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La pénible révérence d?Aznar

27 mars 2004, 20:00

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Le chef du gouvernement sortant ne s?était plus montré en public depuis le soir du 14 mars où, le visage défait, comme traqué, il avait reconnu la défaite de son parti aux élections législatives.

Calme, avec une émotion contenue mais surtout l?ardent désir de convaincre, José Maria Aznar a fait sa réapparition, lundi 22 mars au soir, devant les caméras de la télévision privée Telecinco, pour une courte interview.

Répondant parfois à peine aux questions précises ? souvent impitoyablement précises ? qui lui étaient posées, notamment sur sa gestion de l?information après l?attentat meurtrier de Madrid, où le gouvernement s?était longtemps entêté, en dépit des évidences, à privilégier la piste de l?ETA plutôt que celle d?Al-Qaida, M. Aznar a voulu faire passer plusieurs messages.

D?abord, qu?il défendra « à tout prix l?honorabilité d?un gouvernement qui à aucun moment n?a menti et l?a prouvé », en déclassifiant les documents des services secrets relatifs aux premiers jours après l?attentat. Ensuite, que « le monde se sent bien mieux depuis le départ de Saddam Hussein » et que lui-même « a fait ce qu?il croyait devoir faire pour le bien de l?Espagne », en soutenant l?intervention des Américains à Bagdad, même si 91 % des Espagnols s?étaient prononcés contre. Enfin, que « ce n?est pas en faisant des concessions que l?on gagne la guerre contre le terrorisme », allusion à la décision de son successeur socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero, de retirer les troupes espagnoles d?Irak.

Une « victime collatérale »

Une décision qui est aux yeux de José Maria Aznar « une très grave erreur qui profitera au terrorisme et affaiblira la coalition internationale qui le combat ». Reconnaissant qu?il tenait pour « parfaitement légitime » le résultat des élections, il a préféré remercier les 9,6 millions d?électeurs qui ont voté pour le Parti populaire et conclu : « Je pars la tête haute et les mains propres. »

Un message d?adieu, en somme, destiné à restaurer l?honneur terni du gouvernement sortant et à protéger l?héritage politique du PP. Mais, surtout, destiné à corriger l?image catastrophique laissée par un dirigeant que tout le monde admirait, il y a seulement quelques semaines, pour avoir choisi de se retirer volontairement de la vie politique, au faîte de la gloire, à 51 ans.

Une image qui s?est totalement dégradée en quelques jours, au lendemain de l?attentat qui a fait 202 morts et traumatisé l?Espagne, au point que c?est sous les cris de « assassin ! assassin ! » que M. Aznar avait fait sa dernière sortie publique, pour aller voter. Durant la manifestation, commémorant le premier anniversaire de la guerre en Irak, dimanche, les slogans étaient plus explicites encore : « Qu?il est bon de vivre sans Aznar ! Il n?est pas parti, nous l?avons jeté ! »

Il avait fait de la lutte contre le terrorisme sa priorité et il quitte ses fonctions comme une « victime collatérale » de l?attentat terroriste de Madrid, puisqu?une majorité des Espagnols attribue à sa politique la responsabilité des 202 morts.

@ q 2 004 Le Monde ? Marie-Claude Decamps

Distribué par The New York Times Syndicate

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