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Powell n?aurait peut-être pas plaidé la guerre en Irak
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Powell n?aurait peut-être pas plaidé la guerre en Irak
DANS un entretien au Washington Post, le secrétaire d?État américain, Colin Powell, a admis que s?il savait que l?Irak ne disposait plus d?armes de destruction massive, il ne serait pas allé jusqu?à recommander l?invasion de ce pays.
Il a toutefois assuré que la guerre était ?ce qu?il fallait faire? face à un régime qui a, selon lui, toujours gardé ?l?intention? de se doter de ces armes. Et plus tard dans la journée, visiblement soucieux de ne pas sembler alimenter la polémique sur les choix faits l?an dernier, il a affirmé que ?le mot de la fin, c?est que le président à pris la bonne décision? en lançant le conflit.
L?entretien au Washington Post et les déclarations qui ont suivi surviennent alors que l?administration du président George W. Bush se trouve de plus en plus sur la sellette, faute de découverte d?armes de destruction massive (ADM) en Irak. Colin Powell, considéré comme un élément modérateur au sein d?une administration dominée par les ?faucons?, et qui cherche fréquemment à faire entendre sa différence sans se désolidariser de son gouvernement, joue sa crédibilité personnelle sur ce sujet.
Le secrétaire d?Etat avait fait il y a un an, le 5 février, une longue présentation devant le Conseil de sécurité de l?ONU des ?preuves? américaines sur les ADM irakiennes, qui apparaît désormais singulièrement creuse face à l?absence de découverte probante sur le terrain. Il avait déclaré à l?époque que ?laisser l?Irak en possession d?armes de destruction massive pour encore quelques mois ou quelques années n?est pas une option?.
Un an plus tard, Powell assure qu?il ne renie rien, mais quelques propos sibyllins à l?influent journal washingtonien ont laissé entrevoir le doute. Interrogé pour savoir s?il aurait recommandé une invasion de l?Irak s?il avait été informé que ce pays ne disposait plus d?armes interdites, il laisse la question ouverte. ?Je ne sais pas (ce que j?aurais recommandé), parce que c?était le stock (de ces armes) qui représentait le petit élément final qui rendait plus réels et présents le danger et la menace, pour la région et pour le monde?, a-t-il déclaré. ?L?absence de stocks change le calcul politique. Cela change la réponse que vous obtenez, la formule que j?avais présentée?, a-t-il expliqué.
Des enquêtes aux EU et en Grande-Bretagne
Colin Powell prend toutefois une ferme défense de la décision de l?époque de partir en guerre contre un régime. ?C?était ce qu?il fallait faire, et je pense que l?histoire le démontrera?, a-t-il ajouté. La présentation à l?ONU du 5 février 2003 ?reflétait le meilleur jugement de tous les services de renseignement?, a-t-il également assuré au Post, en soulignant que ?chaque mot était validé par la communauté du renseignement?.
Lors d?une brève intervention devant la presse, mardi, Powell a manifestement cherché à démentir l?impression qu?il aurait pu hésiter à recommander de partir en guerre contre l?Irak et s?est empressé de faire un plaidoyer sans fausse note pour le conflit.
?Si d?autres informations avaient été disponibles plus tôt, je ne sais pas si cela aurait changé le résultat, et je n?ai pas dit que cela aurait pu changer le résultat?, a-t-il affirmé à l?issue d?un entretien avec le secrétaire général de l?Onu, Kofi Annan. ?La seule chose qui soit discutée actuellement, ce sont les stocks?, et ?je pense qu?il est clair que ce régime avait l?intention et la capacité? de se doter d?ADM, a-t-il dit. Face à ce risque, ?nous étions tous d?accord et le serions probablement encore, quelles que soient les circonstances?, a ajouté le secrétaire d?Etat.
George W. Bush a annoncé lundi la création d?une commission d?enquête indépendante sur les raisons ayant amené le renseignement américain à estimer que l?Irak avait des armes de destruction massive, après que l?ancien chef des inspecteurs américains, David Kay, a déclaré que ?nous nous sommes tous trompés? sur la détention d?ADM par l?Irak.
En Grande-Bretagne, on soupçonne les services secrets d?avoir tu des informations sur leurs doutes quant à la présence d?ADM en Irak. Certains responsables des services de renseignement britanniques pensaient que le potentiel militaire chimique et biologique de Bagdad était exagéré dans le dossier constitué par le gouvernement de Londres pour justifier l?invasion de l?Irak, mais nul n?a tenu compte de leurs préoccupations, a déclaré mercredi un ex-responsable de la communauté britannique du renseignement.
?A mon avis, l?expertise des analystes du DIS (Defense Intelligence Staff) a été rejetée lors de la préparation du dossier dès septembre 2002, ce qui a eu pour conséquence une présentation du potentiel de l?Irak qui était équivoque?, écrit Brian Jones dans The Independent.
Jones, aujourd?hui à la retraite, dirigeait alors une équipe d?experts gouvernementaux en armements chimiques et biologiques, qui appartenaient aux services de renseignement du ministère de la défense. L?article de The Independent est de nature à relancer la polémique concernant l?évaluation faite des renseignements fournis au gouvernement sur les armes de destruction massive (ADM) de l?Irak.
En septembre déjà, Jones avait témoigné dans le cadre d?une enquête sur le suicide d?un expert du ministère de la défense, David Kelly, identifié comme la source d?un journaliste de la BBC qui affirmait que le premier ministre, Tony Blair, avait exagéré la menace posée par l?Irak afin de justifier le déclenchement de la guerre.
Tony Blair a accepté l?ouverture d?une enquête sur les renseignements relatifs aux arsenaux irakiens, cédant, à l?instar de George Bush, aux pressions en faveur d?explications publiques sur les éléments qui ont poussé les dirigeants à se lancer dans une guerre.
© Le Monde News Service
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