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«Des attentes trop grandes pour satisfaire tout le monde»
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«Des attentes trop grandes pour satisfaire tout le monde»
La rentrée est un moment stressant pour l?administration de l?éducation nationale. Comment vous en sortez- vous ?
La rentrée est LE moment le plus difficile pour tous les ministres de l?Education du monde. Nous nous adressons à une si vaste clientèle (200 000 étudiants, 400 000 parents !) Et les attentes sont si grandes. Difficile de satisfaire tout le monde. Nous avons échelonné la rentrée sur plusieurs jours pour faciliter l?organisation. L?admission en première s?est faite jeudi et hier, le reste des écoliers sont retournés en classe. Lundi, les inscrits en Form I iront au collège. Ils seront suivis des autres collégiens mardi.
En revanche, la rentrée de ceux qui vont entamer le «Higher School Certificate» a été décalée. Pourquoi ?
Ces étudiants attendent les résultats du School Certificate. Il vaut mieux les admettre après les résultats le 23 janvier. Ainsi, ils n?auront à souffrir d?aucune perturbation quand ils reprennent le 30 janvier.
Combien de nouvelles recrues dans les collèges cette année ?
Environ 17 000. Cette année, nous sommes plus confortables dans l?exercice d?admission vu que la plupart des nouveaux collèges sont prêts.
L?admission dans les collèges se fait sur une base régionale pour la deuxième année. Direz-vous que la formule est aujourd?hui mieux acceptée ?
La formule est plus rodée et les parents y sont habitués. Ils sont donc moins inquiets. La régionalisation a ses avantages. Par exemple, le postulant pour une place dans un collège d?Etat a une offre ferme bien avant la rentrée.
Dans ce cas, comment interpréter l?ingéniosité déployée par nombre de parents pour mater la régionalisation ?
On ne peut empêcher les parents de tenter leur chance et demander un transfert. Une minorité (8 %) le fait. En moyenne, nous arrivons à satisfaire une sur deux demandes. Notre priorité reste les enfants malades, handicapés et nécessiteux.
Il y a aussi ceux qui jouent aux plus malins?
Nous l?avons constaté ! Vous serez étonné de savoir combien d?enfants « vivent » chez leurs grands-parents. Mais les tricheurs sont avertis : les fausses déclarations d?adresse ne seront plus tolérées. Ceux qui en sont coupables seront poursuivis au criminel et leurs enfants ne seront pas admis dans une école d?Etat. Nous avons déjà émis un avertissement dans le formulaire d?admission cette année. Une fois l?exercice terminé, nous enquêterons.
Le syndicaliste Suttyhudeo Tengur soutient que la régionalisation est anticonstitutionnelle. Qu?en dit l?avocat et ministre que vous êtes ?
Je n?ai aucun doute sur la constitutionnalité et la légitimité tant morale que pédagogique de la régionalisation. Cela dit, j?ai un profond respect pour le droit de tout citoyen d?aller en justice.
La délimitation des zones scolaires continue à poser problème?
Au départ, nos détracteurs nous ont accusés de ghettoïsation. Nous condamnons les enfants des régions rurales à rester dans leurs villages, a-t-on dit. Nous avons tenu compte de cette critique et avons élargi les zones pour les adapter à la réalité psychologique des parents. Les zones scolaires ont été élargies pour inclure villes et villages là où c?est possible. Mais cela pose d?autres problèmes pratiques. La solution est de construire des collèges à proximité des régions peuplées.
La rentrée scolaire est non sans rappeler le revers de la médaille : 40 % d?échecs à la fin du primaire. Comment un responsable de l?Education vit-il cet échec ?
Très mal. Ce taux d?échec est inacceptable, immoral. Il illustre l?échec d?un système barbare qui demande à être changé. Je m?y applique depuis trois ans.
N?est-il pas temps qu?on commence à en voir les premiers bienfaits ?
