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Les alliages de l?argent : une affaire de monnaie
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Les alliages de l?argent : une affaire de monnaie
L?argent n?est plus ce qu?il était confiait un économe à un économiste. Et il avait raison. Non seulement il y a eu l?inflation, mais les pièces de monnaie elles-mêmes ont perdu leur valeur d?antan. Par exemple la roupie de nos jeunes années était d?argent et l?épicier la faisait sonner sur le comptoir. D?autres gens en faisaient des pendentifs. Mais aujourd?hui chez nous comme ailleurs, sauf au Mexique, le métal noble n?est plus utilisé pour la menue monnaie. Comme pour la moins menue d?ailleurs. A la place on trouve divers alliages par exemple de cuivre et de nickel. Pour voyager un peu citons les nouvelles pièces d?un ou de deux euros qui sont chacune de deux tons. Ces teintes proviennent de mélanges différents l?un étant cuivre et nickel, l?autre laiton et nickel.
Ces nouvelles pièces bicolores ont fait couler de l?encre bien noire pour des plaintes d?allergies dues au nickel. De bonnes âmes voulant tout expliquer ont suggéré que la sueur des mains agissant sur la combinaison de métaux accentuait l?allergie. Des sceptiques préfèrent penser que toutes les nouveautés apportent leur contingent de lamentations ne reposant sur aucun fait. En tout cas les machines à sous ne souffrent pas d?allergie en les absorbant, bien qu?utilisant un courant électrique pour mesurer leur résistance et s?assurer de leur bon aloi.
Quand on parle d?argent on évoque son blanchiment bien que le métal lui-même soit blanc. Blanchir est une opération qui occupe quand il s?agit de linge ou d?une réputation. Mais elle préoccupe quand on blanchit des gains mal acquis. Ou même parfois des métaux. Le cuivre par exemple, excellent pour des casseroles, n?est pas bien vu comme métal pour des couverts : sa place est à la cuisine dit la dame BCBG, pas à table. Mais, comme l?a si bien dit Shakespeare, grandeur et importance peuvent s?acquérir. Le cuivre, blanchi et méconnaissable devient maillechort, du nom des inventeurs Maillot et Chorier, par addition de zinc et de nickel. Son blanc inaltérable le rend alors digne de grimper de la cuisine à la table. Il trompe les moins avertis et quelque snobinard, souvent sot, peut déguster foie gras et caviar à l?aide d?un couvert en maillechort qu?il croit être d?argent !
Pour le plaisir des yeux
Les unions du cuivre ne s?arrêtent pas aux seuls métaux. Quand le métal abandonne sa classe pour s?allier à des non-métaux, il peuple nos alentours de couleurs. Ses oxydes par exemple se mêlent au verre pour le rubis des vitraux. Au lieu de verre on pense à vert pour la malachite, carbonate naturel de cuivre qui se transforme en colliers ou boucles d?oreilles.
Le plus beau des sels de cuivre est le vitriol bleu. Une solution de ce sulfate de cuivre remplissait jadis de volumineux flacons aux courbes fluides qui trônaient dans des pharmacies. Ils leur donnaient un cachet d?authenticité aux jours où l?apothicaire concoctait dans son officine des mixtures décrites dans des ordonnances illisibles.
Cette liqueur permet de faire des copies de médailles intéressantes disent les bonnes recettes. L?intéressé prend une empreinte de l?objet à copier dans de la cire, la recouvre de poudre de graphite et l?immerge dans un bain bleu. Un courant électrique passé dans l?ensemble donne une copie en cuivre de l?objet sur le graphite.
Ce sulfate doit en partie sa couleur bleue à l?eau. Quand un excès de chaleur ôte le liquide du cristal il devient blanc et permet au potache de jouer à Sherlock Holmes. Notre jeunot ajoute une goutte de liquide incolore et inconnu à un cristal blanchi. S?il s?agit d?eau elle se remarie au sulfate qui retrouve son bleu souriant.
Les dehors agréables de ce grand bleu ne l?empêchent pas d?être poison mortel pour microbes : mélangé à une colle d?amidon il lui conserve longtemps l?action adhésive que des créatures microscopiques auraient détruite. Avec un allié, l?eau de chaux, le vitriol bleu s?étoffe en bouillie bordelaise. Elle est une vieille recette toujours efficace contre divers champignons attaquant des végétaux.
Un rôle plus astucieux échut apparemment un jour à ce sulfate. Il aurait permis à un chimiste anglais d?honorer un pari. Ce scientifique avait déclaré qu?il mangerait sa chemise (expression favorite d?Anglais sûrs d?eux-mêmes) s?il perdait. Hélas le sort l?abandonna ! Sommé de s?exécuter notre savant entraîna l?adversaire dans son laboratoire. Là vitriol bleu et ammoniaque se liguèrent en liqueur d?un bleu encore plus intense, capable de dissoudre le coton dont la chemise était heureusement faite. Un peu d?acide fit apparaître dans la solution une pâte de coton qui, bien lavée et salée, devint comestible. Le perdant goguenard, heureux puisque sans chemise, put déguster sa cuisine chimique et sauver la face.
La même liqueur rend imperméables toiles et cordes de coton. Selon de vieux textes il semblerait qu?un procédé analogue ait été connu des Egyptiens. Mais il ne les rendait pas imperméables aux superstitions.
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