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L?acte de foi de Kevin Bissoonauth
Une étiquette furieusement collée sur le dos. Celle de Roméo. Un physique de joli garçon. Juste ce qu?il faut de moue romantique dans la courbe charnue de la lèvre inférieure. Et toujours des rôles de jeune premier. A 26 ans, Kevin Bissoonauth le reconnaît volontiers. Il est catalogué, cantonné aux classiques pour étudiants.
Troquant son jean contre un costume tendance XVIIe siècle, sa prestance jouera pour Cléante, l?amoureux transi du Malade imaginaire. Ce classique signé Molière, monté par la troupe Theatralis, sera à l?affiche au théâtre du Plaza du 2 au 6 mars prochain.
Les yeux noirs, assombris par les longs cils, sourient. Le temps de trouver une anecdote, la voix étonnamment fluette pour un comédien, Kevin Bissoonauth parle de lui. Simplement. ?Un soir, au resto, une serveuse m?a demandé si j?avais joué dans Roméo et Juliette. Elle m?a posé la question un an après la pièce.? Sans prétention, le comédien a atteint son but. ?Faire rêver les gens.?
Quid de son imaginaire ? Comment nourrit-on un esprit pour qui, voir une pièce c?est ?être aux aguets?, l?équivalent d?aller au bureau. Il s?évade en se ?coupant du théâtre?. Pour mieux y revenir, incapable de trouver dans sa mémoire d?autres loisirs ?qu?un peu de cinéma et beaucoup de télé?.
Des alternatives servant à cultiver son sens critique. Neuf ans durant, Kevin Bissoonauth a promené son front avenant dans les couloirs de l?Atelier Pierre Poivre. Suivi d?une parenthèse chez Artistes en Liberté. Des étapes ? d?aucuns diraient des accidents de parcours ? qui ont conforté son désir de ?structurer? sa troupe. Un processus qui, on le devine à ses mots couverts, a nécessité une longue phase de ?désapprentissage?. Refuser la facilité des textes ?bêtement récités? pour les ressentir, les vivrent. Secouer l?état de stagnation ?qui menace le théâtre à Maurice?. Pour qu?enfin Theatralis émerge, il y a de cela deux ans. Fort d?une première production : Topaze, présentée en 2002 , le comédien et metteur en scène a un avis tranché sur les anciens de la profession.
L?énoncé des noms de Gaston Valayden, Henri Favory et Clarel Broudou s?accompagne d?un mélange de respect et d?émulation. Soudain, à l?évocation de Rowin Naraidoo, la voix de Kevin Bissoonauth a des résonances métalliques, sous les tôles beiges de son garage, à Candos. ?C?est le gars qui m?a donné ma chance.? C?est le seul mérite que lui accorde cet ancien élève de Régis Chaperon tombé par hasard sur un cours de théâtre animé par le responsable de l?Atelier Pierre Poivre, dans son collège. ?Il a toujours combattu la compétition. Mais il a monté Topaze en même temps que nous l?année dernière. Il va récidiver en mars avec Le Malade.?
Lui, ne comprend pas qu?une troupe puisse monter quatre à cinq spectacles par an. ?D?accord on fait travailler les élèves, mais à quel prix ? Déjà que c?est dur d?attirer le public au théâtre, si en plus c?est payer pour voir du travail bâclé? Je préfère prendre cinq ans de ma vie pour réfléchir, au lieu de foncer pendant cinq ans et tuer le théâtre.?
Pour éviter ce désastre et fuir la stagnation, le comédien se concentre sur, ?l?élargissement de son horizon.? Du quartier de Bassin à Quatre-Bornes aux planches du Plaza, le jeune homme l?admet. ?Je me suis souvent cassé la gueule.? Le petit garçon sensible qui tombe de sa bicyclette toute neuve a toujours su ravaler ses larmes. Et recommencer.
La galère. Pour ne plus la regarder droit dans les yeux, Kevin Bissoonauth s?étourdit de travail. Question de volonté quand on a décidé de vivre de sa passion. ?Pendant deux ans, j?ai vécu avec Rs 2000 par mois.? Petit pécule qui sitôt gagné, est injecté dans des cours de marketing à l?Institute of Marketing and Management. ?C?était trop dur. J?ai abandonné après la première année. J?aurais au moins appris la valeur toute puissante de l?intégrité.?
Une fois ses fréquentes ?envies de décrocher? passées, avec l?aide de sa femme, sa partenaire, son double, Corinne de Baize, Kevin assure des cours de théâtre pour enfants et adultes à l?Alliance française. Se multiplie. Monnaie ses services à l?école hôtelière, au club de théâtre de l?université de Maurice et intervient en entreprise pour faire de ?l?affirmation de soi?. Et trouve le temps de se consacrer à des cours par correspondance de français et communication, ?pour assurer l?avenir.?
?C?est dur d?attirer le public au théâtre, si en plus c?est payer pour voir du travail bâclé? Je préfère prendre cinq ans pour réfléchir, au lieu de tuer le théâtre.?
Un malade diablement énergique
Dans le salon bleu-blanc-or de Kevin Bisoonauth, les comédiens ont poussé le canapé au milieu de la pièce. C?est autour de lui qu?évolue Fabrice Chaperon, en Argan au teint frais et à l?allure décontractée, dans son jean tailladé au genou. Nous surprenons Theatralis en pleine répétition de l?Acte II (voir photo ci-contre). C?est l?arrivée de Cléante déguisé en maître à jouer d?Angélique, suivie de l?arrivée des Diafoirus.
Les répliques fusent avec un naturel étudié. Si les bouches bougent sans cesse, les bustes ont encore un zeste de raideur, accentuée par les mains jointes d?une partie des comédiens. Le cheveu hirsute, Alexandre Martin s?avance. Casté dans le rôle de Thomas Diafoirus, il nous faut un petit temps d?adaptation pour oublier ses personnages de jeune homme très sûr de lui, dans les diverses pièces de la troupe des Komiko. Il n?a rien perdu de son pouvoir de déclencher d?hilarité. On trouve des solutions aux blancs et aux hésitations, en douceur, sans que le co-metteur en scène n?élève la voix.
Les répétitions ont commencé depuis la mi-septembre 2003, à raison d?une fois par semaine. La distribution de cette pièce qui sera jouée en costume d?époque comprend Nora Imbert dans le rôle de Toinette, Corinne de Baize dans celui d?Angélique, Delphine Challier (Béline), Audrey Laroche-Coralie (Louison). Gilbert Arnaudin cumulera les rôles de Monsieur Diafoirus et Béralde alors que Yannick Guérin sera à la fois Monsieur Purgon et Fleurant. Pour les réservations, appelez le 427 7769 ou le 751 0958.
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