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La bataille des nerfs
Si les législatives sont des guerres, les 1er mai sont des batailles ! Après avoir perdu la partielle de décembre dans le Nord, l?alliance au pouvoir se démène pour prendre sa revanche sur l?opposition. Contraire-ment à Piton-Rivière-du-Rempart, Paul Bérenger, en bon général de l?armée MSM-MMM, dirige personnellement les opérations « mobilisation ».
En effet, le Premier ministre a repris son bâton de pèlerin. Il arpente l?île, inlassablement, de St-Pierre à Good-lands, de Rivière-des-Anguilles à Vacoas. « Mo fine vinn demann zot enn coup d?zépaul pou nou meeting du 1er mai. Nou bisin zot lencouragement. » C?est en ces termes directs, remplis d?humilité, que Paul Bérenger termine tous ses discours. Il adopte cette posture car l?enjeu est important pour lui : c?est le premier 1er Mai depuis qu?il est Premier ministre, et le rassemblement a lieu à Rose-Hill, au c?ur même de sa circonscription.
En bons soldats, tous les députés du gouvernement sont en alerte, même Sylvio Michel, à une exception notable près : Dev Hurnam. Et beaucoup redécouvrent les mandants qui les ont portés au pouvoir en septembre 2000. Les sections sont dépoussiérées, réactivées, et les militants sont rappelés pour des congrès de quartier ? 21 au total ? prévus jusqu?au 29 avril. Entre-temps, chaque député met un point d?honneur à remplir sa salle, et pour qu?elle soit la plus enthousiaste possible, il convient de faire bonne impression, d?applaudir à tout rompre, car Paul Bérenger, délaissant ses importants dossiers, viendra en personne transmettre son « message ».
<B>« Poursuivre l?idylle au-delà de septembre 2005 »</B>
Le message, grosso modo, est le suivant. Le gouvernement, en place depuis trois ans et demi, « multiplie » les projets de développement aux quatre coins de l?île. Il a déjà dépassé « plus de 70 % » de son programme électoral. Il « remet l?économie sur les rails » après la « faillite du régime travailliste ». Il « accentue » ses différentes luttes parallèles, « contre la drogue, la fraude et la corruption, le communalisme ». De même, Paul Bérenger, après avoir flatté son bilan, tire à boulets rouges sur l?adversaire, assénant épithètes sur épithètes : « C?est banne incapables, hystériques, négatifs, passéistes? »
Pour le 1er Mai à Rose-Hill, il ne faut pas se faire d?illusion. Le message du MSM-MMM sera le même. Il n?y aura rien de nouveau. Pas de grandes annonces. Pourquoi alors y aller ? C?est Sylvio Michel, désormais tout sucre, tout miel face à l?action gouvernementale, qui l?a expliqué sans détours, jeudi soir à Vacoas : « Nu bisin vine en masse pu dire merci Paul Bérenger, pou encourage li continié so bon travail ek termine li ».
Le MMM et le MSM se targuent d?être le premier couple gouvernemental qui ira jusqu?au bout de son mandat de cinq ans et qui poursuivra l?idylle « au-delà de septembre 2005 ». Les deux partenaires affirment qu?ils filent toujours le parfait amour, que le gouvernement baigne dans une ambiance de « franche camaraderie ». « Ceux qui parlent de cassure ne font que rêver », martèle Pravind Jugnauth, manifestement requinqué après le congrès réussi de son parti, dimanche dernier à Réduit.
Après la défaite du candidat MSM au n° 7, d?autant que le leader du MSM avait pris le risqué pari de mener la campagne, il y avait un certain malaise entre les deux partenaires. « C?est vrai qu?on avait subi un choc psychologique, mais le succès de dimanche dernier nous a redonnés du baume au c?ur. Le MSM a redoré son blason », reconnaît Prakash Maunthrooa, le candidat battu, aujourd?hui secrétaire administratif du parti.
<B>Provoquer une autre partielle dans le Nord</B>
Après s?être consolé, le MSM se jette de tout son poids aux côtés des mauves, pour donner une « correction » aux rouges lors de la bataille du 1er Mai, pour reprendre l?expression de Nando Bodha. Il s?agit de laver l?honneur d?une défaite mal digérée, de tâter le pouls de l?électorat à 17 mois des prochaines législatives. Bérenger, en vieux routier de la politique, sait qu?il faut faire jouer un déclic. « Nous sommes la meilleure équipe et nous avons le meilleur bilan. » Reste à retrouver l?adhésion du peuple, effritée après des mesures gouvernementales impopulaires?
À quelques kilomètres de la plateforme MSM-MMM, le Parti travailliste mobilisera samedi prochain, ses partisans dans la ville voisine, Quatre-Bornes. Après avoir longtemps contemplé la possibilité d?une cassure au sein du gouvernement, le discours de l?opposition a changé, est devenu plus réaliste. C?est Arvin Boolell qui le dit : « Il n?y aura pas de rupture entre le MSM et le MMM. » Par conséquent, les travaillistes se préparent à affronter les deux : « Tou sel nou kapav manze ar zot ».
L?opposition, en fait, mijote autre chose. Elle fait tout pour provoquer une autre partielle dans le Nord, cette fois à Pamplemousses-Triolet, circonscription de Dev Hurnam, fief de Navin Ramgoolam. Pour le 1er Mai, l?opposition ne s?agite pas autant que le gouvernement. « Nous faisons des réunions régionales surtout », explique Navin Ramgoolam. Et de lancer en forme de boutade : « Quand vous avez une vraie star, il n?y a pas lieu de la promener partout ! » Bérenger appréciera?
Plus importante que le 1er Mai, serait une éventuelle élection de remplacement au n° 5, où les travaillistes sont certains d?une victoire qui fera paniquer le gouvernement. Dans cette optique de fragiliser le MSM-MMM, ils comptent investir la circonscription après le meeting de Quatre-Bornes. Déjà, ils ont commencé à provoquer Dev Hurnam : « Il n?a pas eu le même sort que d?autres de son parti ». Suspendu du MMM, celui-ci veut siéger en indépendant. Mais les rouges vont tout faire pour qu?il démissionne du Parlement?
<B>Chaque bloc gonflera sa foule</B>
En attendant les prochaines législatives, qu?elle souhaite anticipées, l?opposition continue à critiquer la gestion Bérenger, sa « proximité » avec le secteur privé. Agalega, le contrat de Mare-Chicose, l?affaire Deelchand-Hurnam, la flambée des prix seront les autres thèmes exploités par Ramgoolam et consorts.
Et des deux côtés, après les meetings, chaque bloc gonflera sa foule, pour qu?elle soit supérieure à celle de l?adversaire. Pour se proclamer gagnant de cette bataille psychologique, en attendant les législatives de 2005?
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