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Le coeur de P-Louis s?enflamme

30 janvier 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un incendie d?une rare intensité a éclaté hier après-midi à l?étage de l?immeuble Ramjuttun à la rue La Corderie, Port-Louis. Tous les magasins et bureaux qui s?y trouvaient ont été détruits. Les pompiers n?ont pu empêche la propagation des flammes. Le Magasin Bleu de la rue Pasteur, qui est dos à dos avec l?immeuble Ramjuttun, a lui aussi brûlé.

16 h 45. Le feu éclate à l?étage du bâtiment Ramjuttun, l?un des plus vieux de la capitale. Vishal, employé du magasin demi-gros Toofany, aperçoit une fumée noire s?échappant du toit du local d?en face, occupé par Chund For Yuen. Du plastique y est, entre autres stocké.

Les pompiers sont alertés. Des badauds demandent à Lu Hoo Foo, propriétaire du Moylim Store, au rez-de-chaussée, de laisser ses comptes et de vider les lieux.

15 minutes après, les pompiers arrivent. Hélas, les marchandises hautement inflammables stockés à l?étage attisent le feu qui gagne le Magasin Bleu. Salim Habib, le directeur, et son épouse assistent impuissants à ce triste spectacle.

Alors que les soldats du feu braquent leurs lances à incendie, les premiers problèmes surgissent : le flux d?eau est erratique. Il s?arrêtera à plusieurs reprises. Les badauds ne cachent pas leur colère. «Avec dé lances troué ou pou teigne ène difé coume ça ? Pompiers pé fer rié. Nek ziste resté ki boire coca et guette film», ironise l?un d?eux. Les commerçants de la rue, au vu des escarbilles venant de l?immeuble Ramjuttun, craignent pour leurs commerces.

Matériel défectueux

Quand l?eau repart enfin, c?est au tour des lances à incendie de montrer des signes d?usure. Beaucoup sont trouées et la perdition d?eau est importante.

De précieuses minutes s?écoulent et les flammes repartent de plus belle. Vikash Ramjuttun est sous le choc. Il se trouvait au bureau à Triolet quand son père Chintamun l?a appelé d?urgence. «Nous avons perdu notre stock, notre vente du jour et tous nos documents essentiels. Millac Marketing, notre magasin d?alimentation, a été rénové l?an dernier au coût de Rs 2 millions. Sans compter les documents de six de nos autres compagnies.» Vikash Ramjuttun estime les pertes à une douzaine de millions.

Autant les Ramjuttun regardent, sans réaction, leur bien partir en fumée, autant Ujjival Desai, dont le bâtiment A.B. Desai jouxte l?immeuble Ramjuttun, ne tient pas en place. Le jeune commerçant donne des consignes à ses employés. Il monte à l?étage pour un constat, insensible à la fumée qui pique les yeux, aux escarbilles, et aux trombes d?eau qui s?abattent sur le toit.

Les pompiers de Coromandel, Quatre-Bornes, Piton et du Port, ont rejoint leurs collègues municipaux. Trop tard, le mal est fait. La toiture du commerce Chung For Yuen n?est plus qu?un amas de tôles tordues et calcinées.

Les flammes ont commencé à ravager le plancher de bois. Les commerces situés au rez-de-chaussée - Moylim Store, Royal Super Store, Millac Marketing et Rajwani and Company - sont touchés. Certes, l?immeuble des Ramjuttun est assuré mais «pou perdi nou pou perdi boucou», confie Vikash Ramjuttun. «L?année finne mal commencé».

Une épaisse fumée se glisse sous les stores chez Moylim Store et Rajwani and Co. Manoj Rajwani qui aidait les pompiers s?en rend compte. Son stock de saris, de churidars et de tissus se consume comme un fétu de paille. «Monne grandi là-dans, monne zoué la-dans. Zordi mo trouve sa magasin là brûlé. Mo pas capav guette ça».

De nombreux badauds prêtent main- forte aux pompiers, portant les lances à incendie, grimpant sur les immeubles d?en face. Ils avertissent les soldats du feu des escarbilles qui tombent sur les toits encore épargnés par le sinistre en hurlant : « dilo là-haut ».

Malgré les efforts déployés, impossible de circonscrire les flammes qui lèchent bientôt les trois lucarnes du grenier d?A.B. Desai. Elles s?effondrent bientôt comme un château de cartes.

Pompiers critiques

Les policiers ont beau tenter de disperser la foule, les badauds reviennent plus nombreux. Chacun y va de son commentaire sur l?inefficacité des pompiers. «Pé cause cybercité mais ène ti difé coume ça, zot incapable teigne li, c?est ène la honte », dit-l?un. L?autre, cynique, ren-chérit : «Nou conné li pou arrivé. Gouvernement pou dimann rapport lor bann pompier. Après dossier pou dormi dan tiroir?»

Comme pour lui donner raison, Prithiviraj Putten, ministre des Administrations régionales, présent sur les lieux, admettra la carence des services des pompes municipaux. «Mo pou dégage ène fast track lor là. Nou pou bisin modernise sa bann services là pou zot cadré are nou société moderne».

Il est bientôt 20 heures. Les immeubles Ramjuttun et Desai ne sont plus qu?un gigantesque brasero qui illumine le ciel obscur. Il faudra encore une heure de lutte acharnée pour vaincre les flammes. Sale vendredi?

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