Les premiers résultats sont là! Nous atteignons notre objectif qui est d?améliorer l?accès. Le nombre de collèges a doublé en trois ans aussi bien que le nombre de recrues en Form 1. D?où viennent ces enfants, d?autant que les collèges privés continuent à opérer ? Clairement, ils étaient ou s?étaient exclus du système. Les recalés sont réintégrés grâce à l?éducation pré-professionnelle. Nous légiférons cette année pour rendre l?éducation obligatoire jusqu?à 16 ans. Ces initiatives font de Maurice le pays d?Afrique avec le plus fort taux de scolarisation : 99 % au préscolaire, 100 % au primaire et 85 % au secondaire.
L?éducation n?est pas uniquement une question d?accès.
C?est vrai. La finalité, ce sont les résultats. Mais les améliorations de la qualité prennent plus de temps pour être perceptibles. Elle dépend de l?environnement, de la pédagogie et du programme d?études. Cette année, nous rénovons les écoles primaires. Jusqu?ici, les collèges ont monopolisé l?attention car il y avait urgence.
Nous continuons à travailler sur la pertinence du programme d?études. Mais déjà, au primaire, nous avons introduit un curriculum plus adapté, avec de nouvelles matières comme les arts, l?éducation civique et l?informatique.
S?agissant de la pédagogie, nous misons beaucoup sur la formation. Nous avons rehaussé les qualifications nécessaires pour devenir instituteurs. De plus, j?ai initié une profonde remise en question des institutions de support à l?éducation.
Pourquoi alors a-t-on l?impression que rien ne change ?
Le progrès est lent. Nous devons à chaque pas vaincre la résistance des parents et des instituteurs. Le mois dernier, nous avons voulu faire une évaluation informelle de l?accueil réservé aux nouvelles matières. Nous avons découvert que les parents et donc les enfants, ne s?y intéressent pas, vu que ces matières n?étaient pas sanctionnées par des examens. Les instituteurs résistent également et ce ne sont pas les excuses qui manquent.
Soumettez donc ces nouvelles matières aux examens si c?est ce qu?il faut pour qu?elles soient prises au sérieux.
Quand nous voulons le faire, les instituteurs se plaignent d?être surchargés. Nous avons pensé en finir avec la tyrannie de l?examen en adoptant plutôt la formule du contrôle continu.
L?informatique à l?école n?a jamais pu démarrer. Le projet est abandonné ?
Il se concrétisera dans deux ans. Nous avons reformulé le projet. Nous nous sommes inspirés du Mass Computer Proficiency Programme initié par le National Computer Board avec l?aide du privé. Les écoles utiliseraient les facilités des collèges proches, en attendant leur propre laboratoire informatique? Le gouvernement étudie les implications de ce changement de cap. Nous devrions être fixés d?ici la fin du mois.
C?est quand même extraordinaire que l?Education se cherche encore par rapport à ce projet alors que sur le marché du travail, la pression pour une main- d?oeuvre «IT literate» se fait sentir?
Il n?y a aucun lien direct entre les demandes du marché et le projet d?informatique au primaire. Nous ne sommes pas tenus d?offrir l?informatique au primaire. Même l?Inde ne le fait pas. Nous visons simplement à encourager une culture informatique dès le jeune âge.
C?est tout de même à l?école de produire une main-d??uvre plus employable, non ?
L?école obligatoire jusqu?à 16 ans rehaussera automatiquement la qualité de la main- d??uvre, même au plus bas de l?échelle. D?ici deux ans, l?informatique sera obligatoire jusqu?au School Certificate. Il en ira de même pour une certaine dose de science. Il y a déjà un regain d?intérêt remarquable pour les mathématiques et les sciences au niveau tertiaire. Voilà qui devrait rassurer les employeurs. Les investisseurs cherchent plutôt une main-d??uvre avec une bonne base pour être formée aux traditions de la maison. J?ajoute que l?emploi n?est qu?un des objectifs de l?éducation. Notre responsabilité est de former les citoyens de demain, capables de cohabiter en harmonie et de se prendre en charge.
