Publicité
Regards croisés sur la mémoire historique
Par
Partager cet article
Regards croisés sur la mémoire historique
S?il ne peut y avoir de mémoire universelle, toutes les mémoires doivent se reconnaître entre elles pour faire de chacun de nous un citoyen du monde. Mais, pour cela, il faut constituer une boîte à outils. C?est dans cette optique, et sous le titre Mémoires historiques d?ici et d?ailleurs ? regards croisés, qu?un séminaire virtuel et colloque international en Sciences Sociales a eu lieu à l?université de Maurice, les 19 et 20 février derniers, dans le cadre du 169e anniversaire de l?Abolition de l?esclavage à Maurice et du bicentenaire de la révolution haïtienne.
La mémoire ne reproduira jamais les faits avec exactitude ? c?est là un fait. Mais elle reste toutefois, et par définition, un travail du présent sur le passé, sur l?Histoire. Elle suppose donc un travail d?historien. Et l?historien ne conçoit pas l?Histoire uniquement dans sa forme intellectuelle, mais aussi comme un outil pour aider à repenser son passé. Cet outil a pour nom ?régimes d?historicité?. C?est d?ailleurs sous le titre de ?Régimes d?historicité et actualité de la mémoire historique? qu?a débuté la première séance du colloque. Les régimes d?historicité sont les manières dont les catégories du présent, du passé et de l?avenir ont à se nouer les unes aux autres pour recréer l?Histoire. Ce qui montre l?importance de réfléchir aux diverses façons d?articuler dans l?instant présent ces trois catégories qui relèvent de l?expérience du temps.
Nul doute, que nous soyons passéistes ou futuristes, le type de rapport que nous maintenons avec notre Histoire est dominé par le présent. L?écriture même de l?Histoire est un soubassement où chaque société fabrique un rapport privilégié entre le présent, le passé et le futur. Ce rapport lui permet de se voir elle-même, et de se comparer à elle-même, mais dans le temps. C?est ce que les historiens appellent ?la comparaison des régimes d?historicité? ? comparaison qui n?est pas celle des expériences du temps vécu, car on n?adopte pas une conception du temps. C?est la comparaison qui permet à la société de croire dans ses progrès. Et c?est bien ainsi qu?elle finit par instaurer un respect de son histoire. Car fondamentalement, la croyance dans le progrès implique déjà en elle-même le respect du passé.
Devoir d?historien
L?acte de comparer nous offre ainsi la possibilité de restituer notre Histoire, non pas dans sa forme intégrale, mais comme matière de choix. Parce que le concept de mémoire est ambigu. C?est pourquoi, être historien aujourd?hui, c?est jouer à une mise à distance avec les faits. Il ne suffit pas de dire qu?il y a du passé que parce qu?il y a conscience de ce passé. Il doit y avoir un devoir d?historien qui accompagne l?acte de remémoration. Ce devoir implique une volonté d?atteindre une forme d?authenticité dans la tâche de reconstituer notre passé afin de le léguer dans sa forme pure à nos descendants. On comprend pourquoi on ne saurait faire l?histoire du colonialisme sans réintroduire celle même de la race et du racisme. Ce qui veut dire aussi que l?histoire ? quelle soit du colonialisme, de l?impérialisme, de l?esclavage ou d?autres ? continue d?une certaine manière, par le fait même qu?elle suppose perpétuellement une réécriture faite à la lumière d?un rapport entre le présent et le passé et d?une vision de l?avenir, le tout sans cesse renouvelé.
Ainsi pour le peuple issu de l?esclavage que nous sommes, l?Histoire est appelée à témoigner et le rôle de nos historiens est donc redéfini. Ces derniers doivent se faire les historiens de l?exemplarité. La réhabilitation de notre passé doit être conduite sous l?exigence de nouvelles interrogations. N?est-ce pas là une manière solennelle de définir et de redéfinir notre identité nationale ?
Ont participé à ce séminaire virtuel et colloque international qui s?est déroulé à l?université de Maurice : Carlo Célius (Agence universitaire de la francophonie et université Laval, Quebec), Yvan Combeau (université de la Réunion), Joslyn Gébert (université de Maurice), François Hartog (EHESS), Vinesh Hookoomsing (université de Maurice), Bogumil Jewsiewicki (université Laval), Gérard Lenclud (CNRS), Jocelyn Chan Low (Centre culturel mauricien et université de Maurice). Jean-Claude Carpanin Marimoutou (Maison des civilisations et de l?unité réunionnaise), Serge Rivière (université de Maurice et université de Limerick), et Françoise Vergès (Maison des civilisations et de l?unité réunionnaise).
Publicité
Publicité
Les plus récents