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NON à la DROGUE

24 avril 2004, 20:00

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Sameer, 24 ans

«Mone comens fim gandia à 18 ans. Mo ti envi koné ki été ça. Je fumais deux à trois fois par semaine puis tous les jours. À 19 ans, j?ai commencé à me shooter. Je travaillais à l?usine et avec tout l?argent que je gagnais, j?achetais ma dose d?héroïne. J?en achetais également pour mes amis. Zot ti pé conn mwa par intéré. Je me piquais avec mes amis dans le petit bois à côté de ma maison et on s?échangeait les seringues. Je n?ai jamais pensé que je pouvais attraper le sida ainsi.

Quand je n?avais plus d?argent pour me payer mes doses, je volais mes parents et ma s?ur. Je vendais mes affaires et ce qu?il y avait dans la maison. On m?a mis à la porte à l?usine. Dans le quartier, j?avais une réputation de mauvais garçon et de drogué. Un policier m?a arrêté un jour alors que j?avais quatre doses d?héroïne sur moi. Je suis par la suite sorti sous caution.

Au bout d?un moment, des gens sont venus dire à mes parents que je me droguais. Mon père m?a emmené à l?hôpital Brown-Séquard, mais j?ai continué à me shooter. J?ai suivi deux traitements qui n?ont pas marché. Puis un jour, je me suis mis à réfléchir à ma vie, au tort que je faisais à ma famille. Ma situation a empiré et je me détestais. C?est alors que j?ai pris la décision de me rendre au Centre de solidarité à Rose-Hill pour un premier contact.

Mon père m?a accompagné. En décembre, j?ai intégré la commu-nauté thérapeutique. Ici, j?ai réappris à m?aimer, à prendre mes responsabilités. Je me suis redécouvert.

Je veux être autonome quand je sortirai d?ici et mettre le plus de distance entre mes anciens amis et moi.

Mes nouveaux amis se trouvent ici, nous sommes tous solidaires des uns et des autres et nous nous comprenons car nous vivons la même chose.

Je veux dire aux jeunes qui sont tombés dans la drogue de ne surtout pas avoir peur de venir à la communauté. Ce n?est pas une prison, il y a des gens formidables qui vous encadrent, qui vous redonnent de l?espoir quand vous pensez que tout est perdu. Le temps d?écoute et le dialogue vous aident à faire face, à nouveau, aux combats de la vie. »

De grands arbres bordent le chemin qui mène à la commu-nauté thérapeutique Flamboyant. L?air y est frais et pur.

On se croirait à la campagne alors qu?à quelques mètres à peine se trouve la route avec sa circulation bruyante. Nous y sommes : un jardin immense, où foisonnent des plantes, des arbustes et de grands arbres, abrite à l?arrière-plan une longue maison. C?est le havre qui accueille pendant environ six mois des jeunes toxicomanes qui ont décidé de décrocher. Debout à 5 h 30, ils ont de quoi s?occuper : le jardin, la cuisine, les travaux ménagers, jusqu?au coucher à 21 h 30. Mais le plus important, ce n?est pas de leur donner de quoi s?occuper, mais de les écouter. Temps de silence, séminaires en groupes? ces jeunes découvrent qu?il y a là des gens qui les soutiennent, qui croient en eux. Trois toxicomanes nous racontent en toute simplicité et avec beaucoup d?émotion le calvaire qu?ils ont enduré et leur désir de s?en sortir. Pour que d?autres jeunes ne prennent pas le même chemin.

