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La lente mise a mort
15 h 30, mercredi dernier. En apparence, rien n?a changé à Arsenal. Haut lieu des boutiques Ralph Lauren, ce petit village du Nord voit défiler comme avant la centaine de taxis qui vont et viennent jusqu?aux vitrines luxueuses de la marque prisée. En moins de dix minutes d?ailleurs, une demi-douzaine de voitures transportant des touristes s?arrêteront devant le Regent, l?une des principales boutiques.
Rien n?a changé, mais en apparence seulement. Dans les coulisses, c?est la panique. Si d?ici mercredi prochain, l?association des usines vendant des vêtements sous la griffe Ralph Lauren n?a pas trouvéRs 20 millions, les 150 magasins devront baisser leurs volets. Cette somme représente l?argent déboursé par la partie américaine dans le procès l?opposant aux fabricants et revendeurs mauriciens. Ce n?est que si Polo Ralph Lauren recouvre ses frais qu?il accordera un moratoire autorisant la Wholesalers and Retailers Association à écouler les produits durant quelques mois encore (voir hors-texte).
Le règne de la peur
Ce sentiment d?être au bord du précipice, il se devine sur le visage des vendeuses, dans la voix étranglée et méfiante qu?elles adoptent quand on en parle. Elles se méfient. Et si nous étions représentant de Ralph Lauren ? Toute question donne d?ailleurs lieu à une seule réponse : « Je ne peux rien vous dire, je ne sais rien. Pources détails il faut parler au directeur.»
Et le directeur ou propriétaire n?est jamais là. L?un d?eux, qui était au comptoir à notre arrivée, s?est défilé en nous voyant interroger son personnel, un autre devait prendre la porte de derrière et partir en toute vitesse dans une voiture toute neuve.
C?est le règne de la peur. On attend le rideau et le chômage dans une profonde incertitude. Le moratoire ? une fermeture repoussée au 31 juillet pour certains, au 31 décembre pour d?autres ? a donné un espoir. Mais est-il vraiment fondé. Si ce moratoire tient, qu?arrivera-t-il après ?
Nundraj Dunnoo, propriétaire de deux différents magasins Ralph Lauren est dans le flou. Au bout du fil, c?est avec une voix anxieuse qu?il avoue qu?il s?apprête à compresser son personnel. « Le moratoire qu?on a obtenu n?est pas gratuit. Où trouver ces Rs 20 millions ? Il me faut carrément liquider pour respecter la date butoir, dit-il. Avec ce moratoire, il n?y aura pas de vente, mais une liquidation, renchérit Sudheer Mudhoo, membre de l?association. Les magasins tenteront de retirer leur capital. Après, ce sera le déluge pour les employés. »
Les fabricants ne sont pas concernés par ces Rs 20 millions. Mais la situation est plus grave de leur côté. Une trentaine de petites unités ont 45 jours pour transformer tout le stock de matière première acheté pour produire sous la griffe Ralph Lauren.
Cinquante employés sur le carreau
Iqbal Maghooa, qui a mis sur pied l?année dernière une unité de tissage à Triolet pour produire des pulls Ralph Lauren, a déjà fermé une unité à Mahébourg et licencié une cinquantaine de personnes. « Nek pe sanz mo larzan. Bizin fer overtime pou transform tou sa stok matyer premyer ki mo ena la an pulover avan 45 zour », dit-il.
Iqbal Maghooa a de la chance. Les pulls Ralph Lauren ne représentent que 20 % de sa production. Il fait de l?exportation et estime pouvoir, avec du temps, trouver des clients étrangers pour remplacer les produits Ralph Lauren. Mais ce ne sera pas le cas pour toutes les usines produisant des vêtements sous cette griffe.
Aucun chiffre exact n?est encore disponible sur les licenciements dans ces usines. Mais l?association parle de 6 000 emplois qui seront perdus entre maintenant et décembre. Elle compile en ce moment les chiffres et d?ici la semaine prochaine, la situation devrait être plus claire et le nombre de licenciés plus précis.
L?association travaille tant bien que mal sur une formule pour préserver les magasins et les emplois. Mais elle est très pessimiste. « Je ne vois pas quelle griffe on pourra utiliser. Est-ce qu?une nouvelle griffe sera aussi prisée par les touristes que Ralph Lauren ? Je ne le crois pas », explique Sudheer Mudhoo .
Ils ont quelques semaines encore. Avant que la nouvelle loi sur les marques enregistrées ne soit promulguée, ils ne peuvent en enregistrer aucune. Quelques semaines encore pour imaginer la meilleure formule qui soit. Une formule magique?
Où trouver les Rs 20 millions ?
Des Rs 20 millions réclamées, la Wholesalers and Retailers Association n?avait réuni hier que Rs 8 millions. « Nous avons essayé de négocier avec David Brown, le représentant, pour étendre le moratoire et repousser le paiement. Il a été très arrogant et n?a voulu rien entendre », désespère Besham Juddoo, président de l?association.
Ralph Lauren a fait comprendre à l?association que cette somme représente les frais encourus dans le cadre des poursuites qu?il a entamées contre les magasins et les usines utilisant sa griffe à Maurice. Ce sont des sommes déboursées pour les avocats mauriciens, pour des billets d?avion et des séjours de ses représentants dans des hôtels du pays. Elle se chiffre à 775 000 dollars.
L?association a travaillé hier une formule pour ce paiement, soit 1 000 dollars à être payés par les magasins qui devront fermer le 21 juillet (petits et moyens) et le reliquat par ceux qui pourront travailler jusqu?au 31 décembre (les grands magasins), les deux dates butoirs.
La complication est que l?association arrive difficilement à les catégoriser. « Nous avons bon espoir de pouvoir réunir la somme pour éviter une catastrophe », déclarait hier Sudheer Muddhoo, membre de l?association.
Ralph Lauren, lors des négociations, n?avait pas seulement réclamé ces 775 000 dollars, mais aussi un monitoring fee qui s?élevait à plusieurs millions. « Heureusement que Peter Craig est intervenu pour dire que le gouvernement s?occupera personnellement du monitoring avec son personnel. Sinon, la catastrophe aurait été inévitable », affirme Sudheer Muddhoo.
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