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Bois Chéri : à votre bon thé !
COUVERTES d?une bâche en plastique et sac au dos, les petites ouvrières sillonnent les champs de thé. De temps en temps, elles s?attroupent près d?un camion. C?est pour déposer leur cargaison de jeunes pousses. ?Les pousses sont cueillies chaque quinzaine, le temps de se renouveler?, explique Azad Rojah, guide à l?usine Bois Chéri depuis 27ans. Les lieux n?ont plus de secret pour lui.
A l?usine, des hommes en bras de chemise déchargent les sacs de thé qu?ils accrochent au convoyeur. Soit 40 tonnes de pousses qui vont être entreposées sur quatre étages.
Au deuxième, Ghoorun et Maudhoo s?activent. Debout sur les tables de séchage, l?un vide les sacs sur la surface en treillis et l?autre nivelle les feuilles. L?entassement ne doit pas dépasser plus d?une trentaine de centimètres.
Une fois l?étage rempli, le radiateur est mis en marche. Des conduits gris s?y enroulent, gorgés d?une vapeur contrôlée par les valves. Pendant une journée une douce chaleur, de 15-20°C, se faufile sous les tables pour flétrir les feuilles. Aux quatre murs, des ventilateurs de 1 m 50 de diamètre assurent la circulation du chaud vers l?extérieur.
Encore vertes, les jeunes pousses enivrent la salle d?une odeur de gazon qui masque celle du thé. ?Le lendemain, on remplit de nouveau les sacs pour le broyage?, explique Azad. Ces derniers, suspendus à un enchevêtrement de convoyeurs, font penser à une queue leu leu de fantômes. Ils convergent tous vers une colonne métallique qui traverse les étages et qui mène à la broyeuse du rez-de-chaussée.
Vacarme d?apocalypse ? Non, simplement la rotation colérique des lames dans la broyeuse rouge et jaune. Comme le précise Azad, les feuilles flétries sont brassées deux fois. Une fois réduites en poussière, elles sont acheminées vers le tapis de fermentation. Une heure et demie suffit pour que le vert vire au jaune et que l?odeur de gazon s?estompe. La responsable du changement, c?est l?oxydation de la feuille. La poussière de thé est alors fin prête pour la cuisson.
Brûlée à 110°C, la poussière jaune paille est enfournée pendant dix minutes dans un énorme cône renversé en métal. Le but de la cuisson du thé : arrêter la fermentation. Sur deux cadrans les aiguilles, indiquant la température, dansent sous l??il vigilant d?Atma. Est-ce le brouhaha ou la cadence ? Il ressemble à un chauffeur de locomotive attentif à sa chaudière à vapeur?
La paille et la fibre
Continuons la route du thé avec Azad. ?Il faut encore débarrasser le thé des fibres jaunâtres qui sont le résidu des nervures de feuilles?, explique le guide. La fibre et la ?paille de thé? sont passées sur un rouleau en plastique. Mais seule la fibre reste accrochée par électricité statique car le rouleau est frotté à une ceinture en laine, une technologie à faire dresser les poils de la peau.
Enfin teintée de sa noirceur caractéristique, la ?paille de thé? est maintenant débarrassée de ses fibres. Celles-ci sont vendues, comme produits dérivés, à des maquettistes de bateaux qui s?en servent pour la teinture des voilures. ?La paille?, ainsi épurée, est acheminée vers le tamisage pour la séparation des textures. ?Le thé plus fin est commercialisé en sachets et le thé brut en paquets.?
C?est au bout d?un mois d?entreposage dans des silos d?acier que les tonnes de thé obtiennent leur saveur naturelle. Pour le couronner de divers arômes, le thé est versé dans des cylindres couchés.
?Pour 24 kilos de paille, un ouvrier doit vaporiser 50 ml de liquide aromatique.? Il y en a pour tous les goûts : exotique (fruit de la passion), vanille, limon, noix de coco.
