariale plus juste à ses yeux. Une compensation salariale calculée uniquement sur le taux d?inflation n?est pas appropriée pour une économie ouverte et qui reste vulnérable à la compétition internationale. D?autres critères telle la productivité des salariés doivent être considérés.
Dans le document qu?elle vient de produire, elle explique plus clairement ses motivations. L?économie mauricienne vit sur des paradoxes dangereux, constate l?organisation patronale. D?un côté, il y a des efforts pour propulser l?activité de production vers des produits à haute valeur ajoutée. De l?autre, il y a la politique compensatoire qui continue de peser lourd chez les entreprises.
Nos industries traditionnelles, notamment la zone franche et le sucre sont en train de vivre dangereusement. D?une part, les parts de marchés internationaux sont menacés en raison de l?érosion des préférences commerciales. D?autre part, les modèles de relations industrielles qui encadrent les principaux piliers de la croissance ont fait leur temps. Ils n?encouragent pas nécessairement une amélioration de la productivité, de l?efficience et de la créativité ? des éléments incontournables pour la survie.
Les employeurs font leur constat sur le coût de la main-d??uvre : durant la période 1990-2003, la croissance en moyenne de revenus mensuels des employés (248 %) aura été de loin supérieure à celle de l?inflation (122 %). Maurice a, d?autre part, enregistré la hausse la plus importante en termes du coût unitaire de la main-d??uvre comparé à plusieurs économies manufacturières. Entre 1990 et 2002, la compensation a augmenté de 9,5 % en moyenne contre une croissance de 4 % en moyenne de la productivité de la main-d??uvre.
Les employeurs remettent en question tout l?arrangement institutionnel touchant aux salaires dans le secteur privé. A part les tripartites, plusieurs autres institutions telles que le National Remuneration Board (NRB), le Pay Research Bureau (PRB) et le Tribunal d?arbitrage permanent (TAP) sont engagées dans les révisions salariales.
Compensation et hausse des prix
Pour les syndicats, il n?est pas question de lier la compensation salariale aux décrets des autres agences. ?Ce sont deux choses séparées. La MEF veut attaquer les institutions tels le PRB et le NRB, alors qu?il faut les renforcer. Le mécanisme de wage determination et la compensation salariale ne peuvent être liés?, soutient Tulsiraj Benydin, le président de la Fédération des syndicats du service civil (FSSC).
Une explication macroéconomique souvent mise en avant par les patrons mais aussi par le gouvernement pour soutenir l?argument du changement : la compensation, si elle n?est pas suivie de gains de productivité, peut déclencher une spirale de prix et de salaires. Le gouvernement aura tendance à opter pour la dépréciation de la monnaie en vue de maintenir la marge de compétitivité de nos exportations sur le marché international. Une roupie faible se traduit aussi par une inflation importée, susceptible de ronger encore plus le pouvoir d?achat du salarié. D?où des demandes subséquentes pour des compensations.
Comment produire plus avec moins ? Les patrons et les syndicats devront trouver une entente afin de pouvoir résoudre la problématique. Il y va de la survie de l?économie mauricienne. Le mémoire préconise en premier lieu une refonte complète des tripartites (et non leur disparition) telles qu?elles sont pratiquées actuellement.
La MEF propose à cet effet la mise en place d?un organisme national qui aura pour rôle de définir dans les grandes lignes les augmentations des salaires basées sur le consensus du tripartisme. Le consensus sera déterminé par un ensemble de facteurs dont la profitabilité de l?entreprise, le taux d?inflation, la mobilité du salarié, la situation de l?emploi dans le pays et le coût de d?entreprendre des affaires à Maurice.
Des propositions que rejette d?emblée la classe syndicale dans son ensemble. ?La compensation est une forme de rattrapage de notre perte de pouvoir d?achat. On ne peut y lier la question de la productivité?, commente Tulsiraj Benydin.
Selon la formule de la MEF, les négociations tripartites devront fixer un wage guideline qui représentera une compensation de 50 % seulement du taux d?inflation. Toute hausse de salaires déjà accordée lors des négociations entre employés et employeurs devra êtres considérée lors de l?octroi de la compensation salariale. Aussi, toute augmentation au-delà du guideline devra faire l?objet de discussions bipartites.
La compensation ne devrait pas se limiter à la traditionnelle hausse de salaires uniquement. Il faut aussi inclure les bonis innovateurs, des suppléments?
Par ailleurs, les tripartites ne devraient pas se réunir pour discuter de la compensation salariale seulement. D?autres questions telles la formation, la productivité, la sécurité au travail doivent aussi être examinées?
Syndicats en position de faiblesse
Cependant, la MEF se base sur un scénario qui soit nettement en faveur de l?employé. Or, c?est loin d?être le cas. Les conditions de plein emploi qui ont prévalu à la fin des années 80 et durant la première moitié des années 90 ne sont plus réunies. Remplacer les tripartites par le collective bargaining (négociations entre employeurs en syndicats) ne sera pas chose facile. Les syndicats n?ont jamais fait secret de leur opposition à cette approche, jugée trop pro-patronat.
Le collective bargaining dépend de la force des syndicats engagés dans les négociations. Or, avec le faible taux de syndiqués à Maurice, les travailleurs devront être très vigilants. Une remise en question de certaines institutions dont les tripartites dans un contexte où l?affiliation des salariés aux organisations syndicales est en chute libre et où les possibilités d?embauche dans les grosses industries se font rare, n?est nullement bienvenue, du moins dans l?immédiat.
La capacité d?un syndicat à influencer les salaires de ses membres ne dépend pas uniquement de son pouvoir de marchandage. Il y a plusieurs facteurs micro et macroéconomiques qui entrent en jeu. La capacité d?un employeur à payer une compensation dépend de la facilité avec laquelle il pourra faire passer ce coût additionnel à son client. Déjà, les producteurs de sucre et plusieurs fabricants de vêtements en font l?expérience.
Les revendications salariales sont encore plus difficiles si la main-d??uvre représente une proportion importante des coûts généraux de la société. Par ailleurs, les employés ont peu d?arguments à avancer s?ils sont susceptibles d?être remplacés par des technologies en cas de déflagration de la note salariale.
Des conditions macroéconomiques peuvent venir jouer les trouble-fête. Le wage bargaining dépend dans une grande mesure de la santé générale de l?économie. Les salariés ont peu de chance de voir aboutir leurs demandes si les indicateurs sont au rouge.
Plusieurs facteurs conjoncturels et structurels jouent contre les propositions de la MEF. Une fois de plus, il faudra compter sur la résistance syndicale.
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