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Spirale

2 février 2004, 20:00

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Dans un pays pétri par l?irrationnel, un dérapage peut vite brûler la pâte nationale. C?est pour cela qu?il faut éviter, à la veille de la publication du jugement du Conseil privé sur le critère religieux et de la comptabilisation des langues orientales au CPE, tout discours excessif et démesuré.

Si ces deux questions étaient considérées calmement, on se rendrait vite compte qu?elles relèvent de l?ordre du symbole et que, dans la pratique, elles n?entraînent aucune conséquence significative. Dès lors, il faut éviter de profiter de ce sujet brûlant pour exploiter les passions des uns et les frustrations des autres. Mêlant la politique, le social, l?économique et le religieux, des inconscients pourraient fournir l?étincelle qui met le feu aux poudres.

Un esprit cartésien n?aura pourtant aucun mal à comprendre la faible portée des conséquences du jugement qui a décrété le critère religieux pour l?admission dans les écoles catholiques illégal. Pour fixer les idées, rappelons un chiffre donné par ?l?express? au lendemain du jugement. Citant ?des sources sûres du BEC?, l?article révèle que ?50 à 70 places (selon les premières indications) sur un total de 746 places réservées sont directement concernées par le jugement du Conseil privé?. Ce nombre, écrivions-nous déjà, relativise le bruit fait autour de l?affaire Suttyhudeo Tengur v/s le diocèse de Port-Louis.

De même, la comptabilisation des langues orientales au CPE a un enjeu qui est strictement émotionnel. Avec la réforme abolissant le ?ranking?, la compétition n?existe pratiquement plus en fin de cycle primaire. Il n?y a plus de ?star college?, donc moins de ?rat race?. Les nouveaux State Secondary Colleges, eux, constituent un ensemble assez homogène et admettent des élèves sur une base essentiellement régionale.

La comptabilisation des langues orientales est, en fin de compte, une mesure psychologique qui donne à ses défenseurs le sentiment d?une valorisation de ces matières. Dans la pratique, elle n?a presque aucun effet concret. Toutefois, pour une parfaite égalité des chances, sur le plan théorique, le gouvernement doit s?assurer que l?élève qui choisit de ne pas étudier cette discipline ait une alternative.

Il y a une disproportion entre la violente sortie du chef de l?Eglise catholique contre le gouvernement à Bel-Air, dimanche, et les conséquences réelles des actions qui sont reprochées à l?Etat. Même si on peut comprendre que les autorités catholiques s?estiment ?trahies?, il n?en demeure pas moins qu?elles s?engagent dans une voie dangereuse.

La contribution du diocèse catholique dans le domaine de l?éducation n?est contestée par personne. Le financement par l?Etat des écoles confessionnelles n?est pas remis en cause, non plus. L?Etat a seulement eu le tort de rester neutre dans le procès qui a opposé l?Eglise catholique à Suttyhudeo Tengur au sujet du critère religieux.

Un mauvais procès est fait à l?Etat quand il lui est reproché de ne pas permettre une ?promotion positive? en faveur de ?banne zenfant pauvre?. En fait, dès le lendemain du jugement du Conseil privé, le gouvernement avait proposé à l?Eglise de remplacer le critère religieux par un critère social. Le diocèse avait rejeté d?emblée cette idée.

Le dialogue reste néanmoins encore possible. Dans un pays soucieux de ne pas réveiller des guerres de religion et de langues, il faut privilégier la concertation et éviter la spirale des mobilisations intempestives. Les démonstrations de force attisent les braises.

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