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Les pays arabes condamnent le « terrorisme d?état » israëlien

27 mars 2004, 20:00

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Du Golfe à l?Atlantique, les chefs des états et des gouvernements arabes ne trouvaient plus les mots, lundi 22 mars, pour condamner l?assassinat le même jour par Israël du chef spirituel du Hamas, le cheikh Ahmed Yassine.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, en dénonçant un « terrorisme d?état sous sa forme la plus hideuse », a exprimé avec le plus de clarté l?indignation et la crainte du pire exprimées au niveau officiel dans toutes les capitales arabes. Israël, qui agit en « état hors la loi sous couvert d?immunité internationale, a-t-il dit, cherche à saboter tout espoir de créer les conditions d?un règlement du conflit du Proche-Orient. L?assassinat de cheikh Yassine à la veille du sommet arabe de Tunis traduit le refus d?Israël de toute main tendue pour parvenir à la paix. »

Un sommet arabe doit, de fait, se tenir à Tunis les 29 et 30 mars. Les rois et chefs d?état des vingt-deux membres de la Ligue arabe ou leurs représentants étaient supposés, entre autres, y relancer l?initiative de paix arabe qu?ils avaient adoptée à Beyrouth en mars 2002. Ils proposaient à Israël la fin du conflit et le rétablissement de « relations normales » sous trois conditions : le retrait des territoires arabes occupés, une solution « juste » au problème des réfugiés palestiniens et la création d?un état palestinien « indépendant et souverain », dont Jérusalem-Est serait la capitale. Malgré les réserves de certains dirigeants, il n?était pas exclu que le sommet approuve les initiatives de paix postérieures au sommet de Beyrouth, notamment la « feuille de route » rendue publique en avril 2003 par le Quartet formé par les états-Unis, l?Union européenne, la Russie et les Nations unies.

Dernier épisode en date de la stratégie d?élimination des dirigeants palestiniens, l?assassinat de cheikh Yassine risque de tout remettre en cause et d?entraîner le sommet de Tunis sur une pente intransigeante, du moins verbalement. D?autant que les voix qui se sont fait entendre dès lundi dans les rangs des différentes formations islamistes arabes ne sont guère rassurantes pour les dirigeants.

Tandis que sur les campus des universités égyptiennes, les étudiants manifestaient pour dénoncer l?assassinat de cheikh Yassine, des slogans à consonance religieuse ? « les juifs ont tué Yassine, où est la riposte des musulmans ? » ? ont été entendus dans l?enceinte de l?université Al-Azhar.

Accusations de complicité

Les Frères musulmans égyptiens ont imputé aux gouvernants arabes la responsabilité du meurtre « pour avoir laissé ce dépravé d?Ariel Sharon agir à sa guise », selon les termes de Mohammed Mehdi Akef, le Guide suprême de la confrérie. L?un de ses collaborateurs, Issam Al-Eryane, a réclamé, pour sa part « la rupture des relations diplomatiques et commerciales avec Israël. »

L?Égypte et la Jordanie sont les seuls États arabes à entretenir des relations diplomatiques avec l?état hébreu, en vertu de traités de paix signés avec lui. Il est pratiquement exclu, comme l?ont montré d?autres crises aiguës antérieures, que Le Caire et Amman rompent ces relations. Toutefois, le président égyptien, Hosni Moubarak, a d?ores et déjà annoncé que, consécutivement à l?affaire Yassine, l?Égypte ne participerait pas aux cérémonies du 25e anniversaire du traité de paix avec Israël (les accords de Camp David, le 26 mars 1979).

À l?unisson des Frères musulmans égyptiens, les islamistes du Front de l?action islamique jordanien ont dénoncé l?attitude « conciliante » des gouvernements arabes à l?endroit d?Israël. « Les accords signés ? avec Israël ? les contacts et la coordination permanente apportent une couverture, proche de la complicité, aux crimes commis par l?ennemi », a estimé le Front dans un communiqué.

Le roi Abdallah II de Jordanie, qui, quatre jours avant l?assassinat, avait effectué une visite éclair en Israël, n?a pu qu?exprimer sa « colère » et sa « douleur » après l?assassinat de cheikh Yassine. « Ce crime, a-t-il dit, ne conduira qu?à plus d?escalade, de violences et d?instabilité. » à en croire la version officielle jordanienne, le roi était précisément allé en Israël pour tenter de convaincre le Premier ministre israélien de s?abstenir de toute mesure unilatérale qui ruinerait tout espoir de paix.

Reprenant à son compte les accusations formulées par le Hamas palestinien, le dignitaire religieux chiite libanais, le cheikh Mohammed Hussein Fadlallah, a accusé le président américain, George Bush, de complicité dans l?assassinat du cheikh Yassine, pour avoir classé le Hamas et le Djihad islamique dans la catégorie des organisations terroristes. Tout en dénonçant lui aussi les « concessions » que les gouvernements arabes font à Israël, le cheikh Fadlallah a appelé

« le monde musulman à ne pas laisser le crime impuni. »

@ 2 004 Le Monde ? Mouna Naïm Distribué par The New York Times Syndicate

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