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Questions à?

2 février 2004, 20:00

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Le groupe Infinity vient de louer tout un étage dans la cybertour. Dans quel secteur de l?informatique comptez-vous vous lancer ?

Infinity est un joint-venture entre moi et Sir René Seeyave. Le groupe, dont je suis le P.-d.g., est déjà bien installé sur le marché français. Nous amorçons notre externalisation en nous installant à Maurice. Nous mettrons en place deux groupes, Infinity BPO et Infinity Training.

Dans le secteur du Business Process Outsourcing (BPO), nous aurons deux axes d?activités : un centre d?appels et un centre de développement de logiciels.

Les investisseurs critiquent souvent le manque de professionnels dans le pays pour ce secteur. Pensez-vous rencontrer de tels problèmes ?

Il est certain qu?il y a une carence de compétences à Maurice. Il faudra assurer la formation de notre personnel à travers Infinity Training. Nous serons très sélectifs lors du recrutement car nous avons besoin de donner à nos clients des prestations de haute qualité et notre personnel doit avoir une certaine culture du travail. En retour, nous serons très généreux envers nos employés.

Quelles sont les qualifications de base que vous rechercherez lors du recrutement ?

Le HSC pour le centre d?appels et un HSC/BAC + 2 ou + 3 pour ceux qui seront dans le secteur du développement des logiciels. Pour commencer, il nous faudra environ 50 développeurs. Mais nous savons que nous ne trouverons pas tout de suite autant d?ingénieurs en informatique à Maurice. Pour pallier cette carence, il faudra donc se tourner vers la France. Ceux-là formeront également les universitaires que nous recruterons pour le développement des logiciels. Maurice n?a pas encore la masse critique d?informaticiens, mais le potentiel humain est là.

Selon vous, Maurice obtiendra cette masse critique d?informaticiens dans combien de temps ?

Nous pensons que d?ici deux ans, nous pourrons trouver au moins 500 personnes pour nos opérations à Maurice. Le pays aura donc son lot d?informaticiens dans trois ans. Car dans quatre ans, elle aura atteint sa vitesse de croisière et l?ensemble des processus sera bien rodé. Il y a beaucoup de travail à faire. Mais je suis confiant. C?est pourquoi j?ai investi presque Rs 80 millions dans ce joint-venture.

On arrivera à la masse critique par différentes voies. Par exemple, ceux qui sont détenteurs d?un HSC vont commencer à travailler pour Rs 8 000. Mais ils doivent avoir des perspectives de promotion et de carrière. Nous allons les fidéliser en leur offrant des parts de la compagnie.

Formés par nos soins, nos employés évolueront dans un environnement technologique, travailleront avec des clients et traiteront des questions technologiques dans le centre d?appels. Ainsi, après deux ans, on pourra les basculer vers le développement des logiciels. Ces types d?employés deviendront après une formation intensive d?une année, de bons développeurs de logiciels. Mais il ne faut pas confondre développeur et ingénieur.

Pensez-vous qu?il y a assez de marketing autour de la cybertour ?

Si je n?étais pas d?origine mauricienne, je n?aurai peut-être pas été au courant de l?existence de la cybertour. C?est un joyau, mais il est important de bien gérer la communication autour du cyber village.

Il n?y a pas que les groupes engagés dans les centres d?appels, le BPO et le développement de logiciels qu?il faut convaincre. Il faut aussi convaincre les clients pour lesquels ils travaillent. C?est le plus important et le gouvernement, je suis désolé de le dire, n?a pas assez communiqué à ce niveau.

Quand un groupe français dit à ses clients qu?il va s?externaliser à Maurice, ces derniers ont des craintes. Le pays est perçu comme une destination touristique, il n?est pas connu comme un centre de production de haute technologie. J?ai moi-même dû convaincre mes clients du contraire. Je suis ravi de participer à cette campagne, mais il est évident que ce n?est pas à moi de convaincre ces clients.

Ma chance réside dans le fait que Infinity est déjà dans le secteur de la haute technologie. Nous offrons à nos clients un point de contrôle dans leurs bureaux pour qu?ils puissent vérifier en temps réel la qualité et le niveau des prestations que nous réalisons à Maurice, à 10 000 kilomètres de lui. Si le client n?est pas convaincu de la qualité des services offerts de Maurice, nous ne pouvons pas nous y installer.

Comment l?externalisation est-elle perçue en France ?

Nous avons déjà d?énormes activités en France. Aujourd?hui en Europe, la tendance macroéconomique est de produire plus à moins cher. Pour arriver à cela, il faut externaliser. Mais en le faisant, il faut offrir le même niveau de qualité que celui offert en France. Le débat est sur le rapport qualité-prix et c?est pour cela que nous insistons sur la qualité. C?est un facteur clé.

Pensez-vous que les prix qu?affiche Maurice, notamment au niveau de la location de la cybertour ou de la communication, sont compétitifs ?

Pour nous le prix est très favorable par rapport à notre volume de travail. Nous louons tout un étage à Rs 26 le pied carré mais ce sera peut-être cher pour les petites boîtes. Quant à la communication, Maurice est moins chère que son principal concurrent, la Tunisie. Si on prend tous les prix en considération à savoir la location, la communication, les ressources humaines, sur l?ensemble des coûts, Maurice est de 40 % moins chère. On peut même arriver à 70 % moins cher en négligeant la qualité des prestations offertes aux clients.

Selon vous, quels sont les facteurs qui risquent de décourager les investisseurs étrangers ?

Je crois qu?il faut arrêter de critiquer et s?attaquer au vrai problème : la coordination. Air Mauritius, par exemple, doit accepter sa responsabilité nationale et cesser de se comporter comme une société privée. Directeurs des compagnies et membres du personnel doivent souvent faire la navette entre Maurice et l?Europe. Mais il n?y a pas de tarifs spéciaux pour les encourager. Déjà, moi je paye plein pot car il faut que je fasse toute une délégation de clients venir ici pour les convaincre de la crédibilité de Maurice.

De plus, beaucoup de nos employés auront à s?installer ici, ou seront sur place pour de longues périodes. Mais il n?y a rien pour favoriser leur installation. Les infrastructures sportives, culturelles, éducatives pour leurs enfants ne sont pas en phase avec la vie en Europe. Il est évident qu?il manque cruellement de loisirs. On ne peut pas offrir uniquement la plage et la mer. Il y a un projet d?urbanisation autour de la cybercité et j?espère que l?ensemble de ces problèmes sera réglé.

Mais il est vrai également qu?on ne peut pas tout avoir tout de suite. C?est excellent cette politique de faire une cybercité avant de faire de Maurice, une cyberîle.

Propos receuillis par Raj Jugernauth

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