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Beekarry indispose le gouvernement
Le départ de Navin Beekarry est une nouvelle fois souhaité par le gouvernement. Mais une fois encore, c?est la présidence seule qui décidera si le commissaire de l?Independent Commission against corruption (Icac) doit partir ou non. En attendant un éventuel signal du Réduit, c?est l?attente dans un climat d?exaspération? contenue.
« L?Icac pe patine, pe zigzague (?) Li domaz, me nou souhete ki li resaizi. » Paul Bérenger se montre désormais prudent dans ses propos lorsqu?il évoque la commission. Pourtant depuis l?éclatement de l?affaire Deelchand et l?arrestation de Dev Hurnam, il martèle que son gouvernement sera sans pitié dans son combat contre la fraude et la corruption. Mais sa posture timorée a une explication.
Au début de l?année, bien avant les accusations de Jack Bizlall contre Navin Beekarry, le Premier ministre affichait sans scrupule son sentiment de révolte sur l?Icac : « Le pays a été déçu et une solution doit être trouvée (?) Time is running out. »
Mais malgré une succession de faux pas, de crises internes et de manque de résultats, le patron de l?Icac est resté intouchable jusqu?ici. Les accès de colère et les menaces de Bérenger n?ont rien donné. Un véritable coup d?épée dans l?eau. Et aujourd?hui Bérenger semble avoir appris la leçon.
« C?est le président de la République seul qui a le pouvoir de convoquer l?Appoint-ment?s Committee. Au gouvernement, on aura beau fulminer contre la direction de l?Icac, mais on n?y peut rien », confie un ministre à demi-voix. Selon lui, « l?idéal serait de remplacer le patron de l?Icac afin de donner un nouveau départ à la commission ».
« On ne peut rien faire »
En cas de départ de Beekarry, le gouvernement a déjà identifié un remplaçant, en la personne d?un haut cadre du parquet, ancien collègue de Navin Beekarry. Mais tout cela est aléatoire, sujet à une décision au Réduit. « C?est un sujet sensible, reconnaît un autre ministre, Comme vous le savez, le gouvernement n?y peut rien. C?est à la police de faire son enquête et à la lumière de celle-ci, on verra. »
Toutefois, la position de Navin Beekarry, qui aurait refusé de fournir des explications à la police, a consterné plus d?un au gouvernement. La commission, dans un communiqué, dément cette information et estime qu?elle ne vise qu?à « nuire à la réputation du commissaire ». Mais un fait demeure : le gouvernement a bel et bien demandé au parquet de statuer si la police est habilitée à interroger le commissaire de l?Icac. Le feu vert a été obtenu tard vendredi.
De son côté, Ivan Collendavelloo, le père juridique de l?Icac, ne cesse de déclarer publiquement que « Beekarry doit step down pour donner sa version à la police. Les allégations ne viennent pas de n?importe qui, mais de Jack Bizlall ». Ironique, le secrétaire général du MMM ajoute : « Bien évidemment, M. Beekarry continuera à percevoir son salaire et pourra retrouver son poste s?il n?y a rien contre lui. »
Le MMM a toujours été pour la révocation de Navin Beekarry, alors que le MSM s?est érigé contre. L?entourage de Sir Anerood Jugnauth sait bien que celui-ci était jusqu?à tout dernièrement pour le maintien du commissaire à son poste. « La commission s?acquitte de sa tâche (?) Je ne vois aucune raison de changer les commissaires », déclarait le président de la République alors même que le Premier ministre criait « Time is running out ».
Sir Anerood a personnellement persuadé Navin Beekarry de quitter le judiciaire pour venir diriger l?Icac. « Il se sent directement concerné quand on attaque Beekarry à la tête de l?Icac. C?est son choix et il a confiance en l?homme », confie une source MSM. Navin Ramgoolam, troisième membre de l?Appointment?s Committee demeure, quant à lui, sceptique. « Je doute fort que le président Jugnauth sanctionne Beekarry. J?ai parlé de ce sujet avec lui et je sais ce qu?il en pense. »
L?opposition a plus d?une fois critiqué « le traitement de faveur » dont bénéficierait le commissaire de l?Icac de la part du comité parlementaire, présidé par le MSM Racheed Daureeawoo : « Cela renforce la perception que Beekarry est intouchable? »
<B>Beekarry sacrifié</B>
Mais depuis, le MSM et l?entourage de Sir Anerood, refroidis par le dossier de Bizlall, ont changé d?attitude. C?est en fait celle de Beekarry qui a surtout déplu. « Il ne veut pas fournir d?explications. Il engage la commission alors que c?est lui qui est attaqué », s?indigne un ministre MSM, qui ajoute que « Beekarry gagnerait à partir. Ce n?est pas à cause de lui qu?on mettra l?alliance en péril. Si les accusations sont fondées, il n?aura pas le choix... »
Les législatives de 2005 se profilent. Et s?il fallait un exemple du MMM et du MSM adoptant le même discours, Navin Beekarry risque d?en payer le prix, sur l?autel politique, où les sacrifices sont courants?
<B>Deux vieilles connaissances</B>
Les premiers contacts entre Jack Bizlall et Navin Beekarry remontent à près d?une vingtaine d?années, à l?époque où Navin Beekarry étudiait le droit à Londres. Ils se sont rencontrés lors d?une réunion organisée par Steve Obeegadoo à l?occasion du passage du syndicaliste dans la capitale britannique en 1985. Les deux hommes se sont ensuite vus à deux ou trois reprises. « Au hasard de mes activités syndicales », explique Jack Bizlall. Le syndicaliste a été de ceux qui se sont réjouis de la nomination de Navin Beekarry à la tête de l?Independent Commission against Corruption. Selon Jack Bizlall, « c?est quelqu?un qui, au parquet, avait fait ses preuves dans certaines affaires qui avaient, à l?époque, fait grand bruit ».
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