Publicité
Les tribulations d'une doctoresse indienne
Par
Partager cet article
Les tribulations d'une doctoresse indienne
«J?ai fait tout ce qui était possible pour que notre mariage soit une réussite. Mais j?ai été trahie et humiliée. J?ai été traînée dans la boue. Ma seule faute, c?est d?avoir fait confiance à mon époux. Le calvaire que j?ai vécu, je ne le souhaite à personne. » D?une voix tremblante, Shenaz, médecin généraliste de 37 ans, d?origine indienne, fait le récit de ce qu?elle appelle sa « terrible erreur ». Celle d?avoir épousé un homme d?affaires mauricien qui lui aurait promis monts et merveilles pour ensuite lui faire vivre un cauchemar.
Elle raconte comment elle est tombée dans cette spirale infernale : chef d?entreprise, son époux Fareed va souvent en Inde pour acheter des matières premières pour son usine textile. Au cours d?un de ses voyages, il fait la connaissance de Shenaz par l?intermédiaire d?un de ses partenaires indiens. « Il cherchait une femme pour partager sa vie, raconte Shenaz. Bien sûr je voulais me marier, mais plus tard. Par-dessus tout, j?aspire à mon indépendance. » Elle accepte néanmoins de rencontrer le chef d?entreprise lorsqu?elle a vent de sa proposition de mariage.
Leur rencontre se fera plus vite qu?elle ne l?avait pensé. Un dimanche, alors qu?elle revient d?un rendez-vous avec un patient, elle trouve ses parents en compagnie de Fareed et de son frère. Cette visite impromptue la surprend.
« J?étais nulle et vieille »
« Ils étaient pressés parce qu?ils devaient rentrer à Maurice le même jour, affirme Shenaz. Mais je voulais d?abord les connaître, savoir d?où ils venaient et quelles étaient leurs intentions. » Selon elle, c?est le frère cadet de Fareed, Ryaz, qui prenait la parole la plupart du temps .
A sa grande surprise, Ryaz l?appelle quelques heures plus tard pour lui apprendre que son frère aîné a décidé de franchir le pas. Les choses se précipitent : des fiançailles rapides sont organisées l?après-midi même, les deux frères devant prendre le vol de nuit pour Maurice. La brève cérémonie se résume à une dégustation de mithais, des sucreries que les Indiens se partagent pour marquer un événement heureux.
Pour Shenaz, la joie se mêle à une certaine appréhension. « Je ne voulais pas abandonner la médecine », confie-t-elle. Fareed balaie ses craintes en lui assurant qu?une fois mariée, elle n?aura pas à travailler et qu?il pourvoira à tous ses besoins. La famille de Fareed garde contact avec Shenaz. Au fil des jours, Shenaz finit par consentir au mariage. « Mes parents m?ont convaincu, et peu à peu je me suis faite à l?idée de me marier avec lui. » La cérémonie religieuse devait avoir lieu en Inde début mars 2000. Shenaz tient à ce qu?elle se fasse selon la tradition musulmane. De son côté, la famille de l?homme d?affaires propose d?organiser une réception grandiose à Maurice à leur retour.
Le 1er mars 2000, Fareed débarque à Mumbai avec sa famille. Selon la tradition, il doit offrir des bijoux le jour de la cérémonie de mehendi. Or, Shenaz affirme avoir attendu toute la journée pour s?entendre dire plus tard que les bijoux avaient déjà été achetés. « Je n?ai pas eu le choix. Les bijoux qu?ils m?ont offerts étaient ordinaires », dit-elle.
Une autre surprise l?attendra le jour du nikka, le mariage religieux, qui sera célébré au Jama Masjid à Mumbai. La famille du marié doit offrir une meher, une sorte de dot à la mariée. « à la mosquée, ils ont dit qu?ils allaient m?offrir Rs 500 000. » Selon elle, le mariage civil devait avoir lieu quelques jours plus tard, mais faute de temps, la décision est prise de le reporter à plus tard.
À Maurice, Shenaz est bien accueillie par sa belle-famille, mais elle ne peut pas en dire autant de son époux qui ne lui adresse presque pas la parole. « Il m?évitait constamment, prétextant avoir beaucoup de travail à l?usine. Je ne comprenais pas son attitude et comme j?étais perdue, je me confiais au petit frère. » De plus, elle découvre qu?il est impuissant?
