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Pelé, Maradona, Zidane et les autres
Qui est le plus grand footballeur de tous les temps ? La question reste posée. L?actualité de la semaine, marquée par les malheurs de Maradona et l?élection du meilleur joueur européen de ces cinquante dernières années, n?a, en tout cas, pas manqué de relancer de manière spectaculaire et inattendue un débat qu?on croyait mis au rancart.
Pendant que les médias du monde entier reprenaient en boucle, lundi matin, une information selon laquelle El Pibe de Oro, victime d?une crise cardiaque, était entre la vie et la mort, les pro et les anti Maradona s?arrangeaient pour remettre sur le tapis une vieille rivalité. Et bien oui, c?était peut-être le moment de se poser une dernière fois la question : qui de Pelé ou de Maradona était le plus grand de tous ?
Aussi surprenant que cela puisse paraître, sur une majorité de sites et de télévisions ayant cru utile d?en faire un sujet de sondage, Maradona devançait Pelé. Sans doute que la star argentine a bénéficié, vu les circonstances, d?une importante dose de sympathie. Sans doute aussi qu?il a frappé davantage l?imagination de ses contemporains, lesquels, pour la plupart, n?ont pas vu jouer Pelé.
Mais, en réalité, de débât, à proprement parler, il n?y en a point. Pelé, c?est une évidence, est devant, loin devant. Et ce n?est pas un hasard si les spécialistes sont unanimes à le plébisciter. A bien voir, c?est la masse qui fait pencher la balance en faveur Maradona dans les sondages, cela pour des raisons qui ne se limitent pas qu?au terrain. Cette masse, en réalité, voit en Diego une extension de leur propre rêve, lui le Pibe issu d?une banlieue misérable de Buenos Aires et qui, touché par la grâce, a atteint des sommets improbables dans le football. Lui par ailleurs qui, dans ses interviews toujours pimentées et savoureuses, ne manque jamais l?occasion d?égratigner une bourgeoisie bien établie et à laquelle s?identifie aujourd?hui un Pelé qui semble avoir renié son passé.
Mais est-ce vraiment à ces détails qu?on juge le talent d?un footballeur. Bien sûr que non. Quoi qu?on dise, le génie du Brésilien est incomparable. Son palmarès aussi. Avec trois Coupes du monde, 785 passes décisives et 1 283 buts à son compteur, Edson Arantes do Nascimento a survolé le football du vingtième siècle. Rien, pas même le but exceptionnel de Maradona contre l?Argentine en 1986, sans doute le plus beau de l?histoire du football, ne peuvent soutenir la comparaison avec ce qu?a réussi Pelé.
Le génie du Brésilien ne se limitait d?ailleurs pas qu?au terrain. Contrairement à Maradona, qui a rapidement sombré dans la débauche au sortir d?une carrière qui méritait mieux que la cocaïne, Pelé a toujours soigné son image, respecté une hygiène de vie. Son influence dans le football reste aujourd?hui encore immense. N?a-t-il pas été ministre des Sports du Brésil ? N?est-il pas régulièrement consulté par la FIFA pour des projets futurs ?
Le problème avec le grand Edson, et c?est précisément ce qui le rend impopulaire, c?est ce cliché nouveau bourgeois qui lui colle à la peau. Et puis, il y a cette arrogance, ce petit côté pompeux qui irrite au plus haut point ses propres compatriotes. « I was born for soccer, just as Beethoven was born for music? » Ces mots viennent de Pelé et, forcément, ils n?ont pas été appréciés.
Quoi qu?il en soit, Pelé en 1, Maradona en 2, c?est l?évidence même. En réalité, le vrai débat devrait concerner la troisième place. Qui mérite de compléter le podium de tous les temps ? Question à mille francs. La très vieille école n?a pas oublié le Hongrois Ferenc Puskas, les adeptes du football total hollandais plébiscitent Johann Cruyff, les Allemands insistent sur Franz Beckenbaueur. Ils pourraient tous se tromper.
L?Union européenne de football a désigné jeudi le meilleur joueur européen de ces cinquante dernières années et c?est Zinédine Zidane qui a décroché le gros lot. Désigné par 140 000 internautes, l?immense Zizou devance de près de 4 000 votes Kaizer Franz, la troisième place revenant à Cruyff.
Si le stratège français appartient à la présente génération et qu?il est, par extension, davantage exposé que ses prédécesseurs, cette distinction n?est nullement usurpée.
Zidane, qu?on se le dise, est un monstre sacré, un virtuose qui entretient, avec le ballon, une étonnante relation de complicité. Et, probablement, ce n?est que quand il partira à la retraite, dans deux ou trois ans, qu?on mesurera son talent à sa juste valeur.
Ce classement UEFA tombe à point nommé. Il vient en effet corriger une anomalie, une injustice, en même temps qu?il contredit les grands penseurs de la presse française, France Football en tête. Dans le cadre du centenaire de l?équipe de France, l?hebdomadaire parisien a, en effet, cru utile, la semaine dernière, de décerner le titre du plus grand bleu de l?histoire à Michel Platini. Oui, l?ancien Stéphanois avait marqué les esprits en son temps. Remember Séville 82, Remember l?Euro 84, Remember Guadalajara 86? Mais Zidane, c?est autre chose, Zidane c?est une classe à part, Zidane c?est deux buts contre le Brésil en finale de la Coupe du monde 1998, Zidane c?est, à ce jour, l?unique conquête mondiale de la France?
Platini premier, Zidane deuxième. On a du mal à penser que le choix de France Football est guidé par la seule hiérarchie du terrain. Il y a autre chose derrière. Le journaliste Jean-Jacques Vierne a utilisé le politiquement correct pour justifier l?injustifiable : « Dans sa relation avec le ballon, Zidane est probablement le meilleur joueur français. Mais dans la relation avec le football, ce jeu qui se joue à onze contre onze sur un terrain de 100 x 75 mètres, Platini n?a pas d?égal dans ce pays »? C?est à y perdre son latin.
Nul n?est prophète en son pays. A défaut d?avoir été reconnu meilleur français de l?histoire par les Français, Zizou a été plébiscité meilleur européen de ces cinquante dernières années par les Européens...
En réalité, Zinedine Zidane sera un jour une légende du football. Dans le panthéon, il y aura Pelé, Maradona, puis Zidane?
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