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Les mensonges de Bush

9 janvier 2004, 20:00

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L?administration Bush a eu tout faux sur le dossier irakien : voilà en l?occurrence les conclusions du rapport intitulé Armes de destruction massive (AMD) en Irak : preuves et enjeux présenté jeudi par un influent centre d?études internationales de Washington, la fondation Carnegie pour la paix internationale.

«Les responsables de l?administration ont systématiquement déformé la menace que représentaient les armes de destruction massive et les programmes de missiles balistiques», soulignent les auteurs du rapport. «Il n?existe aucune preuve pour soutenir l?affirmation selon laquelle l?Irak aurait pu fournir des AMD à al-Qaïda». L?accusation n?est pas neuve mais prend une tout autre épaisseur avec un rapport rédigé par un prestigieux institut. L?étude, d?une centaine de pages, qui a demandé six mois de travail, passe ainsi au crible les informations présentées avant la guerre contre l?Irak et les déclarations faites à l?époque par les responsables de l?administration George W. Bush.

Il nous a menés en bateau

Comme on le soupçonnait de longue date, les dirigeants américains ont fréquemment tordu le cou à la vérité, écartant «régulièrement dans leurs déclarations publiques les mises en garde, les probabilités et les expressions d?incertitude contenues dans les évaluations du renseignement». Bref, tout faisait farine au moulin pour taper sur le même clou : la menace irakienne était réelle et devait être mise hors d?état de nuire sans souffrir aucun retard.

Certes, l?institut Carnegie reconnaît que Saddam Hussein n?était pas un ange. Mais la guerre avec l?Irak n?était pas inéluctable : d?autres pistes auraient pu être explorées avant de passer à la manière forte. «Les programmes d?armes de destruction massive de l?Irak représentaient une menace à long terme qui ne pouvait être ignorée. Ils ne posaient toutefois pas une menace immédiate pour les Etats-Unis, la région ou la sécurité mondiale», ajoute le rapport, balayant l?argument selon lequel un renversement du régime de Saddam Hussein ne pouvait attendre.

Avant 2002, les services de renseignement américains semblaient surestimer les arsenaux chimique et biologique de Bagdad, mais évaluaient correctement les programmes balistiques et nucléaires. Après 2002 et jusqu?à la guerre, déclenchée en mars 2003, il semble, selon l?institut Carnegie, qu?un climat d?intenses pressions politiques se soit installé. Ainsi, le document intitulé National Intelligence Estimate aurait été élaboré à la hâte par les services de renseignement pour justifier le recours à la force.

Le rapport de l?institut Carnegie a l?immense mérite de donner une caution scientifique à ce que beaucoup supputaient depuis longtemps : l?administration Bush a totalement mené l?opinion publique mondiale en bateau afin de justifier, parfois à coups de gros mensonges, une guerre qui pouvait finalement être évitée.

Neuf mois après la chute du régime de Bagdad et près d?un mois après l?arrestation de Saddam Hussein, pas le moindre soupçon de preuve d?un arsenal de destruction massive n?a été découvert en Irak. Et ce n?est pas faute d?avoir essayé. De même, l?accusation de liens entre le régime irakien et le réseau terroriste al-Qaïda n?a à ce jour pas été démontrée.

Or, faut-il le rappeler, Washington et Londres voulaient brûler les étapes dans la crise irakienne en raison du danger que laissait planer le régime irakien sur la sécurité internationale.

Saddam Hussein, finalement, était un tigre de papier. Les inspections de l?Onu auraient permis de constater que l?arsenal de destruction massive dénoncé par l?axe Washington-Londres n?était que du vent. Encore aurait-il fallu que la mission de l?Onu ait le temps de mener ces inspections à bien. Mais la logique de guerre en a décidé autrement, le principe même des inspections étant saboté. Tout cela n?est pas à l?honneur d?un homme qui est quand même à la tête de la première démocratie du monde et grand donneur de leçons devant l?éternel.

Blair y croit

Tony Blair est encore le dernier à y croire, ou à feindre d?y croire, réaffirmant pas plus tard que dimanche qu?il ne pensait pas que «les renseignements obtenus étaient faux».

Le Premier ministre britannique, en tout cas, n?a pas peur à continuer à braver l?évidence... de l?absence d?armes de destruction massive. Se fondant sur des informations transmises par l?Iraq Survey Group (ISG), chargé de pister les armes de destruction massive, Tony Blair avait affirmé dans la foulée de l?arrestation de Saddam Hussein que ISG avait mis la main sur des «preuves massives» de la présence en Irak de «laboratoires clandestins» capables de fabriquer des armes de destruction massive.

Mais voilà, Tony Blair a pris ses désirs pour la réalité. L?administration Bush a rapidement rectifié le tir, déclarant qu?il n?y avait rien de neuf dans le dossier. L?administrateur américain en Irak, Paul Bremer, a lui aussi réfuté l?existence de tels laboratoires quelques jours plus tard.

Tony Blair n?est pas à son coup d?essai. Dans un dossier publié en septembre 2002, le gouvernement britannique avait affirmé que l?Irak était en mesure de lancer des armes biologiques et chimiques dans un délai de 45 minutes. Affirmation relayée à l?époque par Tony Blair devant la Chambre des Communes et qualifiée, il y a peu, d? «erreur fondamentale» par l?ancien chef des inspecteurs en désarmement des Nations unies en Irak, Hans Blix.

