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La folle journée de Dev Hurnam
Dev Hurnam persiste et signe? Il voit des complots partout. Inculpé d?avoir commandité l?assassinat de deux officiers de police et l?agression physique du juge Bernard Sik Yuen, l?avocat parlementaire pense toujours « tout bas » qu?il est victime d?un complot ourdi par le judiciaire. Son avocat, Me Désiré Basset, a pourtant demandé au magistrat Lutchmeeparsad Aujayeb de « disregard » le discours enflammé de son client au moment de sa première comparution en cour à la fin de la semaine dernière. Lundi, l?homme de loi a évoqué le fait que son client n?était pas « assisté » et réclame que la cour ne tienne pas compte de cet écart de langage. Toutefois, ce vendredi-là, le magistrat avait bel et bien averti l?intéressé de la nature diffamatoire de sa déclaration.
Vendredi en attendant la décision de la cour sur sa remise en liberté sous caution, Dev Hurnam, les traits tirés, apparaît malgré tout très en verve. Il engage la conversation avec les journalistes, plaisante avec sa garde rapprochée et ses sympathisants. Vers 11 h 40, le col de sa chemise à rayures bleues et blanches grand ouvert, Dev Hurnam fait une entrée théâtrale dans la salle d?audience pleine à craquer. Entouré d?au moins huit gorilles portant des « tonfa » sous leurs t-shirts, il fait un bref salut à ses sympathisants avant de parlementer avec ses avocats. Le ruling du magistrat Auyajeb n?est plus qu?une question de minutes.
Lorsque le magistrat prend place dans la salle trois minutes plus tard et s?enquiert de son état de santé, l?accusé de lève et lance : « I discharged myself against medical advice. » En se rasseyant dans le box vitré pour écouter le ruling, Dev Hurnam est comme un homme cassé. Il s?affaisse presque sur le banc lorsque le magistrat énonce le refus de la brigade anti-drogue de le libérer sous caution ainsi que les différentes interprétations du Bail Act. De sa main droite, il tient un porte-documents. Il écoute attentivement chaque phrase du magistrat. Lorsque ce dernier aborde la partie de son verdict qui laisse transparaître que sa libération lui sera accordée, Dev Hurnam retrouve alors de sa superbe. Il se redresse, ses yeux pétillent.
Il est aux anges lorsque le magistrat lui annonce qu?il sera libre en payant deux cautions de Rs 50 000 et en signant une reconnaissance de dettes de Rs 100 000. Il est midi lorsqu?il quitte le box des accusés sous les applaudissements de ses supporters. L?un d?eux chuchote à son compagnon en lui faisant une accolade : « Mo espere li pa koz c? sann kout la. Li ena tro gran laguel, li bizin kalkilé avan li koze. So avoka inn bien dir li sann kout la pa al koz ninport. »
Après avoir exprimé leur joie aux micros des journalistes présents, les sympathisants font grise mine une dizaine de minutes plus tard. Le Directeur des poursuites publiques (DPP) a décidé de faire appel du ruling. Son représentant vient d?arriver en quatrième vitesse? Chacun tente de comprendre ce qui se passe. À 12 h 45, c?est la ruée vers la porte du tribunal n° 1, afin de trouver une place assise. Dev Hurnam se ronge les freins? « Apre Gaëtan, sann kout la mwa. Si c?est pas de la persécution, c?est quoi, mo dimann ou? »
Un sympathisant lui lance : « Ou enn zom ou? ». Et Dev Hurnam de lui répondre tout de go : « Kan to ti cone mo enn fam mwa? » Les répliques volent bien bas. Il est mis sur un banc, avec sa garde rapprochée. Le surintendant Vinod Appadoo de la brigade anti-drogue se met à ses côtés. À Dev Hurnam de lancer une boutade : « Li pe trap mo lame ! ». Lorsque l?officier lui demande s?il se sent bien et s?il désire être ausculté par un médecin, l?avocat parlementaire lui réplique : « Swin mo pe rode mo pou gagne ? » Il se tourne enfin vers ses sympathisants et tente de trouver un visage familier : « Mersi bann zenfan? Twa Rajput leader, to pann fer nanie ? To pann organiz nanie ? »
À 12 h 49, le magistrat vient écouter les points soulevés par le représentant du parquet, Me Bobby Madhub, pour contester son ruling. Dev Hurnam parlemente avec ses avocats pendant que Me Madhub explique les raisons avancées par le ministère public pour refuser la liberté sous caution de l?accusé. Un de ses avocats, Me Viren Ramchurn, s?appuie sur les alinéas de l?article 4 (4) (b) du Bail Act qui stipule qu?un ordre d?un magistrat doit être suivi à la lettre « immediately ». Me Ramchurn se lance dans un long réquisitoire jusqu?à l?apparition, vers 13 h 54, de Me Basset, l?avocat principal de Dev Hurnam.