Le conditionnement du thé se fait selon les produits. La vieille Nordson, machine importée d?Allemagne et âgée de dix ans, empaquette automatiquement, mais avec l?aide de deux ouvrières. ?Par contre, la mise en sachets est totalement différente. Pour chaque petit sachet, deux grammes de thé sont enfermés dans un pli de papier filtré et thermosoudé avec de la colle.? Et l?ouvrière n?a qu?à enlever chaque groupe de 20 sachets pour en remplir les boîtes en carton.
Les produits de Bois Chéri, dont une infime fraction est destinée à la France, au Royaume-Uni, à la Réunion et à Madagascar, sont commercialisés localement. Il ne leur reste plus qu?à conquérir un peu plus largement l?étranger. En beau thé !
À DÉGUSTER
Passé et présent
- Située non loin de Grand-Bassin, l?usine de Bois Chéri est rachetée par la famille Guimbeau en 1958. La propriété comprend un chalet pour le ?tea tasting?, construit sur un monticule avec vue sur la côte ouest, et un musée qui raconte le passé.
La cueillette quotidienne varie entre 25 et 40 tonnes. Les feuilles, une fois broyées, produisent le quart de leur poids initial. L?entreprise importe également du thé en provenance de Ceylan.
PROMESSE DE PRAVIND JUGNAUTH
?Plus de camps d?ici 2005?
- Nuradi Radika, 57 ans, a les larmes aux yeux. Elle a reçu un lopin de sept perches à Bois-Chéri dans le cadre de l?élimination des camps sucriers et théiers. Un tirage au sort a eu lieu hier pour une quarantaine de familles. ?Mo ti bisin mette plastique kot mo dormi tellement la caze ti coulé. Lé dos fine bien fermal. Fine passe boucou misère?, raconte Nuradi qui a travaillé dans les champs de thé depuis l?âge de 12 ans.
Louis Alex, gardien à l?usine, est lui aussi comblé : ?Mo extra content ki mone réussi gagne ène bout la terre après tout sa banané travail. Ti bien difficile vive dan camp.? Il souhaite bâtir sa maison d?ici janvier.
Sookna Sabapathee, 29 ans, affectée à la section emballage, se souvient du calvaire en temps de pluies et de cyclones : ?Ti bisin mars dans la pluie pour alle toilettes. La maison ti mari coulé.?
Conscient des difficultés endurées par ces familles, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, promet l?éradication complète des camps d?ici 2005. Le projet de Bois-Chéri a nécessité Rs 16 millions pour créer un jardin d?enfants pour les futurs habitants des lotissements.
Le ministre de l?Agriculture, Nando Bodha, précise que 70 camps ont été éliminés depuis 1983. ?Ces camps sucriers sont le symbole d?une autre époque et il est de notre devoir d?améliorer la qualité de vie de ces employés.?
Pravind Jugnauth a rappelé hier les projets gouvernementaux pour améliorer la vie des plus démunis. La NHDC accorde des prêts à la construction au taux de 6,5 %. Ceux, dont les revenus sont inférieurs à Rs 4 000 mensuellement, reçoivent Rs 40 000 de subvention pour l?achat de matériaux et ceux, dont les revenus sont inférieurs à Rs 7 500 mensuellement, obtiennent Rs 40 000 pour la dalle. Ces dernières années, Rs 547 millions ont été déboursées pour cet item. Et l?Etat a prévu 5 143 logements dont 2 236 seront livrés cette année.
Pour Pravind Jugnauth, le ?Voluntary Retirement Scheme? est un succès. ?Les travailleurs ont reçu une compensation trois fois supérieure à celle d?une retraite normale plus sept perches de terre. Rs 2 milliards ont été payées pour les compensations et 780 arpents distribués aux travailleurs.?
Le ?Trust Fund for Vunerable Group? accomplit aussi un travail remarquable, affirment les responsables politiques. Depuis l?an 2000, 7 434 personnes ont bénéficié d?une aide pour le logement alors que Rs 240 millions ont été allouées à 1 000 projets communautaires qui touchaient 63 434 personnes.
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