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L?odyssée de Chan

2 mai 2004, 20:00

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CHAN. Cela sonne comme quelqu?un qui serait né à son apogée. Quelqu?un qui n?aura jamais eu de prénom. ?Personne ne connaît mon prénom,? assure l?artiste, précisant qu?il faut prononcer ?Shan?. Car, si son nom évoque la consonance d?une Chine millénaire, le peintre, lui, vit en terre malgache. Ce qui lui donne la coloration française.

  1. Chan voit le jour en Chine. Il a dix ans quand la guerre sino-japonaise fait rage. Le gamin fuit, seul, vers Madagascar. ?Beaucoup de Cantonnais étaient venus bien avant la guerre à Madagascar pour trouver du travail. Dans les années 1930-1937, des bateaux entiers ne transportaient que des Cantonnais. Il fallait quitter la Chine. Sinon, ce serait la mort. A Madagascar, il fallait forcément s?adapter. Sinon, on ne pourrait pas rester.?

Chan s?adonne au commerce. ?Comme mes parents, j?avais beaucoup d?activités.? Il s?agit là de parents lointains. Qui ne tarderont pas à mourir, les uns après les autres. C?est la seconde guerre mondiale. Et, à 15 ans, Chan se retrouve dans la totale solitude. Et le dénuement. Mais, vite les carrières de pierres répercuteront son nom. L?exploitation minière lui permet de beaucoup voyager. Il connaîtra bien des pays d?Europe. Avec l?ouverture de la Chine, c?est l?Est qui lui fait de l??il. Il s?y rend quand le besoin se fait sentir.

?Personne n?appréciait l?Abstraction?

L?homme épanoui a depuis légué son commerce à ses enfants, prenant plutôt plaisir à décorer sa maison. Rappelant que, quelle que fut l?adversité, dès qu?il économisait quelques sous, il s?achetait des livres d?Art. Il est aujourd?hui une icône prestigieuse du monde de l?Art à Madagascar.?J?ai débuté par l?abstrait. Mais personne ne l?appréciait. J?ai dû changer mon orientation et peindre du figuratif.? Une telle décision ne peut que surprendre. Davantage d?un homme qui a la réflexion transparente. Celui qui parle, a derrière lui 40 ans d?expérience de l?Art. Toutefois, le plasticien pluridisciplinaire dira : ?Depuis 15 ans, j?ai laissé de côté le fer, le bois, les pierres, pour ne faire que de la peinture. Et pas tous les jours.? Il s?empresse de préciser : ?Mais la peinture est pour moi une passion.?

La lente maturation de ses compatriotes, qui aura entretenu sa décision première, se laisse peu à peu verser dans l?esthétique. Chan s?est remis à l?Abstrait. Reconnu à part entière, il se paie le luxe de rouler parallèlement sur les deux rails du figuratif et de l?abstrait. Et, si lors de son premier solo mauricien du 5 au 8 mai 2004, l?île ne pourra apprécier ses huiles abstraites, c?est que la galerie Le Coin de Mire ne peut accueillir ses toiles monumentales. Les adeptes du figuratif, par contre, se régaleront d?une peinture de qualité, folle de liberté. Les abstraits devront attendre août 2004, à Eurêka. S?ils ne vont pas d?abord à Hong Kong, en Thaïlande, ou à Moscou...

Chan marie l?impressionnisme au chromatisme de Gauguin

?Des figuratifs, j?aime Monet. Manet est trop figuratif. Aussi, quand au début j?ai changé, je me suis mis à l?Impressionnisme,? raconte le peintre. Bien que cette manière date, ? on ne discute pas des goûts personnels ? les toiles de Chan, il faut l?admettre, ont un charme particulier. Et si certaines rappellent les espaces bleus et les étendues florales de Monet, son goût pour le chromatisme de Gauguin bénit des épousailles osées, des plus inattendues. Alliance qui transmute ses petits formats en soleils rayonnants. Aussi, ne vous fiez pas aux titres. Car, s?ils évoquent les sempiternelles scènes de vie quotidienne, ressassées et usées, ramenant en mémoire un certain figuratif inouï, ils livrent en réalité une expression fort personnelle. Où les touches raréfiées au couteau s?apparentent délicieusement à des aplats, poussant même de part et d?autres jusqu?à l?abstraction. Cette sereine liberté, serait-ce la subtilité qui laisserait filtrer une âme insondable venue d?ailleurs ?

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