D?une voix forte et claire, contrairement à Me Madhub, l?avocat Basset annonce la couleur. Il évoque les droits constitutionnels de son client et explique que la Constitution est souveraine sur les textes de loi votés au Parlement. Pour lui, le fait de demander la remise en liberté sous caution de son client signifie qu?il sera mis sous contrôle judiciaire. La décision du DPP de faire appel du ruling du magistrat est, dit-il, contraire aux droits constitutionnels de son client. Pour lui, lorsque le magistrat a ordonné la remise en liberté de son client, ce dernier devait l?être immédiatement.
« Hurnam has been ordered to be released at 11 h 58. At 13 h 45, there has been a motion for the stay of execution. It?s contrary to the Court and contrary to separation of powers enshrined in the Constitution. »
Dev Hurnam écoute attentivement les points de droits et soumet des notes à ses avocats? Le magistrat lève alors la séance pour une heure. « Kot to sorti twa, to ti Moris mem », lance Dev Hurnam sur un ton ironique à un sympathisant lorsqu?il quitte le box des accusés. Son regard croise alors celui d?une jeune étudiante en droit, avec qui il tente, sans succès, d?engager la conversation. Il est placé sur un banc derrière les journalistes, lance des plaisanteries pour faire passer le temps, raconte ses misères avec un journaliste de l?express dimanche. « Mo donn li rendevou 6 her di matin, ziska 6 h 30 monn attann li. Li pas vini et dimans li ekrir kont mwa. Mo gagne li, mo bez li? » Et Dev Hurnam de continuer à faire ses confidences. « Monn avoye enn let Paul. Monn dir li : Vous ne me demandez pas ma version des faits avant de me suspendre ? Tou avokat dir ena presomption d?innocence ». Puis, il se lance sur un terrain glissant en tentant de faire l?amalgame entre l?avocat Raouf Gulbul ? contre lequel il a fait de graves allégations à plusieurs reprises ? et l?avocat d?Antoine Chetty, Me Samad Golamaully. « Cehl Meeah deor, Hurnam endan », marmonne-t-il. Il demande aux journalistes quel est le « feedback » sur à son arrestation et sa demande de remise en liberté et se remet à parler du « complot » dont il dit être l?innocente victime. « Depi monn servi sa notis la bann mazistra lacour intermedier kinn arive tou sa.»
Il parle d?un « piège » et annonce une conférence de presse après son éventuelle remise en liberté. Il interpelle celui qui note ses moindres faits et gestes. « Ou not ousi komie minit mo pise ? Zot gagne ene allowance pou sa ? »
Le magistrat apparaît de nouveau vers 14 h 43, annonce le stay of execution réclamé par le DPP. Dev Hurnam se lève, demande s?il peut aller à l?hôpital car il a rendez-vous pour une angiographie. « I?ll leave it to the police », lâche le magistrat. Ses gorilles l?embarquent dans un 4x4 banalisé qui s?engouffre dans un sens interdit afin d?éviter l?attroupement des sympathisants. La mine défaite, Dev Hurnam, devra attendre encore une semaine pour savoir s?il sera remis en liberté ou non?
« Apré Gaëtan, sann koutla mwa. Si c?est pas de la persécution,c?est quoi, mo dimann ou »
Réponse in absentia
En annexe à l?agenda de la séance parlementaire du 20 avril, figurait une question de Dev Hurnam liée aux récentes révélations d?Antoine Chetty. Le député voulait savoir si les enquêtes sur ces différents dossiers avaient été menées comme il le faut. Dans la réponse donnée en finde semaine, le Premier ministre rappelle ce qu?il avait déjà dit lors de la séance précédente, à savoir qu?il a exigé un rapport complet du commissaire de police sur tous ces dossiers. Au moment de rédiger sa question,le 13 avril, Dev Hurnam était loin de savoir qu?il allait être placéen détention préventive trois jours plus tard dans le sillage desdénonciations du même Antoine Chetty.
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