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?Il venait dans le même taxi vert de Curepipe?
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?Il venait dans le même taxi vert de Curepipe?
JEAN-CLAREL BOSQUET , père de Pascal Bosquet, était, à la naissance de son fils en 1974, l?assistant-directeur du Morne Brabant. Le petit avait 12 ans quand la famille s?installa en Suisse. Jean-Clarel aura vécu longuement, et de façon marquée, la présence de Malcolm de Chazal à cet hôtel, à la Pointe du Morne.
Le peintre, poète, romancier, et philosophe mauricien s?y rendait chaque jour de Curepipe, Dans un taxi vert, toujours le-même. Du fond de sa mémoire, Jean-Clarel l?observe. Le mime. Il est 15 heures. ?Avant même que la voiture ne s?arrête, Malcolm avait déjà ouvert la portière, son pied traînant à terre. Il la claquait d?un coup sec, sans se retourner.?
Après quelques enjambées, il cherchera ?Monsieur Bosquet?. ?On va au salon?, raconte Jean-Clarel, l??il fort amusé. ?Là, il parle de pétrole que l?on trouverait à Maurice, à Case Noyale, plus précisément. Je ne comprenais pas toujours ce qu?il racontait. Il prend son crayon et son bloc et fait un dessin pour indiquer l?endroit. Il sort son pendule de sa poche, qui contenait aussi des morceaux de biscuit. Là, pendant 15 minutes, il le fait marcher. Il fera trois ou quatre dessins et recommencera à chaque fois.?
Soudain, Malcolm commande ?son? thé. Ce sera toujours Antoine, ?son? serveur. Chaque jour décontenancé par la même demande : ?Ene dithé chaud bouillante glacé?. Si bien qu?un jour, Antoine fera chauffer la tasse plus que de coutume. Et Malcolm s?y brûla. ?Mo finn gagne-li !?, à la grande satisfaction d?Antoine. La séance du thé terminée, ?Malcolm renverse sa tasse, le dessous de tasse,?? L?on visualise sans peine le plateau sens dessus dessous. Le serveur avait chaque jour à démêler son service !
Vers la pointe du Morne
Il est alors 16 heures Jean-Clarel s?entend dire, d?un ton péremptoire, - pouvait-il en être autrement, venant de Malcolm ? - ?Va chercher Pascal.? La mère s?amenait avec son bébé de quelques mois. ?Il demandait qu?on le dépose dans ses bras. Il sort les morceaux de biscuit de sa poche et les offre à Pascal. Il le gardait une bonne demi-heure. Comme un chat qui jouerait avec une balle, il le regardait, le touchait, son visage, son cou, ses épaules?? Doit-on s?en étonner de ce Mage que seuls les enfants comprenaient ? Du moins, c?était ce qu?il disait.
A 17 heures Malcolm jouit de sa longue marche dans les filaos, vers la pointe ultime du Morne. Il reviendra à 19 heures ?Il commande son repas : une crème de tomates et des sardines?, se souvient Jean-Clarel. ?Il prenait son repas dans un coin très retiré. Toujours dans le noir. Il ne voulait voir personne. Léopold Sedar Senghor est le seul qu?il a accepté de rencontrer. Et cela, pour très peu de temps. Il disait que c?était le seul Noir qui pouvait donner des leçons de français aux Français.?
Par contre, noir sera l?accueil pour Daniel Gélin, l?acteur. Qui avait voulu le rencontrer. ?Foutez-moi le camp !?, a-t-il rugi. ?Il s?est levé, a pris ses papiers, il est parti à toute allure comme si c?était la peste !? Au Morne, il écrivait. Quelques lignes de sa grande écriture sur une page, puis déchirait. Réécrivait, et déchirait encore? A 20 heures il reprenait son taxi vers Curepipe, où il habitait.
?Quand on sortait en famille, raconte Jean-Clarel Bosquet, il nous accompagnait parfois pour acheter des gâteaux doux. Il les aimait beaucoup. Il voyait alors Mardaye, la marchande de tamarin. Et revenait avec des sacs de gâteaux-patates.? Un jour de grande colère, Malcolm débarqua, réclamant ses tableaux qui décoraient les 80 chambres du Morne Brabant? pour les déchirer. Ce qui lui fut refusé. Il en trouva d?autres, stockées. Il les déchira toutes. ?Il resta une semaine fâché. Mais il venait chaque jour, malgré tout.?
Puis, un jour, après avoir longuement pris Pascal dans ses bras, Malcolm offrit cinq peintures à son père. 30 ans après, on peut encore y lire la dédicace : ?A mon petit Pascal Bosquet au visage charmant. M de Chazal.?
?Il prenait son repas dans un coin très retiré. Toujours dans le noir. Il ne voulait voir personne. Léopold Sédar Senghor est le seul qu?il a acceptéde rencontrer. Il disait qu?il était le seul Noir qui pouvait donner des leçons de français aux Français.?
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