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Subterfuges raffinés pour tromper la faim

28 mars 2004, 20:00

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PIÉGER n?est pas de bon ton. Toutefois le téléspectateur ne râle pas contre la souricière tendue par le limier qui attrape le malfrat. Dans le monde animal, où les subtilités entre bons et méchants sont très estompées, on admire les astuces déployées par la nature pour aider les affamés.

Le plus familier des pièges est celui de l?araignée. Elle se tasse au centre d?une toile bien tissée. L?ouvrage comporte un cadre de rayons accueillant une spirale de fils gluants. Là se collent moucherons et même oisillons selon un auteur du siècle dernier parlant de nos filles d?Arachné. Son prénom, Auguste, est suffisamment lourd de distinction pour qu?on lui accorde crédit.

Un classique d?un autre style est l?entonnoir du fourmilion. La bestiole est larve d?un bel insecte rappelant une libellule. Mais le jeunot n?a aucun look séduisant. Il creuse dans le sable où la terre est très meuble, et attend patiemment au fond du trou où seules sont perceptibles ses mandibules. Quand une fourmi ou autre petite passe près du bord, elle déloge les grains instables qui chutent au fond et l?entraînent vers la bouche qui l?attend.

Une action plus vive est prônée par une araignée australienne utilisant un fil terminé par une boule collante. Dire qu?elle ?manie? son engin est presque correct puisqu?elle utilise ses pattes de devant pour tenir son arme et la lancer vers une proie possible. La capture est alors hissée jusqu?à la toile. Pour une réussite assurée, d?autres manieuses de lasso sécrètent des molécules attirantes liées au sexe du passant. On peut dire qu?il est puni par là où il voulait pécher.

Certaines quêtes demandent encore plus d?initiative. Le chasseur sachant chasser dispose souvent d?un flair exceptionnel. Tout comme dans le polar, le terme couvre ici diverses facultés. Il inclut non seulement l?odorat mais aussi la vue et d?autres sens.

La mante de mer par exemple, crustacé au corps paraissant disloqué, dispose d?une paire d?yeux dont les compétences sont inconnues ailleurs dans le monde animal. Chacun des deux organes comporte des milliers d?unités capables de reconnaître la proie par analyse de la couleur, du mouvement et de la distance. Pour une telle appréciation, nos deux yeux sont mis à contribution mais le crustacé nous devance et ajoute à ses aptitudes la polarisation de la lumière. D?autres yeux faits sur un modèle rappelant le nôtre sont efficaces chez poulpes, seiches et autres calamars.

Les yeux de notre monde, celui des animaux au corps soutenu par une échine parfois trop souple quand on fait face à des puissants, peuvent aussi être performants. Les nôtres sont satisfaits du compliment de Jean Gabin ?t?as d?beaux yeux tu sais? mais l?oeil d?aigle peut mieux faire et ses fonctions sont quatre fois supérieures aux nôtres.

Les molécules à leur tour entrent dans la chasse au déjeuner. Elles stimulent chez nous goût et odorat mais servent autrement chez des bêtes comme les serpents. La langue fourchue, qui leur vaut réputation de perfidie, est agitée de frémissements faisant frissonner les âmes sensibles. Elle recueille de l?atmosphère ou la végétation des molécules laissées par le passage de proies potentielles.

Ma préférence à moi, disent d?autres serpents, devançant Bécaud, est pour les rayons de chaleur. La petite souris courant dans l?herbe, même si elle n?est pas verte comme dans la comptine, émet suffisamment de chaleur pour trahir sa présence et séduire un reptile.

Les sons auraient été jaloux de ne pas participer eux aussi. Surtout les ultras toujours plus huppés. Dans l?air, des chauves-souris, et, dans l?eau, des dauphins en émettent. Reflétées par des objets, les ondes sont analysées par l?émetteur qui repère ainsi direction et distance.

Encore plus étrangères à notre entendement sont les vibrations dues au mouvement. Elles sont décelées par un organe particulier des poissons et sont très utiles aux requins pour leur repas. Et, fin du fin, des champs électriques émis par d?autres poissons, dits anguilles électriques, dépistent les denrées désirées. Ces créatures ne sont pas de véritables anguilles et, dans leur cas, s?applique le sage conseil : ?pa gét zozo lor so plim gét li lor so zozo?.

Une fois la proie reconnue, il faut la saisir comme l?occasion. La télé nous montre ad nauseam de grands félins terrassant gnous ou gazelles. Plus perfide est le style du skua. Cet oiseau poursuit un palmipède ayant attrapé quelque poisson jusqu?à le faire dégorger sa pêche qu?il attrape lors de la chute.

Revenons à d?honnêtes chasseurs comme le poisson archer, ou toxote, qui tire des coups avec sa bouche. Elle dirige une goutte d?eau, telle une balle, vers une mouche posée sur une branche surplombant l?eau. Après cet exercice de gentleman, on a presque honte du python étouffant sa proie ou, pire, des traqueurs truffés de poison. Cette arme sent le traître de tragédie. Ceux qui l?utilisent couramment, scorpions et serpents, ne fleurent-ils pas aussi la perfidie ?

?Des champs électriques émis par des poissons, dits anguilles électriques, dépistent les denrées désirées. Elles ne sont pas de véritables anguilles et, dans leur cas, s?applique le sage conseil : «Pa gét zozo lor so plim gét li lor so zozo».?

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