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Expériences
Sur le plan des affaires, on a vu émerger toutes sortes de Chambres de commerce. Sur celui de la défense des droits ethniques et des valeurs ancestrales également. Le kitsch culturel, de son côté, ne s?est pas privé de nous maintenir dans le statu quo identitaire. Ces derniers temps, avec les querelles byzantines sur les langues, on n?a pas non plus échappé à ce conservatisme des idées qui paralysent toute initiative qui supposément mettrait en péril l?équilibre ethnique. Récemment, avec deux émissions de radio, on a pu constater que le rire n?est pas jugé comme une thérapie pour une société grotesquement austère.
Serait-ce donc une société aux valeurs et pratiques immuables ? Il y a, en effet, tant de choses dans ce pays auxquelles on n?a pas le droit de toucher ou qu?on n?a pas le droit de critiquer. Certains plaident l?injustice au nom de la justice. D?autres se battent pour l?inégalité au nom d?une certaine idée de l?égalité. Valeurs invariables ou valeurs antithétiques ? On pourrait le croire tant le voile sur les yeux ne donne à voir qu?un nombrilisme réducteur. Toutefois, l?hygiène culturelle commande une certaine espérance.
La société mauricienne est bouchée dans sa dimension officielle, plastique, dans ses traits cartes postales. Mais il y a une ouverture à la base qui traduit une aspiration de partage. De plus en plus de jeunes font désormais l?expérience du mariage mixte sans avoir à se poser ces inextricables questions sur le positionnement qu?il faut adopter par rapport à la société. Le temps de la conversion automatique de la femme n?est pas révolu. Celui où les enfants doivent obligatoirement embrasser la religion de l?un ou l?autre partenaire est toujours source de négociation ardue. Mais il y a un vent qui souffle. Il suffit de regarder autour de soi. Les parents ont des appréhensions. Des jeunes, par contre, vivent mieux la différence. On est encore loin de cet idéal où l?obsession ethnique n?aura plus aucune prise sur nos relations sociales. Cependant, la voie du métissage est en train de s?ouvrir. Celle où le citoyen se substituera à l?être ethnique. C?est en face d?un tel mouvement souterrain que les forces réactionnaires se manifesteront avec plus d?ardeur. C?est le cas actuellement. La fièvre communale et les spasmes multiculturalistes rendent compte de ce phénomène. En face, nos dirigeants, de toutes les sphères de la vie publique, font preuve d?une volonté pusillanime à s?engager dans le chemin de la fusion des idées et des principes de vie. C?est toujours la même crainte de blesser des susceptibilités, de bousculer des habitudes, d?interroger des lieux communs?
Ce n?est pas de la provocation. Juste une de ces expériences devant lesquelles un certain nombre de Mauriciens et de nombreux étrangers ne cessent pas de s?extasier. Elle participe de cette même logique de partage et de rencontre. Toujours source d?enrichissement et de foisonnement culturel. ?Tandela? est une aventure musicale. Elle est fabuleuse. Mais quelque part, on ne peut s?empêcher d?exprimer une frustration. Celle qui dit notre retard en matière artistique. Entre la période post-indépendance, marquée par une créativité originale, et la période contemporaine, il y a eu un vide qui explique que ce n?est qu?aujourd?hui qu?on crée ce qui aurait dû se faire entendre ou se donner à voir 15 ou 20 ans de cela.
Courir après l?argent et le profit ne nous empêche pas de courir après la culture et surtout de tenter des expériences qui nous mènent à nos êtres profonds.
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