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La musique réconciliera les Comores

10 janvier 2004, 20:00

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Coups d?État, tentatives de putsch, milices populaires. Sur l?archipel des Comores, l?instabilité règne depuis 1975. Pourtant la communauté internationale, surtout Maurice, est confiante du succès de l?énième tentative de sortie de crise : des législatives en avril, nouveau partage de pouvoir et reprise de l?aide étrangère.

Mais Wanamah, le célèbre chanteur comorien qui a projeté la musique et la langue de son pays sur la scène internationale, n?y croit pas trop, même si c?est son souhait le plus cher : « J?ai tellement envie d?y croire, mais c?est difficile : les politiciens ont tant déçu le peuple des Comores. »

En comorien, « wanamah » signifie fraternité. Et, dans la vie, Moustoifa Idaroussi incarne cet élan d?amitié, que ce soit dans sa musique et dans son discours. De retour à Maurice après un passage très remarqué lors du récent Festival tournant de l?océan Indien, le reggaeman est venu « redécouvrir ce merveilleux pays et ces Mauriciens, exemples de fraternité, que je n?ai pas eu le temps de bien connaître l?année dernière ».

<B>« Je déteste la division »</B>

Après son escale mauricienne, Wanamah ira s?installer à nouveau sur son archipel natal, après deux décennies de pérégrination en Afrique de l?Ouest, principalement au Mali de Salif Keita. « Mon pays est au bord du gouffre et je dois rentrer. Je tenterai d?apporter ma modeste contribution avec ma musique et mon message de paix. »

Même s?il a vécu loin de l?archipel pendant de longues années ? il a quitté Moroni en 1984 ?, l?artiste a toujours suivi avec douleur l?actualité de son pays, grâce aux infos et aux lettres de ses proches. L?an dernier, il est retourné aux Comores pour une tournée nationale : « J?ai été aux quatre coins de l?archipel et partout, c?était la même détresse, la même désillusion. C?est une tragédie. À chaque concert que je faisais, il y avait comme un sursis, un moment de répit, deux heures de bonheur et d?espoir. Ce sont mes frères comoriens qui m?ont demandé de revenir vivre aux Comores, à leurs côtés, dans leur malheur? »

L?artiste ne nourrit aucune ambition politique, même s?il jouit d?une grande popularité aux Comores ? et sur le continent africain. « Ce n?est pas mon truc. Moi, c?est la musique, celle qui rassemble. Je déteste la division, le séparatisme. Tout cela, c?est le sport des politiciens, pas le mien. »

D?un naturel positif, le ton doucereux, son regard devient tout à coup perçant, s?illumine « non pas de colère, mais de tristesse ». On lui a demandé son avis sur les politiciens de son pays. Et sa réponse est nostalgique : « Auparavant on parlait de l?archipel des îles Comores, aujourd?hui on parle des îles séparément. Aujourd?hui, il y a quatre présidents pour un pays, est-ce normal ? Les politiciens ont inventé l?Union des Comores, alors que nous sommes tous du même pays, du même archipel, alors pourquoi le terme Union? Ah! Que c?était beau l?ancien drapeau avec ses quatre étoiles, symbolisant les quatre îles avant que nous soyons démembrés? »

<B>Une idole de Wanamah</B>

Wanamah chantera la paix sur toutes les îles des Comores, car « la musique est plus forte que les discours divisionnistes ». En attendant son périple, il est venu se ressourcer à Maurice, à la rencontre d?artistes, de ceux qui, comme lui, rêvent d?un monde où l?harmonie prédominera. Et c?est ainsi qu?il est tombé, entre autres, sur Jahmi, un jeune artiste de Cassis, féru de reggae et idole de Wanamah.

Ensemble, ils ont plaqué des paroles ? en créole et en comorien ? sur des notes de guitare de Wanamah. Ainsi est né Sabou Salama (paix et sérénité).

« C?est un grand honneur pour moi de jouer avec un tel artiste. Et je peux dire que ce sera une influence majeure sur ma carrière qui débute : mon premier album sortira en août », confie Jahmi, de son vrai nom Jean-Noël Gobeegadoo.

Pour Wanamah, les artistes de l?océan Indien doivent travailler de concert en permanence, former une scène régionale, faire que le Festival tournant de l?océan Indien ne soit pas qu?un simple slogan.

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