Publicité

Une histoire d?eau

7 mars 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

LA GASTRONOMIE s?attire des commentaires de connaisseurs et de bonnes âmes s?y connaissant moins. Quand il s?agit de menus d?animaux, les confusions sont encore plus abondantes si l?on tient compte des strophes de poètes au lieu de se fier aux paroles de naturalistes. Leurs lignes dignes de foi soulignent les astuces déployées par la nature pour aider des chasseurs sachant chasser aussi bien que des sédentaires.

Certains de ces derniers jardinent dans leur chair même. Tel est le style adopté par de gros mollusques bivalves dits bénitiers, ainsi que par les polypes coralligènes. Ils exposent au soleil tropical des chairs attrayantes, colorées par des algues minuscules. Ces plantes transforment l?énergie lumineuse en chaînes chi- miques liant des molécules nutritives. Plusieurs de ces miettes sont consommées par les jardiniers comme tribut parce qu?ils procurent non seulement terrain et abri mais aussi gaz carbonique et déchets azotés dont les plantes font leur ordinaire.

Avec un peu plus d?entreprise, d?autres animaux du milieu aquatique comme les holothuries, alias bambaras, laissent flotter des tentacules auxquels se collent des parcelles utiles dansant tout autour. Huîtres et bivalves divers sont un peu plus exigeants. Ils filtrent l?eau qui les baigne pour en extraire de précieuses parcelles. Plus impatient encore un mollusque sans coquille, le Melibe, est doté d?une sorte de capuchon qui agit avec autant d?efficacité sur le plancton que l?épervier manié dextrement par un pêcheur talentueux.

Si l?eau est riche, les roches qu?elle baigne sont rêches parce que couvertes d?algues courtes. Certains crabes et mollusques comme les littorines grattent cette pitance avec beaucoup de succès. Le sable qui constitue le fond de la mer n?est pas pauvre non plus. Des bambaras bruns l?ingurgitent et leur intestin en extrait suffisamment de molécules utiles pour les garder en bonne santé. Mais si Ton Zorz dirait ?là dan zot kafé péna triaz?, d?autres espèces comme les Uca, ou crabes ?c?est ma faute? (ainsi dits parce qu?ils se frappent la poitrine comme des pénitents ) sont plus sélectifs. On peut les voir au bord de mer choisissant d?une pince habile les débris qui sont pour eux, délicatesses.

Mais bien que la mer ait ses attraits, en poussant un peu plus loin que les golfes clairs le long desquels elle danse selon Trenet, nous arrivons à la forêt tropicale où s?activent à l?étranger des jardiniers plus efficaces que ceux de l?eau. Là, des fourmis du genre Atta coupent et transportent des feuilles. Elles s?en retournent au nid en procession, tenant leur récolte un peu comme un défilé de gentilles mousmés s?abritant sous des parasols.

Dans la fourmilière, ces feuilles deviennent litière sur laquelle s?épanouit un champignon qui constitue le menu de la communauté. Quand une reine encore vierge délaisse le toit familial pour créer une colonie nouvelle, elle emporte comme dot un peu de semence qui s?épanouira plus tard dans sa nouvelle demeure.

La merveilleuse association date de 50 millions d?années. Mais on a découvert, il y a environ 5 ans, que des bactéries sont aussi impliquées dans la culture pour la garder vierge d?envahisseurs. Elles sécrètent des antibiotiques susceptibles de nous être utiles. D?autres menus à base de champignons sont moins spectaculaires. Des coccinelles se régalent de filaments croissant sur des feuilles de papayers ou de capucines.

Chassez le naturaliste de son terrain pourrait-on dire, il y revient au galop ; chassez le prof, il revient au labo. Là, il cultive d?autres champignons, des levures, qu?il teint avec du rouge Congo avant de les offrir aux larves de la mouche du vinaigre qui s?en régalent. Il donne ensuite son élevage à ses élèves qui finissent, l?oeil au microscope, par comprendre que l?intestin des larves est teint en rouge ou bleu, selon l?acidité de la région !

Des végétaux sont plus substantiels que les champignons. Les feuilles mortes par exemple. Elles se ramassent à la pelle chante Yves Montand. Et sont donc en quantité suffisante pour satisfaire des appétits. Le symbole de la nudité, le ver, qui va piano, en consomme sano. Avec plus de célérité et de compétence des créatures à mandibules gourmandes grignotent ces feuilles avec des degrés différents de délicatesse. Les plus fines gueules, crustacés ayant un look d?insectes et baptisés cloportes, enlèvent les parties molles laissant une délicate dentelle de nervures. On en voit parfois chez nous sur le tas de compost.

Plus banales sont les chenilles, parfois un peu ?bouffe-tout? mais à l?occasion s?attachant à une plante particulière comme fait le papillon des agrumes bien connu au collège. Ces consommateurs se promènent à l?extérieur des feuilles mais de plus petites espèces s?insinuent dans l?épaisseur même de l?organe. L?on peut déceler leur présence par des traces blanches sur les feuilles de capucines. On admire leur habileté mais ne préférez-vous pas le style des vaches qui, selon des rimailleurs, restent toujours jolies en broutent dans les prés verts sous le ciel bleu ?

Elle est en mouvement continu soit en courants peu évidents, soit en puissantes vagues poussées par des vents ou encore en amples marées menées par la lune. On essaie toujours de tirer profit des vagues et des marées.Mais les tentatives n?ont pas encore débouché sur des succès commerciaux.

Publicité