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Des biologistes font naître des souris sans père

23 avril 2004, 20:00

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Une équipe de l?université d?agriculture de Tokyo a obtenu deux animaux capables de se reproduire grâce à une technique proche de la parthénogenèse. Privés de géniteur mâle, les rongeurs ont en effet deux mères. Un succès qui s?inscrit dans la lignée du clonage.

Sept ans après le clonage, la parthénogenèse, ou presque. L?annonce de la création d?un mammifère à partir de la technique du clonage par transfert nucléaire remonte à 1997. Aujourd?hui, une équipe de biologistes japonais révèle avoir, par d?autres voies, réussi à créer un mammifère sans reproduction sexuée. A la différence du clonage, qui consiste à créer un embryon à partir du transfert du noyau d?une cellule adulte dans un ovocyte énucléé, la parthénogenèse permet d?obtenir un embryon à partir d?un unique patrimoine génétique.

Dirigés par Tomohiro Kono (département de bioscience de l?université d?agriculture de Tokyo), les chercheurs japonais publient leurs résultats dans l?hebdomadaire Nature daté du 22 avril. Ils expliquent comment ils ont pu résoudre les difficultés auxquelles se heurtaient, depuis plusieurs décennies, les équipes de biologistes qui tentaient de créer des mammifères par parthénogenèse. La plupart des tentatives conduites jusqu?à présent ont consisté à «activer» de diverses manières un ovocyte afin d?obtenir un embryon à partir de la duplication du matériel génétique ovocytaire. Si des embryons ont pu être engendrés de la sorte, leur développement s?était toujours interrompu au bout de quelques divisions.

L?équipe japonaise a franchi cet obstacle en ayant recours à une série de manipulations génétiques et cellulaires. Elle n?a pas cherché à «activer» un ovocyte. Elle a créé un embryon en associant aux chromosomes d?un ovocyte le matériel génétique d?un autre ovocyte, immature, dans lequel un gène impliqué dans la croissance cellulaire et le développement embryonnaire - le gène Igf2 - a été activé.

Comme dans le cas de la création de la brebis Dolly, les biologistes ont dû faire de nombreuses tentatives pour parvenir à obtenir des naissances vivantes. A partir de 457 embryons «reconstruits», ils ont observé que 417 d?entre eux se développaient jusqu?au stade blastocyste. Parmi eux, 371 ont pu être transférés dans 26 souris, dont 24 ont démarré une gestation. Au total, 28 souriceaux sont nés parmi lesquels seuls 8 étaient vivants. Deux souris sont parvenues à l?âge adulte et ont pu se reproduire.

«Tomohiro Kono et ses collaborateurs ont réalisé un travail impressionnant, qui constitue une avancée majeure. L?obtention d?individus vivants montre qu?il est aujourd?hui possible, même si les mécanismes moléculaires ne sont pas encore compris, de contraindre les processus de maturation et d?activation ovocytaires pour influencer les processus auto-organisés et complexes du développement embryonnaire», explique le professeur Jean-Pierre Ozil de l?Institut national de la recherche agronomique. «Selon moi, l?enjeu de ces recherches est avant tout de comprendre les mécanismes de remodelage ? dits épigénétiques ? des génomes et non de mettre au point de nouvelles méthodes de reproduction lourdes, tristes et sans intérêt», poursuit-il.

<B>PROPRIÉTÉS «FANTASTIQUES»</B>

Pour le professeur Ozil, cette première révèle aussi, comme dans le cas du clonage, les propriétés biologiques «fantastiques» des ovocytes, ces cellules sexuelles ayant la capacité de reprogrammer l?expression des génomes. «Nous avons affaire ici à de la très belle science fondamentale, estime pour sa part le professeur Marc Peschanski, directeur de l?unité 421 de l?Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Le décryptage systématique des phénomènes les plus précoces du développement de l?embryon vient de faire un grand pas, car il est rare de parvenir à passer totalement au travers d?un mécanisme fonctionnel essentiel à la vie.»

Marc Peschanski se déclare, d?autre part, frappé par la simplicité du mécanisme moléculaire en cause. Une des questions essentielles, selon lui, est de savoir pourquoi une barrière à la parthénogenèse s?est installée au cours de l?évolution. Pourquoi cette barrière est-elle présente chez les mammifères alors qu?elle n?avait pas été nécessaire avant eux.

«Nous avons, jusqu?à présent, développé de multiples arguments scientifiques et philosophiques - parfaitement raisonnables - montrant l?intérêt de la reproduction sexuée, ajoute M. Peschanski. Il a fallu que les chercheurs japonais prennent presque le parti inverse pour aboutir à un résultat scientifique majeur. Je dis «presque» parce qu?ils n?ont, nulle part, prétendu ni même suggéré qu?il pourrait y avoir le moindre intérêt, autre que scientifique, à réaliser une parthénogenèse.»

Mais s?agit-il d?une parthénogenèse, terme qu?utilisent les chercheurs japonais en faisant référence à l?absence de recours à un matériel génétique d?origine mâle ? «Il n?y a certes pas eu de fécondation d?un ovocyte par un spermatozoïde mais, en l?espèce, les deux souris créées à Tokyo ne sont pas uniparentales, observe le professeur Ozil. Elles ont deux mères génétiques. L?une a donné l?ovocyte receveur avec son matériel génétique, l?autre, un génome modifié artificiellement. La reproduction parthénogénétique à l?instar de celle réalisée naturellement chez la dinde, par exemple, n?est pas encore véritablement acquise chez les mammifères.

Jean-Yves Nau

@Le Monde News Service

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