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L?Irak omniprésent au Forum de Davos

23 janvier 2004, 20:00

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Tandis que la réunion annuelle des altermondialistes, le Forum social mondial, s?achevait, mercredi 21 janvier à Bombay, celle des décideurs s?ouvrait à Davos, en Suisse.

Le Forum économique mondial a choisi pour thème cette année Partenariat pour la prospérité et la sécurité. Dès la première journée, il est apparu que l?Irak, symbole des fragilités économiques, politiques et géopolitiques de la planète, figurerait en bonne place dans les débats. Pas moins de 38 sessions lui sont consacrées au cours des cinq jours que dure le Forum.

Bien que l?administrateur américain en Irak, Paul Bremer, se soit décommandé in extremis, soulignant d?autant plus l?urgence à Bagdad, plusieurs personnalités directement concernées se retrouvent à Davos : le vice-président américain, Dick Cheney, le secrétaire général de l?ONU, Kofi Annan, le président du Conseil de gouvernement irakien, Adnan Pachachi, ainsi que plusieurs ministres et le chef de la diplomatie britannique, Jack Straw.

Inaugurant la 34e édition de la rencontre, le président iranien Mohammed Khatami a plaidé pour «un véritable partenariat, un véritable dialogue», seuls garants de la sécurité. «Avec la force militaire on peut peut-être envahir un pays, mais la paix est éphémère» a-t-il déclaré. Puis, au cours d?une conférence de presse, il a réagi au discours sur l?état de l?Union dans lequel George Bush avait justifié sa politique étrangère, la veille à Washington : «L?administration américaine a envahi l?Afghanistan pour trouver Ben Laden, où est Ben Laden ? Les Américains ont occupé l?Irak sous le prétexte d?y installer la démocratie et de trouver des armes de destruction massive, où sont ces armes et où est la démocratie ?» s?est-il interrogé.

TROUVER LA BONNE FORMULE

Le matin, Jack Straw avait répondu par anticipation à ces questions. La coalition dirigée par les Etats-Unis souhaite doter l?Irak d?un gouvernement fédéral largement représentatif, a martelé le chef de la diplomatie britannique. «Notre tâche n?est pas de dicter l?avenir de l?Irak mais de soutenir le consensus au sein de l?opinion irakienne.» M. Straw a souhaité que le processus de transition en cours débouche sur «un gouvernement fédéral plus stable et reconnu internationalement». Interpellé sur l?absence des armes de destruction massive, M. Straw a botté en touche. «Pouvions-nous rester les bras croisés ? La décision de faire la guerre a été controversée mais si on n?avait rien fait, le monde aurait été beaucoup plus dangereux», s?est-il contenté de dire. Cet avis est partagé par l?ancien président américain, Bill Clinton : «On peut ne pas être d?accord avec la manière dont cette affaire a été menée mais le fait est que l?Irak ne présente plus de dangers pour ses voisins.»

L?Iran voit plutôt le danger dans la confrontation entre Paul Bremer et le principal dirigeant chiite. «L?ayatollah Ali Al-Sistani a demandé la démocratie directe, ce que les Américains refusent. Nous avons toujours dit, un homme un vote», a dit le président Khatami, en ajoutant toutefois être «opposé à toute domination ethnique».

L?Irak est également omniprésent dans les couloirs du bunker où se déroule le forum. Avant l?arrivée de Dick Cheney samedi, la droite américaine est déjà représentée par le politologue américain Richard Haas, président du think tank américain, Council for Foreign Relations. Le défi pour le gouvernement américain est de trouver une formule acceptable par les chiites mais aussi par les sunnites et les Kurdes «car il est évident qu?il faut que l?on parte», dit-il. Le républicain est l?un de seuls, à Davos, à afficher un certain optimisme. «La grande majorité du pays est stable et tout le monde parle de caucus et d?élections, ce sont de bons propos dans un pays où les gens n?ont jamais connu la démocratie.»

John Ruggie, professeur des affaires internationales à l?université de Harvard et conseiller de Kofi Annan, appartient plutôt au camp des pessimistes. «A l?évidence, l?administration Bush n?a pas changé. L?Irak est un test que la communauté internationale risque de rater, car l?attitude des Américains n?incitent personne à coopérer avec eux», explique-t-il.

«TRÈS INSTABLE»

Préoccupé aussi, l?Egyptien Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe qualifie la situation de «très instable et très dangereuse». Selon M. Moussa, l?avenir de l?Irak dépend de quatre éléments : un calendrier raisonnable pour le retrait des forces étrangères, la restauration de la souveraineté, un processus juste pour la reconstruction de l?Irak et un véritable rôle pour l?ONU, le tout acceptable pour le peuple irakien.

Kenneth Roth, directeur exécutif de l?association américaine de défense des droits de l?homme Human Rights Watch (HRW), insiste pour sa part sur le sort qui sera réservé à Saddam Hussein. «Il ne faut pas le faire juger par un tribunal composé uniquement d?Irakiens qui le condamneront à la peine de mort. Il vaut mieux laisser le dictateur derrière les barreaux que de l?exécuter et faire de lui un martyr. Mais l?idéologie américaine fait obstacle au pragmatisme.»

© Le Monde News Service

par Afsané BASSIR et Babette STERN

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