Publicité

Quand les artistes prennent leur destin en main

3 avril 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Au lieu de se servir des artistes, il faut d?abord commencer par les servir et protéger leurs intérêts ! » Ce message clair, dont il n?est pas bien difficile de deviner à qui il s?adresse, est lancé comme un cri du c?ur. Il illustre le mal-être des artistes mauriciens face à l?indifférence des autorités vis-à-vis de leurs droits. Jugeant leur condition peu enviable, sept d?entre eux veulent changer les choses pour évoluer dans un meilleur environnement : Sedley Assonne, poète et écrivain, Éric de Chasteauneuf, directeur et réalisateur de l?association Les Enfants d?un rêve, Tony Farla, comptable et leader du groupe Negro pu Lavi, Bruno Raya, leader du groupe Otentik Street Brothers (OSB), Gérard Louise, sculpteur, peintre et directeur de la galerie Max Boullé, Meera Mohun, chanteuse et gérante de la librairie Nalanda et Patrick Antoine, producteur et arrangeur.

« Les artistes sont souvent sollicités lors des manifestations nationales. Mais quand il s?agit de les revaloriser et de leur donner une certaine reconnaissance, on remarque que leurs droits sont bafoués au nez et à la barbe des autorités qui réagissent timidement ou pas du tout. On laisse pourrir une situation où nul n?ignore que ce sont les artistes qui sont les plus grands perdants », souligne Sedley Assonne. Éric de Chasteauneuf renchérit : « Tout le monde sait qu?il est difficile de vivre de son art à Maurice et que les artistes sont souvent des ouvriers qui font des petits métiers pour vivre. Ils font des pieds et des mains pour toucher les royalties qui leur sont dûs. » Et ce n?est pas Bruno Raya, le mentor des OSB, qui dira le contraire ! Enregistré auprès de la Masa depuis 1991, ce n?est qu?il y a trois ans qu?il a été contacté pour obtenir un chèque de? Rs 167. « Et dire que certains s?étonnent que des artistes meurent plus pauvres qu?ils ne l?étaient ! Je pense à Ti-Frer, Bam Cuttayen, Gérard Bacorillal ou Kaya », souligne Bruno Raya.

Pourquoi ne pas faire appel aux banques pour financer leurs projets ? « Personnellement, j?ai déjà pensé à cette éventualité et c?est ce que nous conseillent généralement les autorités quand nous les sollicitons. Mais à la banque, on nous demande des tas de papiers et surtout la fameuse fiche de paie que nous n?avons pas. Comment d?ailleurs l?obtenir quand on n?a pas de boulot fixe ? », répond Bruno Raya. « C?est pourquoi nous disons qu?il faut changer les choses et que les artistes puissent bénéficier de leur propre travail. J?ai dû attendre plusieurs années avant que, de guerre lasse, je cesse de lutter. Et puis la nouvelle direction de la Masa m?appelle pour m?informer que j?avais de l?argent et me demander si je souhaitais le récupérer. Je me suis alors interrogée sur l?ancienne direction », s?indigne Meera Mohun.

Si le groupe qui veut briguer les suffrages de près de 300 artistes, membres de la Masa, dit soutenir la nouvelle direction composée de Gérard Louise et de Marcel Poinen, eux-mêmes artistes, c?est surtout la présence des nombreux fonctionnaires au conseil qui l?irrite. « Nous estimons qu?il n?y a pas mieux que les artistes pour comprendre les artistes et faire respecter leurs droits. Surtout quand on sait que les fonctionnaires qui siègent au conseil n?ont pratiquement aucune notion d?art alors que nous avons des artistes confirmés. Certains ont une expérience professionnelle au niveau de la gestion comme Éric de Chasteauneuf et Gérard Louise et de la comptabilité comme Tony Farla », indique Sedley Assonne.

L?une des plus grandes préoccupations des artistes reste le piratage. « Nous ?uvrerons pour que les artistes puissent travailler en sécurité, sans se faire pirater ou voler car nous travaillons surtout pour promouvoir une culture sans laquelle un peuple perd ses repères et son identité. Nous ne disons pas que le ministère de la Culture ne nous aide pas, mais vu l?ampleur qu?a pris ce fléau, les autorités devraient faire plus d?efforts. Il y va de la survie même de l?art local. Nous sommes des artistes et ce n?est pas notre métier d?aller arrêter les voleurs. Sur ce point, j?estime que les policiers de la section anti-piratage ne sont pas aussi performants que nous l?aurions souhaité. Nous voulons une vraie unité de police pour faire le travail comme il se doit », souhaite Patrick Antoine.

Quant à Jocelyn Louise, il regrette que trop peu d?attention ait été accordée jusqu?ici aux artistes d?un domaine autre que la chanson. « Les sculpteurs, décorateurs et artistes-peintres ont des droits au même titre que les autres. C?est la raison pour laquelle je me suis joint au groupe pour qu?on reconnaisse cette catégorie d?artistes », explique le directeur de la galerie Max Boullé. Au-delà de ce qui leur est dû, les artistes recherchent surtout une reconnaissance des autorités et une meilleure protection de leurs ?uvres. Est-ce trop demander ?

Publicité