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L?enjeu de l?écriture automatique

11 janvier 2004, 20:00

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Lors de la présentation de son ?uvre, ?Le long désir?, au Centre Culturel Charles Baudelaire, Ananda Devi avait, entre autres, parlé de sa technique d?écriture. Voici une des idées exprimées, retranscrite ici aussi fidèlement que possible et qui résume son goût pour une écriture qui se rapproche de celle de l?automatisme en prose poétique : ?Ecrire, c?est jouer avec les mots. Car chaque mot attire un autre. J?écris sans réfléchir sur la phrase à faire. Quand le processus de l?écriture devient un flot sur lequel je n?ai pas réfléchi, c?est plus réussi. C?est presque de l?écriture automatique.?

Si l?écriture d?Ananda Devi est une réussite, c?est sans doute dû à son talent et à sa longue expérience d?écrivain plutôt qu?à cette technique d?écriture qui se rapproche de celle dite automatique. Parce que la pratique même de l?écriture automatique comme l?ont montré les poètes surréalistes, qui l?ont énormément pratiquée, est une entreprise qui a signé son échec il y a bien longtemps. Aujourd?hui, l?écrivain, ou le jeune poète, qui s?adonne à la pratique d?une ?écriture sans réfléchir? peut très bien dévoiler une attitude poétique de sa part qui s?oppose à celle dite raisonnante parce qu?il sera certainement amené à se servir des mots selon leur sonorité et images plutôt que selon leurs vraies valeurs, c?est-à-dire leurs sens.

Chez beaucoup de poètes qui avaient pratiqué cette méthode d?écriture (la plupart ayant été des surréalistes), cela avait donné lieu à la formation d?expressions qui s?étaient révélées être des associations étranges de mots. La construction de ces expressions avait obéi à un effet de sonorité et à un aspect visuel des mots plutôt qu?à leurs sens. Chaque mot posé à côté d?un autre avait gagné en valeur poétique mais en perdant un peu de sa signification initiale. Chacun était devenu une coque qui, en se refermant sur elle-même, renfermait jalousement ses sens multiples. Le lecteur était alors libre de choisir, d?inventer ou de réinventer le sens de chaque mot selon sa culture. Là où le mot n?avait pas complètement perdu sa signification première, c?était uniquement parce qu?il était resté ouvert à tous les sens possibles. Et dans ce cas précis, il ne restait au lecteur qu?une seule possibilité : celle de voir l?expression, le vers ou la phrase même comme une? image.

Mais comme l?écriture automatique (ou presque automatique) est une création verbale fondamentalement inconsciente, l?image qui était donnée à voir était inférieure au seuil de la conscience (elle était subliminale). La communication se faisait donc d?un inconscient à l?autre. Au niveau de la conscience, le message (puisqu?il y en a toujours un) demeurait quelque peu incommunicable. Et nous savons aujourd?hui quelles furent les réactions des poètes de la Résistance, par exemple, devant l?incommunicabilité de leur message poétique pendant la période de la Résistance.

De ce fait et comme l?écrit Ananda Devi, si ?on ne sait pas d?où viennent les mots? (?Le long désir?), il faut cependant savoir que ces mêmes mots ont le pouvoir de projeter leurs utilisateurs (l?écrivain et son destinataire) on ne sait trop où, ou alors comme le disait si bien Jean-Paul Sartre, ?hors du langage?. Il n?est pas exclu, alors, que les écrivains modernes qui choisissent d?emprunter la technique de l?écriture qui consiste à ne pas réfléchir sur la phrase à faire et qui se rapproche de celle dite automatique, obtiennent le même résultat, et cela tout en entraînant leurs lecteurs dans une impasse? poétique.

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