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?Ceux qui comptent sur leur épargne pour vivre paient les pots cassés?
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?Ceux qui comptent sur leur épargne pour vivre paient les pots cassés?
Comment se porte l?industrie bancaire actuellement ?
Elle est toujours caractérisée par une trop grande concentration des parts de marché entre les deux principales banques du pays. En disant cela je ne suis pas en train de critiquer ces banques particulièrement. C?est juste un constat objectif.
Il est difficile d?avoir un marché monétaire fluide quand il y a deux acteurs dominants. Néanmoins, malgré cette réalité, il y a de plus en plus de concurrence entre les banques commerciales. Je pense que cela est dû au fait qu?auparavant, la Mauritius Commercial Bank et la State Bank of Mauritius (SBM) avaient chacune un portefeuille différencié de clients. Aujourd?hui les banques sont obligées de s?intéresser à tous les secteurs de l?économie et cela apporte davantage de concurrence.
Tant mieux pour les clients car la concurrence fait baisser le loyer de l?argent. Mais mieux encore, la concurrence favorise également l?innovation en termes de produits bancaires plus attrayants.
A ce chapitre, sans battre mon propre tambour, je pense que la Barclays a beaucoup contribué à la diversification des produits.
On assiste depuis quelque temps à une multiplication de l?offre de crédit aux particuliers. Lors du dernier salon de la Maison, par exemple, la compétition était rude entre les banques proposant des prêts-logement.
Il y a également une démarche de la part des banques de faciliter l?accès au crédit de consommation comme le Barclayloan ou le Flexiloan de la SBM.
Au niveau de la clientèle d?entreprise, la principale innovation a été le financement des projets en devises étrangères.
Par ailleurs, une autre tendance qui s?est dessinée est que les banques sont disposées à travailler en pool sur certains gros projets. Auparavant, une banque assurait 100 % du besoin de financement de son client, aujourd?hui les institutions se partagent les dossiers. Cela permet de diluer et de diversifier les risques.
Avec les nouvelles règles sur la concentration des risques, même les grandes banques peuvent se retrouver coincées avec un gros projet, d?où l?utilité de partager le financement. Pour le développement de l?aéroport nous avons travaillé avec la SBM et pour le projet de centrale thermique de St-Aubin nous nous sommes associés à la MCB.
C?est une tendance qui commence à entrer dans les m?urs.
Vous évoquiez plus haut la multiplication de l?offre pour la clientèle individuelle. Cela est certainement attribuable au fait que les entreprises n?empruntent plus autant qu?avant ?
Quand il y a un segment du marché qui ne marche plus aussi bien, les banques, comme toute entreprise, se tournent vers un autre segment.
En fait, le retail banking est peut-être plus rémunérateur en termes de taux d?intérêt, mais les frais fixes sont importants et rognent les marges.
Un prêt pour la consommation rapporte aux banques entre deux à trois fois plus qu?un prêt aux entreprises. Le taux d?intérêt sur un emprunt personnel tourne autour de 15 %. Le taux sur les cartes de crédit est un peu plus élevé. Par contre, un prêt à une grande entreprise figurant dans le Top 100 sera frappé d?un taux de 2 % au-dessus du Prime Lending Rate, soit autour de 9 %.
Le problème est que le traitement d?une demande de prêt d?un particulier prend du temps. Et à moins d?avoir un outil informatique sophistiqué qui permet d?accélérer la man?uvre le jeu en vaut à peine la chandelle.
Si cela prend trois heures à un de nos employés pour traiter une demande pour un prêt de Rs 50 000, le temps passé et la paperasse, auront déjà absorbé la marge sur un tel prêt.
Par contre, une demande de financement pour une centrale thermique de Rs 1 milliard c?est autre chose. Même si deux ou trois cadres y travaillent pendant deux semaines cela en vaut la peine car c?est un prêt à long terme étalé sur dix ans.
En avril, la Barclays a octroyé Rs 1 milliard de corporate loan. Pour réaliser un tel chiffre dans le retail banking il faudrait 50 000 clients.
Le ralentissement du crédit aux entreprises va-t-il durer ?
Au niveau des infrastructures publiques je pense que les grands chantiers de l?Etat sont finis ou presque. Au niveau des entreprises, les dépenses régulières pour maintenir l?outil de production et les bâtiments ont continué, même si c?est à un niveau légèrement inférieur, et se poursuivront vraisemblablement.
Je pense, moi, que les petites et moyennes entreprises (PME) regorgent de potentiel et qu?il y a quelque chose à faire à ce niveau. Mais c?est un peu comme la clientèle individuelle : les besoins sont modestes et les risques réels. C?est pour cela que les banques hésitent à entrer dans ce créneau.
Nous avons développé un package à l?intention des PME. Leur principal problème n?est pas tant l?accès au financement mais davantage le manque de compétence financière. Nous tentons d?y remédier en les accompagnant et en leur fournissant une assistance technique.
Le rapport annuel de la Banque de Maurice sur la supervision bancaire indique une détérioration du porte-feuille de crédit des banques. Que faut-il en penser ?
Je pense qu?il y a essentiellement deux explications à ce phénomène. D?une part, certains secteurs de l?économie sont en difficulté et les banques exposées à ces secteurs sont donc affectées.
