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Cette rude pente jusqu?au sommet
KARINNE : LE PRIX DES PRIVATIONS
Etre de la course aux lauréats coûte cher, surtout si on est issu d?un milieu modeste. Karinne Madron, 18 ans, étudiante au Queen Elizabeth College (QEC), classée première dans la filière technique, en sait quelque chose. Sa mère Brigitte, puéricultrice, et son père Jacques, électricien, ont trois bouches à nourrir.
Le parcours du primaire n?est pas de tout repos pour Karinne. Elle commence dans une école de Goodlands mais finit dans un établissement de Curepipe pour cause de déménagement familial. Cela n?empêche pas Karinne de ramener d?excellentes notes.
Dès la quatrième, elle souhaite faire ses études secondaires au QEC. Son rêve devient réalité avec son classement à la 55e place aux examens du Certificate of Primary Education. Après avoir obtenu sept unités en Form V, Karinne opte pour les maths, la physique et l?art pour sa Form VI. Elle prend des leçons particulières en trois matières mais pas en art car elle y excelle. Mais les accessoires pour cette matière sont très coûteux. Qu?importe ! Les Madron se serrent la ceinture car ils croient dans le potentiel de leur cadette.
A la veille de son examen de français en novembre dernier, la grand-mère maternelle de Karinne meurt d?un cancer du sein qui s?est généralisé. La jeune fille surmonte tant bien que mal ce coup dur. A aucun moment, à l?examen final, elle n?imagine qu?elle peut être lauréate. Elle se croit tout au plus capable d?un bon classement et de pouvoir décrocher une bourse d?études à l?étranger. Lundi dernier, son résultat est au-delà de ses espérances.
DIYA : QUATRE HEURES PAR BUS CHAQUE JOUR
Keshwaree Jaggessur, dit Diya, 18 ans, a vécu sa Form VI à un train d?enfer. Domiciliée à Surinam où son père Sanjaye, enseignant du primaire, a réussi à offrir une maison à sa famille, elle montre très tôt des aptitudes pour les études. Auréolée du succès de ses oncles qui se sont distingués académiquement, elle rêve d?aller au QEC et d?être boursière de l?Etat.
Son rang de 64e au CPE lui permet d?accéder à ce cinq-étoiles scolaire de Rose-Hill. Or, le QEC est à quelque 40 kilomètres de Surinam. Diya doit donc se réveiller quotidiennement à 5 h 30 pour prendre l?autobus à 6 h 30 qui la mène à Phoenix. De là, elle prend le transport du collège. L?après-midi, c?est le même trajet, en sens inverse, quand elle ne se rend pas à Curepipe pour ses leçons particulières. Elle ne rentre jamais chez elle avant 19 heures 30.
Après un dîner rapide et une douche, elle se couche à 20 h 30 pour se réveiller à 2 h 30 et se remettre à l?étude. C?est sa cadence cinq jours sur sept. Le week-end n?est guère mieux. A part un peu de télévision et de la course sur la plage avec son père, elle revient à ses livres.
Usha, sa mère, est inquiète de la voir étudier autant. Elle n?en pipe mot car elle sait que le motto de Diya est d?être première en tout. Diya atteint son objectif en décrochant la bourse d?Etat côté économie.
YANISH : L?EFFORT MALGRE LE DEUIL
Dans son salon à Belle-Rose, Yanish Nagawa se rappelle son parcours qui l?a conduit jusqu?à ce 8e rang en science au collège du St-Esprit. Les sept autres classés sont lauréats. Il rate le coche de peu.
Il perd sa mère Sobha en 2002, alors qu?il boucle sa Lower VI. Elle meurt, à 42 ans seulement, des suites d?un infarctus. Il doit se concentrer sur ses études malgré le deuil. « Ma maman était une personne extraordinaire, très joviale et appréciée de tous», confie tristement Yanish.
