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Quartet Rabeson, une famille qui fait jazzer
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Quartet Rabeson, une famille qui fait jazzer
<B>UNE</B> affection palpable. A la fois paternelle et musicale. Planqué derrière ses lunettes toutes rondes, Jeanot Rabeson a le regard embué de tendresse. Pour Ella. Elle, plus mesurée derrière le rideau de ses cheveux noirs, admire tout autant le pianiste et le père passionné. Ils étaient en concert vendredi soir au Conservatoire François Mitterrand, en compagnie du Ten Piece d?Ernest Wiéhé. Face à la débauche de cuivres, toute professionnelle de la formation locale, l?intimité familiale du Quartet Rabeson nous a parue digne d?intérêt.
?A six ans, mon père me faisait faire le tour de l?aéroport de Gillot tous les matins.? Question de rythme. Ella Rabeson apprend très tôt à le garder. ?Je n?avais pas trop le choix. Quand on a deux parents musiciens, que voulez-vous que je fasse d?autre ? En plus, je ne conçois pas la vie autrement que sur scène ou en studio.?
A la révolution malgache en 1972, ses parents, le pianiste acclamé : Jeannot Rabeson et sa femme, la chanteuse de variété, Lalao, élisent domicile à La Réunion.?C?est là que je suis née, c?est aussi là qu?on m?a exilée. La famille m?a fait croire qu?on y allait pour passer des vacances.?
Ces souvenirs d?enfance, Ella les partagent avec humour devant son père qui a les yeux embués de tendresse. Enfoncé dans le fauteuil en rotin de l?Hôtel Tamarin, Jeanot Rabeson laisse parler ?la grande vedette de la famille.? Ce qui ne l?empêchera pas de mentionner avec insistance le prénom de Tony, son fils aîné, un batteur ?tellement sollicité qu?on arrive plus à la récupérer.? Ni de citer ?la p?tite dernière?, prénommée Shirley. Comme ?la Bassey.?
C?est le style de la famille. Un prénom célèbre pour chaque enfant. Celui d?Ella Rabeson lui a visiblement porté chance. Sa voix satinée lui a permis de participer à une compilation réalisée par le label Virgin. Avant de s?associer, en 1996, à son père, Guillaume Dahan et Lionel Bêche pour former le Quartet Rabeson.
?L?inconvénient de jouer avec mon père, c?est que je n?arrive plus à me passer de la qualité.? Un hommage dont Ernest Wiéhé ? rencontré à Pian?austral en 2000 ? s?est paraît-il fait l?écho. ?Un jour?, se souvient Jeanot Rabeson, ?Ernest m?a dit que quand je l?accompagne, il avait l?impression de rouler en Rolls Royce?. Simplement, le musicien explique qu?il ne conçoit pas sa partition autrement. ?J?ai tout le temps du solo pour laisser libre cours à ma fantaisie. Mais quand j?accompagne une chanteuse, je suis là pour la mettre sur un piédestal.?
Plus terre-à-terre, Ella ? qui dit avoir vaguement envisagé de faire de l?architecture ? met un bémol. Précise qu?il faut ?enlever le contexte paternel.? Avant de parler de ce père qui ?quand je dors, il joue, quand je chante, il joue, quand je sors, il joue.? Revendiquant l?étiquette de troubadours, la chanteuse affirme ?être condamnée à faire des bonnes choses?, avec son père. Avant d?avouer avec un sourire espiègle et en baissant perceptiblement la voix : ?Quand je suis accompagné par d?autres musiciens que mon père, je me laisse aller à moins de qualité.?
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