Publicité

Joseph Cardella interroge le bonheur

21 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Pour sa première conférence à Maurice, Joseph Cardella (photo), professeur de philosophie au Lycée des Mascareignes, a mis l?accent sur le bonheur : est-il accessible à l?homme ? Telle est l?interrogation philosophique qui a fait l?objet de son intervention au Centre culturel d?expression française à Curepipe, vendredi dernier, devant une audience enthousiasmée et soucieuse de son bonheur.

Le bonheur est l?objet de nos préoccupations quotidiennes. C?est l?ultime but, selon Blaise Pascal, vers lequel nous nous tournons sans cesse, sans doute parce que la souffrance est notre lot quotidien. Mais, cela ne nous empêche pas de vivre heureux, ne serait-ce que pour un court moment de notre existence, si toutefois nous pouvons éviter, contrairement à Pascal qui voit dans la condition humaine une situation sans issue, de nourrir une vision tragique de l?homme. Car fondamentalement, et suivant la pensée de Schopenhauer s?inspirant du bouddhisme, la vie elle-même oscille entre le bonheur et le malheur. Mais il ne s?agit pas d?un cycle infini, comme l?imagine ce philosophe.

Certains, dans le milieu politique essentiellement, ont voulu croire que le bonheur est plutôt collectif. On retrouve une mise en scène de cette idée dans l?Utopie de Thomas More, ?uvre peignant une société imaginaire où la règle principale est ?que nul ne veuille pour lui ce qu?il refuserait aux autres?. Aujourd?hui, personne n?ignore le véritable aboutissement des utopistes : le fascisme comme vision du monde, le communisme comme projet social. Le bonheur collectif imposé aux hommes, au détriment du bonheur individuel, s?est fait malheur collectif.

Malgré toutes ces péripéties, le bonheur, pense le professeur de philosophie, reste accessible à l?homme. Dans le mot ?bonheur?, il y a ?heur? qui veut dire ?augure?, c?est-à-dire la chance, non pas celle qu?on n?attend pas, mais celle qu?on va provoquer. Car, pour être heureux, il faut puiser en soi les ressources. La recherche du bonheur n?est pas la quête d?un idéal, mais la soif d?une tranquillité de l?âme. Accéder au bonheur, c?est accéder à l?absence de souffrance même si celle-ci est une réalité du monde. Pour cela, il suffit de se plier à la recommandation du philosophe grec Epicure qui est celle d?éviter la crainte des Dieux et de la mort, parce que l?âme est une chose matérielle qui, tout comme le corps, disparaît après la mort. Donc il n?y a aucune nécessité de craindre l?après-vie puisque la mort signifie la fin de toutes les sensations et l?absence de tous les désirs.

Le désir, c?est en effet ce qui assure la possibilité d?une vie heureuse. Il faut le hiérarchiser. Il y a des désirs naturels et nécessaires comme celui de manger, des désirs naturels mais non nécessaires comme celui qui fait varier le plaisir sans pour autant supprimer la douleur (ex. : un bon plat cuisiné), et les désirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires comme la richesse et l?ambition. C?est par la connaissance de ces désirs et leur hygiène que nous pouvons accéder au bonheur.

Le bonheur est donc une expérience essentiellement individuelle qui met le plaisir au centre de la vie. Ce n?est là qu?une philosophie qui cherche à satisfaire la plus vieille ambition de l?homme : vivre sa vie sereinement, dans la tranquillité et sans souffrances, conclut Joseph Cardella.

Publicité