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L’école citoyenne

11 février 2004, 20:00

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Le tissu social mauricien est fragile, disait-on. Or, ces jours-ci, les déclarations intempestives et les prises de position radicales se multiplient pour réclamer un durcissement de la politique du gouvernement envers les écoles catholiques et, par extension, de son rapport avec l’église catholique. Lorsque ces positions ne sont pas fondées sur une intelligence stratégique, elles traduisent le ressentiment. De là, il n’y a qu’un pas à faire pour entrer dans la spirale de la bêtise.

Depuis le jugement du Conseil Privé, qui consacre le principe citoyen du système éducatif, on est paradoxalement entré dans l’ère du délire. Les spéculations s’amplifient. Les rumeurs enflent. Certains se voient en croisés. D’autres en maîtres de stratégie. D’autres encore ne cachent pas leurs intentions incendiaires. C’est en rangs serrés qu’ils avancent, même si les objectifs et la cible ne sont pas toujours les mêmes. Mais on fait chorus et on ne veut pas entendre de politique de compromis. Il est plus facile de pratiquer l’amalgame, d’abrutir, voire de faire peur à ceux qui n’ont pas de position tranchée et de continuer à faire souffler un vent menaçant sur le pays.

Pour qui se bat-on? Pour quoi se bat-on? Depuis que le Conseil Privé lui a donné raison, le syndicaliste Tengur a vu son capital crédit augmenter considérablement. S’il a su se maintenir à une distance respectable des politiques, récusant toute récupération, il s’est lancé, par contre, dans une campagne contre certaines pratiques dans les écoles catholiques. Ses positions ne font pas toujours l’unanimité mais l’homme est connu pour son engagement et sa volonté inébranlable à faire aboutir ses idées. Donc, il maintient le cap.

Mais il importe aujourd’hui de rappeler certains faits, maintes fois ressassés d’ailleurs. L’éducation catholique a été un partenaire crucial du système éducatif mauricien. Il lui appartiendra, en dernier ressort, de décider s’il se retire du circuit public pour devenir corps scolaire privé. Toutefois, entre-temps, ce n’est pas une logique de confrontation qui bénéficiera à qui que ce soit.

L’un se bat pour ses 50 %, l’autre pour ses langues orientales. Dans ce dernier cas, il demeure que le symbolisme joue à fond. Assimilées aux religions, les langues orientales font office de représentation religieuse dans le système éducatif. Dans d’autres systèmes éducatifs, la thématique est ramenée à sa juste proportion. On ne parle pas de langues orientales ou de langues africaines… Le tout est ramené aux langues étrangères.

Outre l’unanimité autour de l’enseignement de l’anglais et du français, le débat reste ouvert à Maurice sur l’enseignement des langues étrangères. L’hindi et l’urdu ne sont pratiquement pas parlés. Le cas du bhojpuri est particulier. C’est une langue ancestrale au même titre que le créole. Dans le cas du créole justement, il y a divers courants de pensée quant à savoir s’il faut ou non l’enseigner dans les écoles. Il semble désormais inévitable qu’on doive l’utiliser comme outil pour faire réussir ceux pour qui la transmission du savoir ne sera effective que si elle se fait à travers le créole. Reste les cas de l’hindi et de l’urdu. Chacun est libre de choisir les langues qu’il voudrait voir son enfant maîtriser. Mais personne n’a le droit de corrompre tout un système éducatif sur le seul fantasme de voir rattacher à ce système des symboles religieux. L’école est tout sauf un lieu de symboles. Alors qu’il s’agit d’œuvrer pour une école citoyenne, on assiste depuis toujours à une lutte pour pouvoir utiliser l’école comme un tremplin à des fins inavouables. A ce chapitre, tous les partenaires du système éducatif mauricien ont leur part de responsabilité.

Si seulement on pouvait bannir l’enjeu religieux de nos écoles pour faire admettre les cultures, l’histoire et les civilisations…

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