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Les hôpitaux ? en mal d?hygiène

3 avril 2004, 20:00

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Le monde est irréel entre les murs de l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard. Les bâtiments de l?époque coloniale et les malades qui circulent, en quémandant des sucreries aux visiteurs, donnent un air surréaliste à l?établissement. Une bâche recouvre le toit de l?une des salles des femmes. Elle est là depuis plusieurs mois déjà, en attendant que la toiture en bardeaux soit réparée. Les pigeons ornent la cour de leurs déjections, sous le regard attentif des chats de gouttière, qui se prélassent au soleil sur les toits ou sur le bord d?une fenêtre. À l?ombre d?un grand badamier, un vieux chien galeux somnole. L?approche d?une patiente bâtie comme une armoire à glace ne l?effarouche même pas. Cette scène ne choque plus. Elle fait même partie du décor de l?hôpital depuis des lustres.

À l?intérieur, on ne s?étonne guère de l?état des salles. Et moins encore devant les bouteilles en plastique qui jonchent le sol et l?odeur nauséabonde des toilettes attenantes. Les rats ont élu domicile dans les soubassements et les canalisations vétustes à la plus grande horreur d?une Charge Nurse. Puces et punaises squattent ces lieux censés être d?une propreté irréprochable. Mais rien ne semble en venir à bout. « Les nouveaux matelas et oreillers en sont déjà infestés. On a l?impression que les insectes et les rats deviennent de plus en plus résistants avec le temps », soupire un infirmier, la mine dégoûtée.

La prolifération des rongeurs

La cour de l?hôpital est un lieu propice à la prolifération des rongeurs. Des piles de bois vermoulus éparpillés ça et là et des matelas pourris constituent un abri idéal, de même que les hautes herbes près des salles 5, 6 et 7. « Les rats s?infiltrent partout, dans les poubelles, dans les salles, dans la cuisine », souffle un préposé au nettoyage. Dans cet hôpital où près de 400 malades sont internés, l?hygiène des patients laisse à désirer à cause d?un manque d?eau. « Cela fait deux mois que cela dure. Les patients ne peuvent plus se laver convenablement, la saleté s?accumule dans les toilettes et les salles de bains », fulmine un autre interlocuteur.

Les hôpitaux Jeetoo et Candos souffrent presque que des mêmes problèmes. Chiens et chats errants, toilettes déplorables, poubelles sans couvercles, cours mal entretenues, vieux lits rouillés abandonnés. C?est vrai que tout comme l?hôpital Brown-Séquard, l?hôpital Jeetoo a plus de cent ans, mais ce n?est pas une raison suffisante. « La nécessité d?un nouvel établissement se fait cruellement sentir. L?hôpital Jeetoo tombe en ruine », déclare Francis Supparayen, le président de la Nursing Association.

À Candos, les véhicules soulèvent des nuages de poussière en traversant le terre-plein en face du département de CT Scan où des travaux sont en cours. Les détritus jonchent les couloirs, les poubelles ne sont pas toujours vidées. Des morceaux de coton souillés, des capuchons de seringues traînent sur la pelouse, en face de la porte d?entrée d?une salle.

Pourtant, l?inspectorat sanitaire dit avoir l??il à tout depuis qu?Ashok Jugnauth, le ministre de la Santé, l?a rappelé à l?ordre. « C?est le devoir des inspecteurs sanitaires de s?occuper avant tout de la propreté dans les hôpitaux », avait-il exigé lors d?une première réunion avec eux en juillet dernier. « Tous les eyesores sont signalés aux administrateurs qui doivent faire le nécessaire. Des inspections sont effectuées chaque jour. De même, la qualité de la nourriture est vérifiée. Nous faisons de notre mieux pour maintenir un niveau d?hygiène acceptable », soutient un haut responsable de l?inspectorat sanitaire.

Les campagnes régulières de désinfection et de dératisation ne donnent pas les résultats escomptés dans certains établissements. « Difficile de se débarrasser définitivement des rats. Même mille experts ne pourraient en venir à bout », souligne notre interlocuteur. C?est peut-être vrai, mais ne faudrait-il pas augmenter le nombre des dératisations ? Pour empêcher les animaux errants de pénétrer dans les hôpitaux, il préconise une clôture plus efficace.

Avec un peu plus de civisme de la part des patients et des visiteurs, la situation pourrait s?améliorer, pense Sudesh Raghubar, le directeur de Keep Klean, responsable de l?entretien des toilettes de plusieurs hôpitaux, pour expliquer le perpétuel état crasseux des toilettes. Ex-président de la jeunesse militante, Sudesh Raghubar assure que son entreprise entretient régulièrement les lieux, pour la somme de Rs 80 000 par mois.

Beaucoup reste donc à faire, malgré les efforts considérables du ministère de la Santé pour améliorer et maintenir un niveau d?hygiène acceptable dans les hôpitaux. Les patients n?aspirent qu?à une chose : que le niveau d?hygiène atteigne celui de l?hôpital Nehru. Ashok Jugnauth, le ministre de la Santé, a du pain sur la planche?

La priorité du ministère

Selon le ministère de la Santé, la situation s?est nettement améliorée ces trois dernières années, grâce aux efforts consentis : recrutement de 600 laboureurs et domestiques et réorganisation de la main-d??uvre, constitution d?une Mobile Cleaning Team, inspections régulières, création d?une Rodent Control Team dans tous les hôpitaux. De nouvelles cuisines seront construites à l?hôpital Candos et dans les nouveaux hôpitaux Jeetoo, de Souillac et Brown-Séquard. Celles des hôpitaux SSR et Nehru seront rénovées. Presque tous les ustensiles ont été remplacés. En ce qui concerne les animaux errants, le ministère affirme que la MSPCA effectue des visites régulières pour les capturer. Le ministère dit s?être déjà attaqué aux problèmes spécifiques des hôpitaux que nous avons visité. À Brown Séquard, des dispositions sont prises pour nettoyer la cour. On prévoit aussi de construire deux Garbage Houses recouvertes d?une grille métallique. Toutes les salles de l?hôpital Candos seront bientôt équipées de nouvelles toilettes.

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