Reste que Tony Blair a assuré qu?il démissionnerait s?il était prouvé qu?il avait menti...

<B>Bush retire 400 inspecteurs</B>

Sans fanfare, l'administration Bush a décidé de retirer d'Irak une équipe de 400 inspecteurs qui participaient à la recherche du prétendu arsenal d'armes de destruction massive de Saddam Hussein. Composé jusque-là de 1 400 personnes, l'Iraq Survey Group, dirigé par David Kay, a passé au peigne fin l'Irak durant plus de sept mois sans trouver aucun stock d'armements chimiques ou biologiques. C'est l'existence supposée de ces stocks qui avait été invoquée par George W. Bush pour entrer en guerre. Mais les enquêteurs sont bredouilles. Leurs recherches ont déjà coûté des millions de dollars.

D?autre part, le ministre japonais de la Défense, Shigeru Ishiba, a ordonné hier le déploiement d'une avant-garde militaire en Irak, donnant ainsi le coup d'envoi de la plus importante mission des forces japonaises à l'étranger depuis la Seconde guerre mondiale. Cette équipe, qui devrait selon les médias nippons être composée d'une trentaine de membres des Forces terrestres d'autodéfense, doit prendre aux alentours du 16 janvier la route de Samaoua, dans le sud de l'Irak, en passant par le Koweït. Aucune date n'a cependant été officiellement annoncée.

<B>Vaste opération américaine à Tikrit, un hôtel visé à Bagdad</B>

Deux tirs de roquettes antichar ont touché hier matin un hôtel de Bagdad abritant des étrangers, sans faire de blessés, tandis que l'armée américaine a lancé une vaste opération à Tikrit, au lendemain de la mort de neuf de ses soldats dans la chute de leur hélicoptère à Falloujah.

Deux tirs de roquettes antichar RPG ont touché sans faire de victimes l'hôtel Borj al-Hayat, dans le centre de Bagdad, vers 06h00 (03 h 00 GMT), qui abrite des employés d'entreprises étrangères sous contrat avec la coalition, ont indiqué des membres de compagnies de sécurité travaillant pour ces sociétés.

Deux fortes explosions ont été entendues dans tout le voisinage, séparées par des rafales d'armes automatiques. «Le premier et le quatrième étage ont été touchés mais personne n'a été blessé», a précisé l'un des gardes sous le couvert de l'anonymat.

Plusieurs hommes ont sauté d'une voiture et tiré sur la façade de l'hôtel, avant de repartir en trombe, a indiqué un autre garde.

Un garde irakien d'un hôtel voisin, Adnane Ahmad, 23 ans, a confirmé avoir entendu deux tirs de RPG. Un témoin a affirmé que les occupants du véhicule étaient masqués.

Des gardes ont indiqué que l'hôtel avait déjà été attaqué en décembre. L'établissement est mitoyen d'un hôtel où se trouvent des bureaux du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), et où séjourne fréquemment le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari, d'origine kurde. Les deux bâtiments sont protégés par des murs de béton.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des centaines de soldats américains ont mené une vaste opération de ratissage dans la ville de Tikrit (nord), fief du président déchu Saddam Hussein, fouillant une vingtaine de maisons et arrêtant une dizaine de combattants irakiens présumés, a-t-on appris de source militaire américaine.

Treize suspects ont été emmenés pour être interrogés, a déclaré le lieutenant-colonel Steve Russell, commandant du 1er bataillon du 22e régiment de la 4e division d'infanterie, en charge de la ville de Tikrit.

L'opération de la nuit, à laquelle ont pris part quelque 300 soldats, était destinée à «bien nettoyer» Tikrit, a expliqué l'officier. Selon lui, les perquisitions ont permis de découvrir de fausses cartes de police, de l'équipement informatique pour les fabriquer, ainsi que quelques armes et du matériel pour élaborer des bombes.

Jeudi, l'armée américaine a subi de lourdes pertes avec la chute, vraisemblablement due à des tirs du sol, d'un hélicoptère de combat Blackhawk qui a fait neuf morts près de la ville rebelle de Falloujah, à 60 km à l'ouest de Bagdad. «Aujourd'hui (jeudi) vers 14h20 (11h20 GMT), un hélicoptère militaire UH-60 Blackhawk avec neuf personnes à bord s'est écrasé. Il n'y a pas de survivants», avait annoncé le général américain Mark Kimmitt. «Nous partons de la présomption que c'étaient tous des soldats américains», avait-il indiqué, soulignant qu'une enquête avait été ouverte pour déterminer les causes de la chute.

Des tirs venant du sol pourraient être la cause de la chute de l'hélicoptère, a indiqué un responsable du Pentagone, selon qui le pilote d'un deuxième hélicoptère présent dans la zone a aperçu un tir en provenance du sol.

Mais selon un autre responsable, l'équipage du deuxième hélicoptère a indiqué ne pas avoir aperçu de tirs. «Bien sûr, il y a des doutes, étant donné la zone où ça s'est produit», a-t-il ajouté.

Sur les sept hélicoptères perdus à la suite de tirs hostiles depuis mai, quatre ont été abattus dans la région de Falloujah.

Jeudi, une soixantaine de détenus irakiens aux mains de la coalition bénéficiant d'un programme de libération sous conditions sont sortis de la prison d'Abou Gharib, à l'ouest de Bagdad.

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