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Monaco, le rêve en marche

24 avril 2004, 20:00

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Commençons d?abord par préciser l?essentiel : Monaco n?est pas encore en finale de la Ligue des Champions. Voilà qui, déjà, devrait nous mettre à l?abri de quelques furies inutiles des fois où Chelsea se déciderait à retrouver ses vertus dans quinze jours à Stamford Bridge, ce qui n?est pas impossible. Des fois aussi où ce grand théâtre qu?est la Ligue des Champions, généreuse en rebondissements, nous projetait, pour sa prochaine séance, un nouveau thriller à couper le souffle. Remember La Corogne.

Cela précisé, notre souci d?objectivité nous oblige à penser que Monaco a pris une option plus que sérieuse. Au-delà du score ? un 3-1 considéré comme idéal par la plupart des spécialistes et qui obligera forcément Chelsea à sortir la cravache au retour ? subsiste la manière. Les Français, qu?on se le dise, ont été impressionnants mardi. Et, indépendamment de vos affinités, fussent-elles françaises ou anglaises, vous avez été nombreux à l?admettre, mercredi matin, à l?heure de la pause café.

Monaco, cuvée 2004, c?est du talent, du coeur et du caractère. Le scénario avait pourtant tout, du moins dans son contenu, pour favoriser les desseins de la luxueuse et indécente équipe du milliardaire russe Roman Abramovich. Déjà, l?égalisation d?Hernan Crespo à la 22e, aurait pu, en temps normal, être psychologiquement fatale à l?ASM, laquelle avait ouvert le score cinq minutes plus tôt par l?entremise de l?inévitable Dado Prso.

Mais, plus préjudiciable encore, subsiste la pâle prestation inexplicable et inexpliquée de monsieur Meier, pourtant considéré comme un des meilleurs sifflets de la planète foot. Deux erreurs d?appréciation ou de placement ? c?est selon ? qui, en temps normal, aurait pu tout changer.

Dix minutes après le retour des vestiaires, Meier expulse Zikos, contraignant le club princier d?évoluer à dix pour le reste de la partie. Bon, c?est vrai, le Grec a fait fort en répliquant à Makelele. Jeux de mains jeux de vilain dit l?adage. Un geste peu élégant certes et qui méritait d?être sanctionné. Mais le rouge semble, avec recul, un peu forcé. Cela d?autant plus que Makelele, sur ce coup-là, joue à fond la carte de l?intox. Simulation avec intention évidente de nuire.

Chelsea ? Du cosmétique...

Et puis, comment passer sous silence ce geste inacceptable d?un vétéran en perdition, Marcel Desailly, coupable d?une lâche et vile agression sur Fernando Morientes. Tout le stade l?a vu, des millions de téléspectateurs l?ont vu. L?arbitre, lui, a préféré ne rien voir. Le rouge s?imposait, le jaune n?a même pas été sorti. Du coup, le match s?est poursuivi à onze contre dix, un avantage numérique qui aurait pu changer les données et permettre au Chelski d?Abramovitch de faire de la surenchère, de ramener du Rocher un résultat qu?il ne méritait pas.

Heureusement, l?implacable vérité du terrain a fini par triompher. Chelsea, ce n?est finalement que du cosmétique, une équipe montée de toutes pièces à coups de pétro-dollars. Et quand l?argent prend le dessus sur tout, y compris la décence, quand les affinités sont artificielles, un maillon essentiel du jeu, la solidarité, finit obligatoirement par faire défaut. On l?a vu cette saison : les qualités techniques des stars de Stamford Bridge avaient, jusqu?ici, toujours fait pencher la balance. Mais il y a des jours où le physique ne suit plus. Et, ces jours-là, le coeur n?y est pas. Chelsea, mercredi, n?avait pas envie.

L?amour du maillot, la soif de victoire. Monaco, au contraire de son adversaire, a puisé de ces valeurs essentielles pour se surpasser, pour offrir au monde entier un spectacle d?une rare qualité dans la dernière demi-heure. Les petits princes de Louis II en avaient dans le ventre. Ils en voulaient à mort. Et même si, par à coups, les jambes ne suivaient plus, se dégageait, sur la pelouse, un bien-être évident, la petite étincelle qui fait la différence et permet de trouver au plus profond de soi-même une énergie insoupçonnée.

Tactiquement aussi, la bataille a tourné à l?avantage du club français. Pendant que Didier Deschamps ? qui allie, sur le banc, la même discrétion et la même efficacité qui faisaient jadis sa force sur le terrain ? utilisait les mots justes et forts pour remotiver ses troupes à la mi-temps, son compère de Chelsea, Claudio Ranieri, s?empêtrait, lui, dans des calculs approximatifs et faisait le mauvais choix. A un partout à l?extérieur, l?Italien prit le risque de faire rentrer un attaquant, Jimmy Hasselbaink en l?occurrence, à la place de l?excellent défenseur Mario Melchiot. Dans la foulée, il lança dans le bain un joueur à court de forme, Juan Sebastien Véron, et un illustre inconnu, Robert Huth, en lieu et place de deux maillons forts du milieu de terrain, Jesper Gronkjaer et Scott Parker respectivement.

Un choix contestable et contesté qui scella pour de bon l?issue d?un match qui restera, quoi qu?il advienne, mémorable pour la petite colonie des supporters de l?ASM. Dans la dernière demi-heure, Monaco en rajouta une couche. Chelsea était à genoux, asphyxié par les accélérations incessantes de Jérôme Rothen, l?ingéniosité de Ludovic Giuly et le panache de Fernando Morientes.

A dix minutes de la fin, l?Espagnol, d?une frappe surpuissante à montrer dans les écoles de foot, offrit l?avantage au club princier avant que le joker de luxe Shabani Nonda, ne convertisse en or son premier ballon touché pour permettre aux rouge et blanc de poser un premier pied en finale de la Champions League.

Trois buts à un, et 90 minutes à tenir dans l?enfer de Stamford Bridge, voilà les données de l?exploit. Monaco, si près du bonheur, rêve les yeux ouverts. Mais gare à l?excès de confiance.

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