La situation va rapidement se détériorer. « Fareed et sa famille ont commencé à utiliser un langage abusif envers moi. Mon époux disait qu?il n?était pas heureux, et que j?étais nulle et trop vieille. On m?accusait de bigamie. » Dès lors, les appels téléphoniques vers l?Inde lui sont interdits, et elle n?a plus le droit de sortir.
Les rapports entre Shenaz et sa belle-famille deviennent de plus en plus tendus. « On m?a proposé d?aller quelques jours en Inde pour me changer les idées. » Avant son départ, elle parvient à aller au haut commissariat indien grâce à l?argent qu?on lui avait offert, afin de raconter son calvaire.
À son retour, ce 28 mars, elle est battue et obligée de prendre l?avion pour l?Inde le soir même. « Mon mari m?a dit qu?il allait revenir en Inde pour me chercher. Je pleurais, j?avais toujours le mehendi sur mes mains et ils me poussaient à l?intérieur de l?aéroport. Ils m?ont laissée là toute seule. » Au lieu de prendre l?avion, elle contacte le haut commissariat indien pour se plaindre. Elle y passe cinq jours avant d?accepter de rentrer en Inde le 2 avril, avec la promesse que son mari la rejoindra. Hélas, il ne viendra pas.
Après réflexion, Shenaz décide de le poursuivre en justice afin d?exiger le remboursement des frais du mariage religieux. Une plainte est déposée le 26 décembre 2000 devant la Metropolitan Magistrate Court à Mumbai.
En réponse à sa demande, elle obtient le divorce du mariage religieux, le talak. En revanche, rien du côté du remboursement des frais. Alors, elle débarque à Maurice pour régler ses comptes. « Je lui ai dit que j?acceptais le divorce s?il consentait à me rembourser mes frais et de me donner le meher comme il l?avait promis. » Selon elle, il l?aurait insultée et battue à nouveau. Elle consigne en septembre 2003, une déposition pour coups et blessures au poste de police de Chemin-Grenier.
« C?est du harcèlement ! »
Dans sa belle-famille, c?est la consternation. Ils ne comprennent pas pourquoi Shenaz s?acharne à ternir leur réputation. « C?est carrément du harcèlement ! Tout ce que raconte Shenaz est faux ! Elle n?a jamais été battue ! », s?exclame Ryaz qui nous a reçus mardi, à la place de son frère. Pour lui, Shenaz n?a qu?un seul but en tête : leur soutirer de l?argent. Il raconte une version tout à fait différente de l?histoire. « Une semaine après son arrivée à Maurice, elle a voulu rentrer en Inde. Elle disait qu?elle ne se plaisait pas à Maurice. Elle nous a demandé de lui payer son billet de retour et de lui donner un peu d?argent. Devant cette situation, nous l?avons laissée partir et avons annulé la réception qui devait avoir lieu en l?honneur des époux. » Il affirme que la famille a effectué d?énormes dépenses pour cette fête. « Nous avions invité près de 1 200 personnes. » Pour lui, le mariage religieux a été annulé le 28 avril 2000, soit un mois après son départ. Quant au mariage civil, il n?a jamais eu lieu.
Il reconnaît avoir rencontré son ex-belle-s?ur en septembre 2003. Mais leur rencontre ne se serait pas produite comme elle le raconte. « Elle est venue nous insulter au bureau en nous demandant de lui rendre ses bijoux et en nous réclamant Rs 500 000 comme dommages. Elle raconte qu?on lui a volé ses bijoux ici. C?est faux, elle a tout pris. Tout ce qu?elle a laissé, c?est juste une paire de savates. »
Pour lui, il n?a jamais été question de lui offrir une somme d?agent le jour du mariage religieux. « Les frais du mariage ont été partagés, nous lui avons donné une robe de mariée d?une valeur de Rs 37 000 (indiennes), nous lui avons offert le meher sous forme de bijoux en plus de son billet d?avion pour Maurice. Elle est de mauvaise foi. » Il affirme que le jour où elle s?est sauvée pour se rendre à l?ambassade indienne, un responsable lui a conseillé de rentrer chez elle. Le lendemain, dit-il, elle a plié bagages, et Fareed lui a offert Rs 95 000 en guise de cadeau d?adieu.
Publicité
Publicité
Les plus récents