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A chacun son forum

20 janvier 2004, 20:00

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Les militants altermondialistes ont célébré durant ces cinq derniers jours à Mumbai leur opposition aux différentes forces de la globalisation. Le forum social mondial a accueilli au fil des ans, des organisations de droit de l?homme, des paysans, des militants de l?environnement, des groupes de pression anti-OGM. Le mouvement a gagné en visibilité. Alors qu?il ne cesse de faire de la place aux nouveaux adhérents, le forum doit de plus en plus composer avec les contradictions des différents courants représentés.

Même s?ils sont réunis le temps d?une manifestation, personne ne pourra imaginer que le fermier français qui se bat auprès de ses dirigeants pour le maintien des barrières protectionnistes à l?agriculture en Europe puisse avoir les mêmes intérêts que son homologue sénégalais dont la survie à terme dépend d?un accès nettement plus libre aux marchés du Nord. L?agriculture reste un enjeu qui divise les paysans des pays développés et ceux des pays pauvres ou en développement.

L?échec de Cancun en est une illustration vivante. Le manque de volonté des Européens et des Américains d?ouvrir leurs marchés agricoles aura été la principale cause du déraillement des pourparlers. Pour les économies rurales du Sud, c?est encore une fois du temps précieux qui s?en va à cause du conservatisme.

Le forum social ne peut pas ignorer les donnes mutantes de la diplomatie commerciale contemporaine. Après avoir longtemps combattu l?AGOA (?Africa Growth and Opportunity Act?), les producteurs de vêtements américains font aujourd?hui pacte avec leurs ?ex-ennemis? africains pour contrer la menace de l?envahisseur chinois. Les positionnements des uns et des autres reposent aujourd?hui davantage sur des intérêts conjoncturels que sur des préférences politiques, historiques ou même idéologiques. A moins de tenir compte de ces facteurs, le mouvement altermondialiste s?expose à un effritement de sa crédibilité et de son utilité à terme.

Pour l?instant, ce danger n?est pas à craindre puisque les militants, tous bords confondus, ont trouvé leur démon : l?Amérique de George W. Bush. La dénonciation tous azimuts de la politique américaine, le dénominateur commun du mouvement, continuera à donner une illusion de cohérence à cette plate-forme.

Certains leaders perçoivent déjà cette dérive mais ont essayé maladroitement de rectifier le tir. Il est à craindre que des manifestations ne touchent que le symbolisme et le rituel et que les militants mettent de côté des enjeux vitaux, mais qui ne soient pas politiquement corrects.

Il est grand temps que le débat se clarifie pour éviter que le forum social mondial ne devienne un espace fourre-tout. La dynamique de la mondialisation, telle que nous la vivons actuellement dans les pays en voie de développement, génère trop de tensions pour que nous puissions profiter pleinement de ses bienfaits. Le forum a donc un rôle important dans la stimulation des modèles et des courants alternatifs à une globalisation dictée par les grandes puissances uniquement. S?il le fait déjà, encore faut-il qu?il se garde d?alourdir son discours avec des slogans qui peuvent entraver sa mission première.

Le forum social a gagné son pari de démonstration de force dans les rues. Il lui reste à faire ses preuves chez le citoyen ordinaire qui se retrouve davantage dans la société consommatrice ou encore qui a déjà choisi le camp des produits OGM. D?autre part, il faut qu?il devienne un interlocuteur privilégié, et non une opposition parallèle, des gouvernements qui ont souvent des choix difficiles à faire.

Ce n?est pas en déclarant la guerre aux multinationales au nom de la protection des droits des travailleurs ou de l?environnement qu?on arrivera à un projet de globalisation plus acceptable à tous. A chacun son forum?

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