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La compensation salariale annuelle appauvrit en fait la population
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La compensation salariale annuelle appauvrit en fait la population
<B> Comment abordez-vous la présidence de la fédération patronale ?</B>
Avec sérénité, mais aussi avec le sentiment qu?il y a de nombreux défis à relever. La Mauritius Employers? Federation (MEF) a fêté ses 40 ans il n?y a pas longtemps. C?est donc une institution bien rodée qui possède un personnel permanent très qualifié. Cela a permis à l?institution de jouer son rôle de partenaire social d?une manière professionnelle et responsable.
Parallèlement, l?environnement des affaires est en train d?évoluer et demande de nouvelles attitudes de la part de tous les partenaires sociaux. Ma priorité sera de rétablir un vrai dialogue avec tous les partenaires sociaux pour aboutir à un nouvel encadrement légal du travail.
A la lumière des défis qui nous attendent sur le plan économique, il nous faut revoir le cadre législatif régissant le travail pour que le pays devienne encore plus compétitif.
Par ailleurs, ma présidence coïncide avec l?ambition de la MEF de construire un bâtiment dans la région d?Ebène pour abriter notre quartier général et notre centre de formation.
<B> Cela fait des années que la MEF réclame davantage de flexibilité au niveau des lois du travail. Qu?est-ce que cela implique au juste ? </B>
C?est vrai que nous répétons depuis des années que nous avons besoin de plus de flexibilité. Il ne faut pas que ce mot fasse peur. Trop de rigidité nuit. Face a trop de contraintes, un employeur peut être réticent à créer des emplois. Le grand perdant c?est le chômeur qui est à la recherche d?un emploi.
Quand on parle de flexibilité, on ne veut pas dire qu?il faut se débarrasser de tous les droits acquis de haute lutte par les syndicats et les travailleurs. Ce n?est pas de cela qu?il s?agit.
Il est nécessaire de donner à l?entreprise les moyens de s?adapter aux besoins de son marché. Ma société fabrique des détergents en poudre et aussi des détergents liquides. Selon la demande, nous devons pouvoir redéployer notre main-d??uvre sur les produits en poudre ou liquide. On ne peut se permettre une spécialisation à outrance qui ferait qu?en absence de commandes pour les détergents en poudre, ceux qui y sont affectés se tourneraient les pouces.
Dans le secteur de la distribution, la loi oblige les transporteurs à avoir un ?lorry helper? et des ?lorry loaders? pour chaque véhicule. Les ?lorry loaders?, sont ceux qui chargent et déchargent la marchandise. Selon la loi, le ?lorry helper? n?est là que pour aider le chauffeur et rien d?autre. Il peut changer une roue en cas de crevaison mais il ne décharge pas les marchandises !
Si nous ne faisons rien pour éliminer ce type de rigidités il y aura moins d?emplois créés et nous risquons de perdre notre compétitivité par rapport aux autres pays.
<B> La semaine prochaine démarrera le rituel annuel des négociations tripartites. Que pensez-vous de cet exercice ? </B>
C?est un exercice essentiel pour l?avancement de la nation. La MEF sera toujours partie prenante du comité tripartite. Par contre, il est un fait que le principal sujet de discussion lors de cette rencontre annuelle est beaucoup trop étriqué et nous le regrettons.
Il est crucial d?arriver à discuter de la politique salariale nationale dans son ensemble. On ne peut continuer avec un système où il y a des hausses salariales en cascade décidées par le National Remuneration Board, le Pay Research Bureau, le Tribunal d?Arbitrage Permanent en sus de la compensation salariale annuelle.
La réunion annuelle du comité tripartite ne s?intéresse qu?à une petite partie du problème. La MEF souhaite un débat élargi sur la politique salariale qui inclurait, par exemple, le concept des négociations collectives sectorielles.
<B> Il semble que la discussion sur la politique salariale en général a été transférée au conseil économique et social ?</B>
Le conseil économique et social est un forum multipartite qui fait un bon travail. Toutefois, les membres du conseil sont désignés en leur propre capacité. Ils ne représentent pas les institutions dont ils sont issus.
Il y a donc nécessité pour que les institutions et les partenaires sociaux concernés s?assoient autour d?une table et acceptent d?ouvrir le débat.
On a toujours eu l?impression que les tripartites sont comme un match de foot opposant le patronat aux syndicats avec le gouvernement comme arbitre. Ce modèle est dépassé.