Si dans le passé certaines banques n?ont pas identifié correctement les dossiers à risques, avec les nouvelles directives de la Banque de Maurice et les critères objectifs déterminés, ces dossiers remontent à la surface et peuvent occasionner un gonflement des non performing loans.
Outre la compétition entre les banques, il y a aussi la compétition avec les institutions financières non bancaires?
Oui, au niveau des dépôts, il y a principalement la concurrence des sociétés de crédit-bail qui ont le droit de faire du deposit taking. Mais c?est généralement cyclique. Quand ils arrivent à l?équilibre entre le crédit et les dépôts, ils ne prennent plus de dépôts.
Ce n?est pas un vrai problème pour nous car nous avons des dépôts à ne plus savoir quoi en faire.
Par contre, ce qui me préoccupe un peu c?est de voir les assurances avancer du crédit. Je ne suis pas sûr qu?elles ont toutes l?expertise qu?il faut pour analyser les risques et faire provision pour des capitaux adéquats pour couvrir les prêts.
Les compagnies d?assurances ont de très gros dépôts à long terme, notamment celles qui sont engagées dans l?assurance-vie. Cela représente une masse de fonds stables qu?elles peuvent utiliser. Pour une compagnie d?assurances c?est donc intéressant d?octroyer du crédit à long terme car cela permet d?équilibrer les deux côtés du bilan.
Toutefois, les banques ont des contraintes que ne connaissent pas les compagnies d?assurances. Quand une banque fait un prêt il doit prévoir une provision de 1 %. Et quand on reçoit un dépôt, on doit placer 5,5 % de la somme à la Banque de Maurice, sans rémunération. Cela renchérit le coût de l?argent pour nous.
Quelles sont les implications de l?accumulation des dépôts dans les banques commerciales ?
Les dépôts s?accumulent car la consommation a diminué. Mais même avec un excès momentané de dépôts nous nous disons qu?il suffit d?avoir un gros projet de Rs 1 milliard à financer pour absorber cette liquidité. Je pense donc que c?est temporaire.
La dette de l?Etat est concentrée sur des instruments à très court terme. Il faudrait consolider la dette, en roupies sur le plus long terme. Tout le monde en sortirait gagnant.
En étalant sa dette, le gouvernement allégerait la pression du repaiement et une dette à plus long terme devrait justifier des taux d?intérêt plus intéressants. Cela donnerait aux banques une alternative pour redéployer leurs dépôts.
La principale implication de l?accumulation des dépôts pour les banques est qu?elles ne peuvent continuer à offrir aux déposants les mêmes taux d?intérêt que dans le passé. Cela déstabilise le marché et peut aussi avoir un impact social.
Les retraités qui comptaient sur les taux d?intérêt pour vivre se rendent compte que le rendement de leurs dépôts s?amenuise drastiquement. Avec un taux d?intérêt à 4 % ce n?est pas terrible.
Les banques peuvent se reprocher de s?être endormies quand les taux d?intérêt étaient à 8 %. Il aurait fallu alors expliquer aux clients qu?ils doivent bloquer leurs économies dans des dépôts à long terme pour obtenir un meilleur taux. Il y a des gens qui laissent des centaines de milliers de roupies sur des comptes d?épargne alors qu?ils auraient du les transformer en dépôts à long terme plus rémunérateurs. Aujourd?hui, c?est un peu trop tard.
Les banques se sont endormies et les clients qui comptent sur leur épargne pour vivre paient aujourd?hui les pots cassés.
Pourquoi voulez-vous qu?une banque propose à ses clients des placements qui les obligeraient à payer plus d?intérêt aux clients ?
Si on veut établir une relation à long terme avec un client il y a parfois des concessions à faire. En France les banques n?ont pas le droit de verser les intérêts sur un compte courant. La Barclays en France a décidé, qu?au-delà d?une certaine somme, les intérêts sont transformés en parts dans un fonds d?investissement.
Ces intérêts que nous transférons sur un autre instrument représentent une perte en termes de dépôts pour travailler. Mais nous nous sommes rendu compte que ce système intéressait beaucoup nos clients qui sont restés avec nous à cause de cela. Mieux, ils remettaient régulièrement de l?argent sur leurs comptes pour accumuler des intérêts.
On a pris le risque de perdre des dépôts mais finalement les clients sont restés chez nous et ont été fidélisés.
Est-ce que le différentiel entre le taux d?épargne et le loyer de l?argent est suffisant ?
Nous aurions aimé avoir des dépôts à 0 % comme en Suisse où ce sont en fait les déposants qui payent la banque pour maintenir un compte. Mais c?est un cas extrême.
Nous avons besoin d?un écart entre les dépôts et les prêts. Le coût de l?argent aujourd?hui est de 6 à 7 % tandis que le Prime Lending Rate est à 7,5%.
Que pensez-vous de l?arrivée prochaine d?une nouvelle banque sur le marché, en l?occurrence la Banque des Mascareignes du groupe Caisse d?Epargne ?
Ce qu?il faut vraiment, c?est réduire l?écart entre les deux banques dominantes et les autres petites banques. Au lieu de cela on aura une autre petite banque. C?est dommage.
Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN
?Certains secteurs de l?économie sont en difficulté et les banques exposées à ces secteurs sont donc affectées.?
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