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Il a failli perdre son pied
Vasish Rajwant Moher titube sur sa terrasse en se cramponnant aux bras de son épouse. Ces derniers temps, marcher est devenu un véritable supplice pour ce maraîcher de 34 ans. Il s?écroule sur une chaise, en prenant soin de ne pas cogner son pied droit qui est bandé. Ce pansement cache une plaie béante d?une dizaine de centimètres. Outre cette blessure, on distingue bien la boursouflure qui s?étend jusqu?au mollet. « Bisin dir ki mo korek là. Mo fine sappe loin, mo ti manqué perdi mo lipied », dit-il.
Avec le recul, il se rend compte que la ranc?ur qu?il voue à la santé publique croît de jour en jour. Il accuse, en effet, les médecins de l?hôpital Jeetoo à Port-Louis de n?avoir pas su le traiter à temps, alors qu?il est allé deux fois au service de Casualty. À l?hôpital, on refuse de porter le chapeau, en affirmant que le patient n?a pas pris certaines précautions. « Il n?a tout simplement pas suivi les conseils prodigués », affirme un médecin.
Une plaie de la grosseur d?une bille
Au début du mois de mars, le maraîcher se cogne le pied contre un meuble. Constatant qu?il ne cesse d?enfler et sur l?insistance des proches, il va à l?hôpital. Selon lui, la radiographie n?a rien révélé. Il retourne chez lui avec quelques comprimés de paracétamol.
Mais deux semaines plus tard, le 9 mars, alors qu?il assiste à un anniversaire, son cas s?aggrave. Le pied est de plus en plus enflé. Une plaie infectée de la grosseur d?une bille s?est ouverte. Direction les urgences de l?hôpital Jeetoo. L?homme est accompagné de Serge Rayapoullé, son beau-frère, grand défenseur des droits des malades. Mais il faut prendre son mal en patience : à 21 h 30, la salle d?attente est presque comble.
Vasish est finalement examiné « sommairement » par un médecin de garde, dont il ne connaît pas le nom. « Li fine dir moi péna narien et ki mo bisin al guette ene docteur lézos. » Mais à cette heure, il n?y a pas de spécialistes disponibles. Vasish rentre donc chez lui, encore plus inquiet. Il prend la décision de consulter un médecin du privé le lendemain. Ce dernier l?envoie au Dr Kasenally.
Devant le gravité du cas, le Dr Abu Kasenally décide de l?admettre d?urgence dans une clinique privée pour l?opérer. « Son pied était en très mauvais état, enflé et infecté. Les infirmiers étaient vraiment choqués de voir cela. Le patient avait un gros abcès avec une cavitation énorme s?étendant de la cheville aux orteils. Nous avons dû effectuer une incision latérale pour crever l?abcès et compléter les soins par une triple thérapie d?antibiotiques », explique le médecin.
Ce dernier est catégorique. Si le malade n?avait pas reçu les soins nécessaires à temps, il n?aurait pas donné cher de son pied.
Les plaintes sont prises au sérieux
Pourtant, à l?hôpital, on réfute ces accusations portées par le patient. « Le 1er mars, le patient s?est présenté à l?hôpital à 21 heures avec une blessure au pied. Après la radio, son pied a été plâtré et nous lui avons donné rendez-vous le lendemain pour le rapport de la radio. Mais il n?est pas venu au rendez-vous », affirme un médecin de l?hôpital Jeetoo.
Il confirme que le patient est venu aux urgences le 9 mars. « Le médecin a constaté qu?il y avait une blessure.
Il l?a référé au département orthopédique, mais il n?y est pas allé. C?est tout à fait faux de dire que ce patient n?a pas reçu les traitements nécessaires. »
Le Chief Medical Officer, le Dr Shyam Sungkur, encourage les patients à faire part de leurs insatisfactions au ministère de la Santé.
« Si quelqu?un estime qu?il n?a pas obtenu les soins nécessaires, il peut porter plainte au ministère de la Santé qui enquêtera. S?il y a des sanctions à prendre, nous les prendrons. Toutes les plaintes sont prises au sérieux.
Ce n?est qu?ainsi que nous pourrons améliorer la santé publique », indique-t-il. Vasish, lui, en est quitte pour une grosse peur et un pied encore gonflé.
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