« Zeness swazir to dimé zordi ! »

L?unité de prévention du Centre de solidarité pour une nouvelle vie lance cette campagne de prévention sur les méfaits de l?alcool et du gandia auprès des jeunes de 14 à 25 ans. Financée par l?United Nations Office of Drug and Crime (UNODC), cette campagne dirigée par l?agence Logos comprend des panneaux d?affichage, des spots télé et radio et des espaces dans la presse. Ce projet tente de répondre à un besoin urgent, vu le nombre de jeunes qui tombent dans la polytoxicomanie, consommation simultanée de plusieurs produits stupéfiants. Il s?appuiera sur des séances à travers toute l?île : brochures informatives, présentation power point, posters, fêtes sans alcool? Le but étant de rendre cette campagne la plus « jeune » et la plus attractive possible pour que le message passe. Le coup d?envoi a été donné hier au Centre de Triolet. À la suite de la campagne publicitaire, l?association Les Enfants d?un Rêve sortira un single.

La marque IV Play sponsorise des tee-shirts à l?image du logo.

Lou, 24 ans

«J?ai commencé à me droguer à l?âge de 15 ans. Mes amis fumaient du gandia et mon père aussi. Cette odeur m?attirait et me plaisait ; j?ai voulu essayer, faire comme eux. Mo trouve sa bon et li ti pé mett mwa dans nissa. Du gandia, je suis passé aux psychotropes que je mélangeais avec du sirop. Je me fournissais dans les pharmacies sans problèmes. J?ai entre-temps quitté l?école et j?ai commencé à travailler.

Avec mon argent, je pouvais m?acheter un poulia de gandia tous les jours. Je fumais avant d?aller travailler, parfois au travail. Pendant le weed-end, je fumais et je prenais des psychotropes et du sirop pour gaigne en nissa pli for. Il y a trois ans, je me suis mis à l?héroïne. Je me piquais seul, mes amis croyaient que je fumais seulement. Je ne manquais de rien et j?avais de l?argent pour m?acheter mes doses d?héroïne. Je buvais aussi et il m?arrivait de taper sur des gens. Puis, il y a eu un moment où j?ai commencé à voler ma famille, puis des gens que je ne connaissais pas pour pouvoir continuer à me piquer. Mo ti pe trace pour gaigne cash et mo ti pé tren ar vacabon.

En février, j?ai décidé d?arrêter. Au départ, j?ai beaucoup souffert du manque. Ça fait quatre semaines que je suis à la communauté ; je me sens bien ici, j?apprends à me redécouvrir, je réapprends les valeurs de la vie. Je me sens protégé, mais pas tout à fait prêt à reprendre la vie dans le monde extérieur. La tentation est là et il faut être fort pour lutter. Mo conseil bane zene zamai rentre dans sa piège là. C?est un piège à vie. Bane céki ladan, sorti pli vit possib avan ki zotte touss le fon. »

Larry, 24 ans

«J?étais un bon athlète, j?ai même participé plusieurs fois au championnat d?athlétisme de Maurice. Mais après une blessure, j?ai dû laisser tomber et tout a basculé. J?ai commencé à prendre des psychotropes à l?âge de 15 ans environ trois fois par semaine ; je suis passé ensuite au brown sugar, d?abord en fumant, puis en me shootant. J?ai pris jusqu?à neuf doses par jour. Tous mes amis fumaient et j?ai fait de même pour être dan nissa. Au début, ma grand-mère me donnait des sous sans me poser de questions. Puis quand elle est morte, je me suis débrouillé. J?ai quitté le collège en Form III et j?ai végété pendant un an. Ensuite j?ai travaillé dans l?hôtellerie et l?argent n?a jamais été un réel problème car je volais. À un certain moment, je dealais même un peu pour payer mes doses. J?ai voulu décrocher une première fois en 2002 et j?ai tenu six mois sans aucun traitement. J?ai retrouvé du travail mais dès que j?ai eu mon salaire, la tentation a été trop forte et j?ai recommencé. Il n?y a pas longtemps, j?étais au bout du rouleau et j?ai fait une tentative de suicide. J?ai été sauvé in extremis et depuis j?ai décidé de m?en sortir. Je suis au Centre de solidarité depuis deux semaines. C?est difficile mais je m?accroche. Et puis, j?ai le soutien de toute ma famille. C?est le plus important. »

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