Du jour au lendemain, la petite famille, composée de Vishesh, le papa, Khemil, le petit frère de 13 ans et Yanish doit se réinventer. «Ce n?était pas facile, mais mon père nous a donné du courage et sans son soutien, je n?aurais pas obtenu de si bons résultats.» Deux ans après, Yanish prend la vie avec beaucoup de philosophie. « Il ne faut jamais abandonner. il y aura toujours des hauts après les bas. »
Ne pas se laisser abattre, tel est le message. Sportif et musicien dans l?âme, Yanish admet volontiers qu?il ne s?est pas consacré à 100 % à ses études. Il a toujours fait de la place aux loisirs. « C?est seulement au dernier trimestre que je me suis jeté à fond sur mes bouquins malgré le fait d?avoir pris conscience de mes capacités dès mes résultats du School Certificate, affirme-t-il le sourire aux lèvres. Et mes parents ont toujours fait passer mon épanouissement personnel avant. »
KANISHKA : DIFFERENT, TOUT SIMPLEMENT
Le cas de Kanishka Aubeelack est particulier. Etre confiné sur un fauteuil roulant, depuis un accident de voiture à quatre ans, ne l?a pas empêché de se classer classé 11e en économie, après des études secondaires au collège Royal de Curepipe. Mais il lui en a fallu de la volonté et de la persévérance.
Kanishka prend conscience de ses capacités avec son 81e rang au CPE. Il décide de miser le tout pour le tout aux études. « Il n?y a pas de grande différence entre un autre élève et moi. C?est le regard des autres qui est différent.» Son handicap pèse toutefois dans sa décision d?opter pour l?économie. « En Form III, entre la science et l?économie, j?ai choisi cette dernière pour la simple raison que les laboratoires, qui se trouvaient à l?étage, n?étaient pas adaptés à mes besoins. Mais bon, j?aime aussi l?économie. », Depuis la rénovation du collège en 2003, ajoute Kanishka, les aménagements nécessaires ont été faits. «Malheureusement, cela s?est fait alors que je quittais le collège», dit-il en souriant.
Les problèmes ne sont cependant pas terminés pour le jeune homme. Grâce à ses bons résultats, le jeune homme est éligible aux bourses octroyées par les ambassades. Mais, encore faut-il arriver à atteindre les bureaux. Varma, son père explique : « Mon fils doit se rendre à ces ambassades pour postuler mais elles sont hélas inaccessibles aux handicapés. » Une difficulté qui risque d?hypothéquer l?avenir de Kanishka.
RANVEER : LA GLOIRE DE SON PERE
Ranveer Raaj Joyseeree, 19 ans et second en science, est comme Karine de famille modeste. Cette bourse, il la voit comme un avantage pour sa vie future. Cet élève du collège Royal de Port-Louis n?a pas vécu ses études comme les autres lauréats. « Je voyais des étudiants venir aux leçons particulières en voiture tandis que je devais faire le chemin à pied, mais ma condition m?a probablement rendu plus solide. »
D?ailleurs toute sa famille s?est dévouée pour qu?il puisse prendre des leçons. Pour subvenir aux besoins de ses quatre enfants et depuis que Ranveer est en Form III, son père Danradj cumule deux boulots. Le jour, il est menuisier et le soir gardien de sécurité. Un rythme épuisant. « Je lui serai toujours reconnaissant pour ce qu?il a fait »
Sa mère Anita, c?est le support moral de la famille. « Elle nous fait passer avant tout et sans elle, je n?aurais certainement pas eu les mêmes résultats.». Lorsque Ranveer décide de reprendre part aux examens du HSC, parce qu?il n?était « que 12e», ses parents l?approuvent. «Mon but était d?être lauréat car sans cela, je n?aurais pas pu aller dans une université en Grande-Bretagne faire de l?ingénierie électrique- électromagnétique.» Et dire qu?il n?a jamais quitté la terre ferme. Même pas pour un de nos îlots voisins !
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