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Le succès de l'Inde lui monte aux cerveaux

7 janvier 2004, 20:00

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EN OCTOBRE, le numéro 1 mondial de l?informatique, IBM, a décidé de transférer 4 700 emplois des Etats-Unis vers l?Inde et la Chine. A la direction d?IBM India, pourtant, on refuse catégoriquement de commenter ces délocalisations d?emplois qualifiés. De même chez Oracle, Intel ou Microsoft, qui sont pourtant tous largement présents dans le pays : personne ne veut évoquer l?étendue des activités indiennes, et encore moins les projets d?avenir concernant le renforcement des effectifs. Motif, inavoué bien sûr : ne pas aggraver la grogne que ces délocalisations provoquent aux Etats-Unis, et plus largement en Occident.

Qualité. La tendance, pourtant, relève d?un secret de polichinelle : les emplois qualifiés commencent à s?envoler vers les pays en développement où les coûts de production, et plus particulièrement les salaires, sont moins élevés. Dans ce contexte, l?Inde qui forme chaque année quelque 250 000 diplômés anglophones de haut niveau fait figure de favori.

?Les multinationales sont arrivées ici avec l?idée de profiter des faibles coûts pour les activités ne nécessitant pas de qualifications particulières, résume Sunil Mehta de la National Association of Software and Services Companies (Nasscom). Mais une fois sur place, elles se sont rendu compte qu?il y avait aussi dans le pays une main-d?oeuvre qualifiée capable de faire de la programmation informatique de haut niveau, du design industriel, de l?analyse financière ou encore de la recherche scientifique de pointe.?

Tout en continuant de bénéficier des délocalisations massives des centres d?appels et autres activités de back office (comptabilité, traitement des transactions bancaires ou des réclamations d?assurance, etc.), l?Inde est en train de devenir une destination de choix pour l?implantation des centres de recherche et développement des grandes multinationales.

High-tech indienne

La qualité des informaticiens indiens étant désormais mondialement reconnue, le phénomène touche particulièrement le secteur des technologies de l?information, à tel point qu?il y a aujourd?hui plus d?ingénieurs à Bangalore, la capitale high-tech indienne, que dans la Silicon Valley, en Californie. Toutes les grandes marques emploient ici des centaines, voire des milliers d?ingénieurs, pour assurer le développement de nouveaux produits destinés aux marchés occidentaux.

La filiale indienne de l?américain Texas Instruments, par exemple, a déjà déposé 225 brevets de nouvelles puces. Microsoft prévoit, pour sa part, de recruter 2 000 ingénieurs supplémentaires, et Google, premier moteur de recherche sur l?Internet, vient d?annoncer l?ouverture à Bangalore de son premier centre de recherche et développement en dehors des Etats-Unis.

Les compétences indiennes ne s?arrêtent toutefois pas à l?informatique. D?autres emplois sont en train d?être délocalisés dans des secteurs aussi pointus que l?analyse financière, l?analyse de marché, le conseil marketing ou la recherche pharmaceutique. La banque JP Morgan vient ainsi d?embaucher une équipe de 40 analystes financiers à Bombay, et la plupart des grands cabinets de conseils comptent renforcer leurs effectifs. Ouverte il y a six mois, la filiale indienne de MarketRx, une entre- prise américaine spécialisée dans le conseil aux firmes pharmaceutiques, emploie de son côté 70 spécialistes chargés des marchés européen, japonais et australien. ?Notre travail relève de l?analyse hautement qualifiée, explique le directeur du marketing, Ritu Raj Kalra. Nos employés ont au minimum un MBA et quatre à six années d?expérience.?

Innovation. Comme pour les call centers, cette tendance à la délocalisation pousse certains entrepreneurs indiens à se lancer dans la sous-traitance. ?Nous travaillons pour plus de 70 clients en Europe et aux Etats-Unis?, explique Ashish Gupta, directeur de la compagnie EvalueServe, spécialisée dans la recherche commerciale de haut niveau.

Lancée il y a trois ans, EvalueServe emploie aujourd?hui 240 cols blancs, tous sortis des plus grandes écoles du pays, qui réalisent à distance des analyses de données, de politique marketing et autres business plans pour des clients et des marchés situés à l?autre bout du monde. Les ingénieurs, commerciaux, avocats, médecins et autres spécialistes ultraqualifiés ne coûtent ici que 8 000 euros par an en moyenne, soit cinq fois moins cher qu?aux Etats-Unis ou en Europe.

Idem pour la recherche pharmaceutique et biotechnologique : le coût de l?innovation se révèle, en Inde, jusqu?à dix fois moins cher.

Pour l?instant, les délocalisations de cols blancs sont toutefois encore bien loin d?atteindre les niveaux enregistrés dans les couches d?emplois moins qualifiés. Selon les prévisions, jusqu?à deux millions d?emplois qualifiés pourraient être transférés des Etats-Unis vers des pays en développement d?ici à 2015. Un phénomène a priori inévitable, et dont l?Inde compte tirer profit. ?Il faudra faire attention à la concurrence chinoise?, avertit toutefois un analyste.

Pierre PRAKASH

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