Il faut voir les choses différemment. La compétition internationale est un match de foot qui oppose Maurice aux autres pays en développement ? Vietnam, Bangladesh, Sri Lanka. Le gouvernement est comme l?entraîneur et les employeurs et les employés jouent dans la même équipe. S?il vous plaît, pas de ?own goal? !
<B> Mais jusqu?à quand la MEF acceptera-t-elle de participer aux réunions tripartites pour une discussion réduite à la compensation salariale annuelle ? </B>
Jusqu?à ce que les autres partenaires sociaux nous entendent. Nous ne pouvons pas changer de langage pour faire plaisir. Notre intime conviction est qu?il faut une solution globale à la question des salaires.
La MEF ne prône pas une politique de bas salaire. La seule chose qui importe est que la productivité s?améliore. Si elle s?améliore on pourra augmenter les salaires. Il faut donc tomber d?accord pour accroître la productivité.
Ce terme est souvent mal compris. Les salariés croient qu?améliorer la productivité veut dire travailler de plus longues heures pour un salaire réduit. Ce n?est pas du tout de cela qu?il s?agit.
Améliorer la productivité veut dire produire plus avec moins d?intrants. Pour y arriver il faut améliorer la productivité de l?ensemble de l?entreprise, soit de l?outil de production, du capital et de la main-d??uvre qui ne représente qu?une partie des intrants.
Cela fait également des années que la MEF prône une prise en compte de la productivité dans la détermination de la compensation salariale annuelle?</B>
Notre approche est claire. Une augmentation des salaires basée uniquement sur l?inflation n?est pas une bonne chose pour les salariés. Les syndicalistes ont eux-mêmes déjà fait ressortir que la compensation salariale annuelle est souvent suivie d?une cascade d?augmentations.
Effectivement, une hausse des salaires basée uniquement sur le taux d?inflation génère de l?inflation à travers la dépréciation de la roupie. Quand on décide du taux de compensation, c?est comme si on décidait de la quantité d?huile qu?on allait jeter sur le feu de l?inflation.
Le paiement d?une compensation salariale annuelle basée sur le taux d?inflation et non sur la productivité est en fait en train d?appauvrir la population. Tous les partenaires sociaux souhaitent une amélioration du niveau de vie des Mauriciens mais nous ne sommes pas encore tombés d?accord sur les moyens d?y parvenir.
Il suffit qu?un seul des trois partenaires ne soit pas sur la même longueur d?onde pour compromettre toute réforme. Il faut un consensus. On ne peut rien imposer.
<B> La recherche de ce consensus risque de prendre de temps?</B>
Le drame c?est que le temps est un luxe que nous ne pouvons nous permettre. Il y a quelques années on avait accusé la MEF de jouer au prophète de malheur lorsqu?elle avait prévenu contre le risque de fermeture d?usines et de pertes d?emplois en raison de la perte de compétitivité. Aujourd?hui nous sommes tristes d?avoir eu raison.
<B>Le Central Statistics Office (CSO) annonce une nouvelle méthode pour déterminer le taux de chômage. Qu?en pensez-vous ? </B>
Il était grand temps d?appliquer de nouvelles méthodes. J?espère que la nouvelle méthode comportera aussi un élément qui tiendra compte du secteur informel.
<B>Le gouvernement a institué un comité pour se pencher sur une refonte de l??Industrial Relations Act?. Quel est le point de vue de la MEF sur la question ? </B>
La MEF a soumis un mémoire et les syndicats ont également soumis leur point de vue. L?IRA est un sujet extrêmement sensible. C?est une loi qui date de 1973. Ella a été introduite à un moment où le pays avait besoin de stabilité sociale pour sortir du sous-développement et de la pauvreté.
La MEF est d?accord pour discuter point par point les amendements à être apportés à la loi. Les syndicats réclament le droit de grève illimité sous prétexte que les employeurs sont tous de mauvaise foi et qu?on ne peut leur faire confiance. La MEF dit : attention ! L?économie du pays est fragile. Qui sait quel dommage pourrait être causé si jamais nous avions affaire à des syndicalistes irresponsables ?
<B>?La seule chose qui importe pour la MEF est que la productivité s?améliore. Si elle s?améliore on pourra augmenter les salaires.?</B>
<B>Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN</B>
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