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En demi-teinte
Depuis le début de l?année l?Icac affiche sur son site Internet des informations mises à jour sur les enquêtes qu?elle boucle. C?est ainsi que l?on pouvait prendre connaissance, dès hier matin, de l?avancement des dossiers concernant plusieurs personnages allant de l?ancien secrétaire financier Dev Manraj à l?ex-assistant commissaire de police, Oozageer Sunneechurra. Cet effort de transparence de l?Icac offre quelques satisfactions mais suscite néanmoins des réserves.
L?Icac a décidé de privilégier un mode de communication à sens unique. L?exercice s?apparente davantage à la propagande qu?à l?information. On peut comprendre que certains détails sur les enquêtes soient filtrés et contrôlés mais rien ne justifie la posture des commissaires qui refusent de répondre, à travers la presse, aux interrogations du public sur son fonctionnement. D?autant plus que les autres instances chargées de la contrôler, dont le fameux comité Daureeawoo, sont inopérantes.
La communication de l?Icac est suspecte car on peut se demander si ce n?est pas le résultat d?un plan échafaudé en vue de renforcer sa crédibilité sérieusement ébranlée avec les récentes secousses. Du reste, le premier communiqué sur Internet est apparu le 12 janvier dernier, soit quelques jours après que les dirigeants du pays lui ont consenti une ?seconde chance?.
Il existe aussi le danger que l?initiative de l?Icac ne mette le Directeur des poursuites publiques (DDP) en porte-à-faux. Chaque fois qu?elle émet un communiqué, la commission précise en titre : ?Cases referred to the DPP?. Nous ne sommes pas sortis de l?auberge. Hier c?était l?Economic Crime Office (ECO) qui accusait le DPP de lenteur. Le bureau de ce dernier se plaignait, à son tour, des dossiers ?mal ficelés? de l?ECO. En réalité, il y a une responsabilité collective à assumer pour l?aboutissement d?une enquête judiciaire. Il serait dommage que des guerres de chapelle plombent la lutte contre la corruption.
Le refus des commissaires de communiquer autrement qu?à travers un site Internet illustre la pente sur laquelle nous glissons de plus en plus. Les services publics ne sont pas conscients de leur devoir de communiquer. Face aux silences des détenteurs de l?information, la population est parfois réduite à spéculer ou à croire aux rumeurs. A la question la plus banale qui soit, il y a des fonctionnaires qui vont en référer à leur chef hiérarchique. Les attachés de presse s?engagent souvent dans des procédures laborieuses et bureaucratiques avant d?avouer qu?ils ne peuvent divulguer l?information recherchée.
Le Mauricien a le droit de savoir ce qui se passe dans son pays. Beaucoup de nos politiques et leurs nominés dans les organismes para-publics n?ont pas encore compris que la libre circulation de l?information est un élément clé dans une démocratie.
L?exemple d?ouverture doit être donné par les dirigeants politiques. Le ministère de la Fonction publique a le devoir de lever la chape de silence qui est imposée aux fonctionnaires.
Il est paradoxal que les dirigeants du pays aient à se plaindre de ne pouvoir ?vendre? correctement leur bilan même si une armée de conseillers en communication est à leur disposition. La faiblesse de ceux-ci est probablement identique à celle de l?Icac qui ne relaie qu?une information partielle et partiale.
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