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Toute une histoire d?eau

22 février 2004, 20:00

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?Terre, terre?, s?écrièrent les marins de Colomb apercevant un rivage après un long voyage. ?Thalassa, thalassa?, hurlèrent plutôt les 10 000 Grecs de Xénophon en voyant la mer après une longue marche. Le mot grec est aujourd?hui familier car la publicité a mis en honneur la thalassothérapie, bain de mer pour mémères voulant retrouver une ligne avec laquelle pêcher et pécher.

Les mâles ne restent pas insensibles à cette vaste étendue. ?Homme libre toujours tu chériras la mer?, nous dit Baudelaire . Le poète penche pour les charmes, mais le financier opte pour les sous. Car si la terre est riche des ressources que nous avons vues, la mer est aussi source de revenus.

Le liquide lui-même est un choix évident. Sauf quand on boit à la tasse, car le surcroît de sel lasse les reins. Toutefois la nature comme l?artifice savent ôter l?indésirable et le liquide restant étanche bien la soif. Celle de la glèbe comme celle du gosier. La nature opère à l?aide du froid et façonne la banquise ainsi que ses fils les icebergs. Mais aller aux pôles pour étancher sa soif n?est qu?errance de rêve. Puisque l?on ne peut aller à la montagne de glace peut-on la faire venir ? En principe oui mais les techniques contemporaines de transport ne sont pas assez pointues pour prêter leur concours à ce genre de déménagement.

L?aspect glacial n?étant guère convivial pour les méninges, les savants optent pour une autre stratégie de la nature, la chaleur. Elle vaporise l?eau et ses buées vierges de sel se condensent en eau pure. D?autres méthodes peuvent aussi dessaler. Avec plus d?efforts que ceux requis pour dessaler la petite oie blanche, mais quand même avec succès. Comme il ne faudrait pas que ce milieu salé nous entraîne vers des propos salaces passons à d?autres attraits de la mer.

Elle est en mouvement continu soit en courants peu évidents, soit en puissantes vagues poussées par des vents ou encore en amples marées menées par la lune. On essaie toujours de tirer profit de vagues et de marées. Mais les tentatives n?ont pas encore débouché sur des succès commerciaux. On a abandonné l?idée de domestiquer les vagues chez nous et de trouver la clef de l?énergie contenue dans la mer des Indes. Mais on persévère en Norvège, au Japon, en Ecosse et en Inde.

Encore plus imprécise que la vague, est la marée. Elle est de faible amplitude chez nous mais ailleurs se montre impressionnante. L?impression générale toutefois est qu?à part les essais sur la Rance en France on n?envisage pas de percées commerciales.

Une autre énergie susceptible d?être mise à notre service est la différence de température existant entre la surface de la mer et ses profondeurs. Papier et pratique ne font malheureusement pas toujours bon ménage et les plans pour domestiquer la chaleur marine sont loin des réalisations terrestres où la chaleur fait éventuellement chuter l?eau en cascades.

Les sels contenus dans la mer sont d?accès plus aisés. Passons sur le sel de cuisine qui se passe aussi à table, pour descendre jusqu?aux nodules riches de métaux valables tapis au fond des mers. Ils existent dans nos eaux ainsi que dans les collections de musée de Port-Louis, mais leur exploitation n?est pas pour demain. Remontons donc à la surface pour admirer les évolutions de sirènes s?adonnant aux sports nautiques. Leurs ébats tournent en queue de poisson quand le manque de talent provoque des chutes.

D?autres êtres vivants de plus bas étage sont les algues brunes s?étalant en crinière des chevaux de Poséidon. Leurs brins sont sources d?alginates tandis que des algues rouges plus discrètes donnent la gélose chère au labo comme à la cuisine.

Enfin viennent les animaux. Nous aurons l?occasion de mieux les apprécier au cours d?un panorama animal éventuel mais signalons leur contribution à la beauté avec les perles ou le corail précieux. De plus ils sont capables de combattre les ruses de tumeurs malignes qui nous affligent.

Les plaisirs de la table n?étant pas à dédaigner, dégustons en pensée de succulentes langoustes, des huîtres juteuses ou des entrées de poissons ne se faisant pas attendre comme ceux de Vatel. Toutefois les nourritures de l?esprit réclament leur tour.

Selon une anecdote, arriva dans une auberge par une froide soirée d?hiver un voyageur tout transi. Hélas les bonnes places autour du feu pétillant dans la cheminée étaient déjà prises. Notre homme commanda alors d?une voix forte : ?Aubergiste portez une douzaine d?huîtres à mon cheval.?

Mourant de curiosité à la pensée d?un cheval phénomène qui consommait des huîtres, l?assistance abandonna les bonnes places près du feu et l?homme d?esprit n?eut que l?embarras du choix. Au retour de l?aubergiste disant malicieusement que le canasson ne voulait pas de mollusques, il s?entendit répondre : ?Dans ce cas donnez-les moi et portez-lui un picotin d?avoine.?

?Elle est en mouvement continu soit en courants peu évidents, soit en puissantes vagues poussées par des vents ou encore en amples marées menées par la lune.?

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