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Le grand bond

31 janvier 2004, 20:00

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L?économie mauricienne vaut bien une messe. Les séances de brainstorming étant à la mode en ce moment, celle d?hier au Domaine Les Pailles se situe bien dans l?air du temps. Les membres du secteur privé ont pu faire valoir leur point de vue et ont écouté celui des gouvernants.

La rencontre entre les opérateurs économiques et les officiels du secteur public s?est terminée sur une note optimiste. Tant mieux. Souhaitons que l?exercice débouche maintenant sur une volonté d?adopter une stratégie commune pour relever les défis à venir.

Si la rencontre d?hier a permis de mettre fin à cette hostilité sournoise entre décideurs publics et privés, les conditions sont réunies pour faire avancer les choses. Trop de fois avons-nous entendu des ministres reprocher à des chefs d?entreprise leur manque d?imagination, la faiblesse de leur gestion et l?absence d?ambition de leur part. Trop souvent les entrepreneurs ont eu tendance à ne voir que les tares de l?administration publique. Il est grand temps que les décideurs retiennent les leçons du passé.

L?histoire de notre pays démontre que les grands bonds enregistrés dans le domaine économique résultent d?une entente entre le secteur public et le secteur privé. Les exemples de cette fructueuse collaboration foisonnent. A l?aube de l?indépendance, les efforts conjugués des opérateurs économiques et des politiques ont permis à Maurice d?acquérir des atouts qui se sont, des années plus tard, révélés d?une importance cruciale. L?accès de Maurice au Protocole sucre et son adhésion à la Convention de Lomé sont l?illustration des réalisations positives découlant des bonnes relations entre les investisseurs et la sphère politique.

Cette même recette s?est révélée payante, il y a deux décennies. Les nouveaux rapports instaurés entre l?Hôtel du gouvernement et la Place d?Armes par le nouveau pouvoir après les élections de 1982 ont permis au pays de sortir du marasme économique qui caractérisait la fin de règne des travaillistes.

Il faut aussi reconnaître qu?à ces deux périodes cruciales, Maurice a eu la chance d?avoir des hommes remarquables à des postes de responsabilités. Leur ardeur au travail, leur esprit d?ouverture, mais surtout leur faculté d?innover étaient leurs premières qualités. A ces deux époques charnières de l?histoire économique du pays, les politiques et les capitaines d?industrie n?hésitaient pas à sortir des sentiers battus. C?étaient même leur credo.

Avec le recul, on peut se demander ce qu?aurait été Maurice, aujourd?hui, si au lendemain de l?Indépendance le secteur privé ne comptait pas dans ses rangs des compatriotes du calibre d?Amédée Maingard, Edouard Lim Fat et José Poncini, entre autres. Ces hommes d?une grande vision et d?une grande ambition pour le pays ont trouvé au gouvernement des interlocuteurs à la hauteur de leurs attentes : Seewoosagur Ramgoolam et Gaëtan Duval parmi les politiciens. Ces derniers étaient encadrés de fonctionnaires aussi compétents que dévoués, à l?image de Benoit Arouff, Raymond Chasles et Harry Tirvengadum, pour ne citer que ceux-là.

Aujourd?hui, aussi, quelques hommes de qualité se retrouvent au pouvoir. Au sein du secteur privé on compte également des chefs d?entreprise de grande compétence. Toutefois, de nos jours, beaucoup d?entrepreneurs se contentent de rester dans des créneaux sûrs. S?ils hésitent à s?aventurer hors des sentiers battus, ce n?est certainement pas en raison d?un manque d?idées. Il semblerait qu?il existe un macroclimat qui les pousse à se montrer timorés dans leurs ambitions. Il faut donc créer une ambiance propice à encourager l?innovation et la prise de risques.

Si la réunion d?hier matin a permis de créer les conditions d?un partenariat créatif entre gouvernement et secteur privé, le pays aura fait un grand bond en avant.

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