Les problèmes du système éducatif auraient-ils été les mêmes si les enseignants étaient davantage mus par la vocation d?enseigner ?
Malheureusement, l?enseignant est le produit d?un système. Il souffre d?un manque de recul, d?interaction, de ressources, de formation et aussi de marge pour innover. Je serai le dernier à les blâmer. Même si leurs associations souffrent certainement de vision limitée et d?attitude par trop corporatiste !
Un des objectifs de la réforme est d?éliminer la nécessité de leçons particulières. Vous n?avez pas beaucoup réussi sur ce front.
Il faut reconnaître que les instituteurs touchaient une pitance autrefois. Ma plus grande satisfaction, l?année dernière, a été le rapport du Pay Research Bureau. Non seulement il a recommandé une hausse salariale mais il a également rehaussé les qualifications pour entrer dans la profession. Je constate également que les jeunes qui se tournent vers l?enseignement aujourd?hui font un choix délibéré. Tout cela me permet de voir l?avenir avec optimisme.
Des observateurs prédisent déjà l?échec du programme de Zone d?éducation prioritaire (ZEP). Où en êtes-vous ?
On a déjà tué et enterré le programme ZEP alors que nous venons tout juste de l?introduire, soit au dernier trimestre 2003 ! Ce programme est différent de tout ce qu?il y a eu dans ce registre jusque-là. Son atout principal est qu?il pousse la communauté à se prendre en charge. Ce n?est pas un acte de charité de la part de l?Etat. Donnons- lui donc le temps de s?essayer et de réussir.
Trouver des enseignants pour travailler dans les ZEP a toujours posé problème. Avez- vous plus de succès que vos prédécesseurs?
Je ne suis pas satisfait de la réaction à notre appel aux volontaires. Malgré l?allocation offerte, ceux-ci ne se sont pas bousculés pour relever le défi. Nous allons donc poster de nouvelles recrues qui se joignent à la profession avec tout leur enthousiasme.
Vu le taux d?échec, peut-on encore esquiver le débat concernant le médium d?enseignement à l?école ?
Personnellement, je pense qu?il n?y a pas à débattre sur ce sujet à moins qu?on ne soit la proie des préjugés. Il faut, comme moi, aborder la question pas du point de vue idéologique ni à travers le prisme ethnique mais plutôt sous l?angle pédagogique. Nous mettons l?idée à l?essai avec le soutien de l?Unesco dans une banlieue de Port-Louis et à Rodrigues. Nous aborderons également la question lors du séminaire sur l?échec scolaire.
Quelle est votre position par rapport au verdict du «Privy Council» concernant les places réservées dans les collèges catholiques?
Le jugement doit être appliqué. Il n?y a pas de débat là-dessus. L?Eglise catholique nous a donné la garantie qu?elle l?a déjà appliqué. Je n?ai aucune raison de croire le contraire.
Le Premier ministre juge important de réconforter l?Eglise catholique. L?Etat l?aurait-il réellement « trahie » pour se sentir obligé de le faire ?
Par respect aux partenaires de l?éducation, je refuse d?entrer dans cette polémique. Les deux parties ont prévu de se rencontrer. Je leur laisse le soin de s?expliquer entre elles. Ceci semble utile vu que l?Eglise catholique semble attacher de l?importance au principe des places réservées et le gouvernement souhaite la conserver à ses côtés.
Vous ne semblez pas en faire grand cas?
Personnellement, je pense que c?est un faux débat que de se préoccuper de la comptabilisation des langues orientales ou des places réservées dans les collèges confessionnels. Dans la pratique, qu?est-ce que cela change à l?admission, maintenant que nous avons dédramatisé le CPE ? Mais pour les langues orientales du moins, je ne regrette pas que la bagarre ait eu lieu. Cela aura au moins permis d?ouvrir l?esprit des uns et des autres !
par Shyama Soondur
«Les tricheurs sont avertis. Les fausses déclarations d?adresses vaudront des poursuites au criminel.»
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