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La bourse ou la CAN ?
La guéguerre entre les clubs et les sélections n?est pas nouvelle. Elle touche tout le monde, y compris les grands clubs et les grands pays. Pour ne parler que de la France, chacun a encore en mémoire le coup de gueule d?Arsène Wenger, coach d?Arsenal, lors de l?escapade des Bleus en Australie, en pleine saison 2001-2002.
Mais jusqu?ici, ces différends concernaient essentiellement le football européen, voire sud-américain, lors des regroupements des sélections brésiliennes et argentines.
La Coupe d?Afrique des Nations, dont la CAN a la particularité d?être systématiquement programmée en plein milieu des grands championnats, avait certes suscité quelques grognements ci et là, mais pour l?édition 2004, un cap a été franchi.
Pour une raison très simple : les joueurs africains ont pris aujourd?hui une place qu?ils n?avaient jamais occupée. D?où la mauvaise humeur croissante des clubs européens, qui s?accompagne d?une tension, palpable entre certains sélectionnables et leurs patrons.
Rester pour garder sa place
En vertu des règlements de la FIFA, les clubs sont tenus de libérer leurs internationaux 14 jours avant la compétition. Des clubs qui, pour certains, vont être privés de leurs joueurs jusqu?à cinq matches.
Une situation qui n?est pas tenable pour certains dirigeants, prêts à faire pression pour retenir leurs stars. « C?est une situation que je connais bien, confie le sélectionneur du Mali Henri Stambouli. Je l?ai vécue des deux côtés, comme entraîneur de club et comme sélectionneur. »
Les moyens de pression ne manquent pas. Le plus efficace? La question financière évidemment, toujours précieuse, surtout pour des joueurs qui arrivent en fin de contrat.
L?agent des joueurs Pape Diouf résume bien le dilemme que peut vivre un international africain : « Pour un joueur qui n?a jamais été appelé, un jeune qui commence à montrer le bout du nez dans son équipe, lui conseiller de partir en équipe nationale n?est pas lui rendre professionnellement un bon service, puisque à son retour un autre jeune aura pris sa place. »
Le dernier mot au joueur
Face à ces tentations, Joseph Blatter, le président de la Fédération internationale, s?est d?ailleurs senti obligé de monter au créneau pour rappeler certains à l?ordre. « Les entraîneurs de clubs seraient bien avisés de non seulement respecter les règlements de la FIFA, mais aussi d?arrêter d?essayer d?aller contre les droits légitimes des joueurs », explique-t-il.
Reste que la FIFA n?a jamais eu, ou pu sanctionner directement un club. Mais il convient d?éviter le manichéisme dans cette affaire, où les clubs se retrouvent parfois dindons de la farce.
Ces dernières semaines, une nouvelle source de tension est ainsi apparue, avec la modification des règlements internationaux, qui permet à un joueur possédant une double nationalité d?être sélectionnable pour les deux pays même s?ils ont joué en espoirs pour l?autre nation auparavant.
Ainsi, le Brésilo-Tunisien Santos de Sochaux, le Franco-Sénégalais Lamine Sakho ou le néo-Malien Frédéric Kanoute viennent-ils de compliquer un peu plus la tâche de leurs employeurs, qui arguent, à juste titre, qu?ils n?avaient pas recruté un potentiel international d?un pays africain.
Quoi qu?il en soit, et chacun en convient, le dernier mot doit revenir au joueur. « La clé de voûte, c?est le joueur. Soit il a envie d?y aller, soit il ne veut pas », affirme Stambouli. Certains, comme Selim Benachour ou Lamine Sakho, très peu utilisés dans leurs clubs, seront à la CAN, sans que leurs employeurs trouvent à y redire.
D?autres, comme le Nigérian de Manchester Quinton Fortune, ont préféré assurer leur avenir en club. Ils n?ont ni raison ni tort. Simplement, entre la bourse et la CAN, ils ont choisi. Ceux qui, comme Santos ou Kanoute, ont opté pour leur nouveau pays, devront-ils le payer d?une manière ou d?une autre ?
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